PARIS
0 mon Hélène! Hélène, orgueil charmant des cieux, Est semblable à Cypris! 0 flots silencieux! 0 mers ! 0 bois profonds ! leurs cheveux clairs et sombres Sont, comme vous, baignés de lumières et d'ombres. 0 nuit voilée, en pleurs pour Phœbos qui s'enfuit! Torrents échevelés qui roulez dans la nuit!
0 neiges des hauteurs ! Temples au front d'ivoire ! Tels brillent leurs pieds blancs et leur prunelle noire. Nymphes qui sur moi seul attachez vos regards, Oh! qui m'emportera vers Hélène! Quels chars? Quelles mers? Quels zéphyrs, amants des cieux d'étoiles? Quels rapides vaisseaux, ailés de blanches voiles?
LE CHŒUR
Que les arbres noueux, épargnés par les ans, Tombent sous la cognée et les marteaux pesants! Qu'avec des bruits pareils à la voix des tonnerres, Roulent déracinés les chênes centenaires! Que la Dryade en pleurs torde ses bras tremblants Et saigne autour de toi la sève de ses flancs! Quand le flot frémira sous tes légers navires, Moi-môme, abandonnant mes cheveux aux zéphyres, Je viendrai de ta route écarter les dangers Et pousser de mes mains tes navires légers. Thétis pour me sourire apaisera ses ondes. Et rira de me voir sous ses grottes profondes.
En quittant le rivage aimé des matelots Où régna Dardanos, où, roulant ses grands flots, L'Ismare dans la mer jette une onde affligée. Gagne la mer de Thrace, où le cap de Pangée A l'ombre des palmiers montre, couvert de lys, Le mausolée où dort l'amoureuse Phyllis; Autour de son tombeau, tu reverras l'enceinte Où, fatiguant les airs d'une inutile plainte, EUe appela neuf fois son jeune époux absent. Sous les arbres en fleur, son spectre pâlissant Le cherche encor parfois au milieu des arènes Et revient l'appeler pendant les nuits sereines.
Tu verras l'Achaïe et ses riches cités, Mycènes la superbe et Phthie aux champs vantés Que la limpide mer baigne comme une amante. Dès qu'à tes 3^eux fuiront les prés de l'Érymanthe, Sparte t'apparaîtra, Sparte où tendent tes vœux, Où les vierges, mes sœurs, dénouant leurs cheveux, Aux bords de TEurotas cueillent le laurier-rose. C'est là qu'abandonnée à des chagrins sans cause, Hélène, les cheveux épars sur son sein nu, Attend sans le savoir son amant inconnu. Et, dans ses longues nuits aux souffrances sans trêves, Étreint de ses deux bras les fantômes des rêves.
Avril 1846.