‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 21 sur 160 · LOYS · texte numérisé non relu

LOYS

Elle cueille des marguerites et les elfeuille pour s'assurer de l'amour de Loys.

Théophile Gautier,

Giselle, acte I. scène iv.

Mon Loys, j'ai sous vos prunelles, Oublié, dans mon cœur troublé, .Mon époux qui s'en est allé Pour combattre les infidèles.

Quand nous le croirons loin eneor, Il sera là, Dieu nous pardonne!

Mon beau page, quel bruit résonne ?

Est-ce lui qui sonne du cor?

J'ai lu dans un ancien poëme Qu'une autre Yolande autrefois Près de son page Hector do Foix Oublia son époux de même.

Elle gardait comme un trésor Ces extases que l'amour donne. — Mon beau page, quel bruit résonne ?

Est-ce lui qui sonne du cor?

Cette Yolande était duchesse, Mille vassaux étaient son bien.

Et son bel ami n'avait rien Que ses cheveux blonds pour richesse.

Pour cet enfant aux cheveux d'or La dame ei\t vendu sa couronne. — Mon beau page, quel bruit résonne ?

Est-ce lui qui sonne du cor?

Ces amants qu'un doux rêve assemble, Ont souvent passé plus d'un jour A se dire des chants d'amour, Ou bien à regarder ensemble Les oiseaux prendre leur essor Vers l'azur qui tremble et frissonne. — Mon beau page, quel bruit résonne?

Est-ce lui qui sonne du cor?

Ou bien ils passaient leurs journées

A revoir d'auréoles ceints

Les bonnes Vierges et les Saints

Dans les Bibles enluminées.

L'Amour dit son confiteor

Sans écouter l'heure qui sonne. —

Mon beau page, quel bruit résonne?

Est-ce lui qui sonne du cor?

Comme leurs lèvres en délire Un soir longuement s'assemblaient.

En des baisers qui ressemblaient Aux frémissements d'une Ijre, On entendit au corridor Les pas de l'époux en personne. — Mon beau page, quel bruit résonne?

Est-ce lui qui sonne du cor?

Sais-tu quel sort on nous destine?

Le malheureux page exilé, Plein d'un regret inconsolé, Alla mourir en Palestine.

Toujours pleurant son cher Hector,.

La dame au couvent mourut nonne. — Mon beau page, quel bruit résonne?

Est-ce lui qui sonne du cor?

Février d841.

LES^ CAKIATIDES. 149

Bien souvent je revois sous mes paupières closes,

La nuit, mon vieux Moulins bâti de briques roses,

Les cours tout embaumés par la fleur du tilleul,

Ce vieux pont de granit bâti par mon aïeul,

Nos fontaines, les champs, les bois, les chères tombes,

Le ciel de mon enfance où volent des colombes,

Les larges tapis d'herbe où l'on ma promené

Tout petit, la maison riante où je suis né

Et les chemins touffus, creusés comme des gorges,

Qui mènent si gaiement vers ma belle Font-Georges,

A qui mes souvenirs les plus doux sont liés.

Et son sorbier, son haut salon de peupliers, Sa source au flot si froid par la mousse embellie Où je m'en allais boire avec ma sœur Zélie, Je les revois; je vois les bons vieux vignerons Et les abeilles d'or qui volaient sur nos fronts, Lje verger plein d'oiseaux, de chansons, de murmures, Les pêchers de la vigne avec leurs pèches mûres, Et j'entends près de nous monter sur le coteau Les joyeux aboiements de mon chien Calisto!

Septembre 1841.

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