‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 67 sur 160 · LA CHANSON DU VIN · texte numérisé non relu

LA CHANSON DU VIN

Un soir l'âme du \in chantait dans les bouteilles. Charles Baudelaire.

Parmi les gazons Tout en floraisons

Dessous les treilles, J'écoute sans fin La chanson du Vin

Dans les bouteilles.

L'Ode il l'Idéal Au fond (lu cristal

Coule embaumée.

La strophe bruit, Et, limpide, suit

Sa sœur charmée.

Les nectars vermeils Chantent les soleils

De la jeunesse, Et tous les retours Qui font nos amours

Pleins de tristesse;

Et le dieu cornu, Le beau guerrier nu,

Dans les mêlées.

Qui guide en rêvant Des femmes au vent

Échevelées ;

Le dieu des pressoirs Qui, sous les pins noirs

Du mont Ménale, Fait, pendant la nuit, Courir à grand bruit

La bacchanale!

Et le tambourin Des vierges sans frein

Dans leurs querelles, Qui, loin des regards, Dans les bois épars

S'aiment entre elles;

Et le chœur dansant Qui, rouge, et versant

Dans son délire Le sang et le vin,- Brise le devin

Avec sa Ijre!

Le Nectar nous dit :

0 vous qu'engourdit

La Poésie, Plus de vains sanglots !

Buvez à mes flots

La fantaisie.

Ne réservez plus Vos vœux, superflus

Et vos tendresses Pour les impudeurs Et pour les froideurs

De vos maîtresses.

Nos claires prisons Montrent aux raisons

Évanouies L'àme des couleurs, Du rhjthme et des fleurs

Épanouies I

Nos secrets plaisirs, Nés dans les loisirs,

Ont à s'accroître, Pour les sens domptés Plus de voluptés

Que ceux du cloître.

Mais fuis, jeune élu, Le bois chevelu,

Le flot rapide Et l'antre secret Où te rencontrait

L'Aganippide!

Le thjrse est levé.

Dans le lieu trouvé

Pour les mystères, Hurlent de fureur Les vierges en chœur

Et les panthères.

Privé de tombeaux, L'impie en lambeaux

Meurt comme Orphée.

Dans l'onde à la fois Sa lyre et sa voix

Pleure étouffée,

Tandis qu'au lointain Bondit, le matin,

Toute rougie.

En vociférant Sur l'indifférent.

La sainte Orgie!

Septembre 1844.

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