JOSEPH
*ers ses frères, qui étaient éloignés.
Ses frères conspirent contre sa vie.
Il est vendu vingt pièces d'argent.
Il est livré à des étrangers par ses propres frères.
Les frères de Joseph le dépouillent de celle belle robe de toutes couleurs que son père lui avait donnée.
Sa robe est teinte de sang.
Il est condamné par Putiphar, sans que personne parle pour lui.
II souffre en silence.
Placé entre deux criminels, il prédit a l'un son élévation, et à l'autre sa mort prochaine.
Il est trois ans en prison.
II laisse couler des larmes de tendresse sur ses indignes frères.
Il arrive à la gloire par les souffrances et par les humiliations.
Il est établi sur la maison de Pharaon et sur toute l'Egypte.
Pharaon seul est au-dessus de lui.
Il est appelé le Sauveur du monde.
Tous fléchissent le genou devant lui.
Il remplit l'Egypte d'une grande quantité de blé, qui sert à nourrir les corps.
Tous sont renvoyés à Joseph par Pharaon.
Toutes les provinces viennent en Egypte pour y chercher du blé.
Joseph pardonne a ses frères, qui avaient conspiré sa mort, et intercède pour eux auprès de Pharaon.
Les frères de Joseph viennent a lui, le reconnaissent, l'adorent , s'établissent en Egypte.
JESDS-CHRIST.
Père versles brebis perdues de la maison d'Israël.
l.es Juifs forment le dessein de le mettre à mort.
Il est vendu trente pièces d'argent.
Il esl livré aux Romains par les Juifs.
Les Juifs, frères de Jésus- Christ selon la chair, le dépouillent de la robe de son humanité sainte, ornée par son père des couleurs de touies les vertus.
L'humanité dont il est révolu souffre une mort sanglante.
Il est condamné sans que persoune prenne sa défense.
Il souffre toutes sortes d'injures et de supplices, sans se plaindre.
Placé enlre deux voleurs, il prédit à l'un qu'il ira en Paradis , et laisse mourir l'autre dans son impénitence.
Il est trois jours dans le tombeau.
II verse des larmes de compassion sur l'infidèle Jérusalem.
Il fallait quelef.hristsouffrît, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire.
Il est établi chef de toute l'Eglise, et toute créature lui est soumise.
Il est au-dessus de toute créature, mais soumis a Dieu comme homme.
Son nom de Jésus signifie Sauveur : et il est en effet le seul par qui nous puissions èlre sauvés.
route créature doit fléchir les genoux au nom de Jésus- Christ.
11 remplit tout le monde de sa doctrine , qui est le pain des âmes.
Poini de salut, point de grâces que par Jésus-Christ.
Toutes les nations entrent dans l'Eglise pour y trouver le salut.
Jésus-Christ pardonne sa mort à ses bourreaux, et intercède pour eux auprès de son Père.
Les Juifs reviendront un jour à Jésus-Christ, le reconnaîtront, l'adoreront, et entreront dans l'Eglise.
Après cet exposé dont nous avons tiré la plus grande partie de l'abrégé de l'Histoire sainte de M. Rollin, n 'avons - nous pas droit de nous écrier avec lui : Y a-t-il dans toutes ces applications quelque chose de forcé et de contraint ? Serait-il possible que le pur hasard eût ramassé tant de traits de ressemblance si différents , et en même temps si naturels? J 'aimerais autant dire, ajoute le même auteur, que le portrait le plus achevé et le plus ressemblant ne serait aussi que l'effet du hasard. Il est visible qu'une main intelligente a répandu et appliqué à propos toutes les couleurs pour en faire un tableau parfait , et que le dessein de Dieu, en réunissant dans la seule vie de Joseph tant de circonstances
singulières , a été d'y peindre les principaux traits de la vie de son Fils.
Nous pourrions montrer dans l'histoire do plusieurs autres patriarches des rapports pareils de ressemblance qu'ils ont eus avec Jésus-Christ. Mais comme leur détail nous mènerait bien loin au-delà de notre but , bornons-nous à Abraham et à Isaac. Le premier, prêt à immoler son Gis, ne représentait-il pas le Père éternel, qui n'a point épargné son propre fils , et qui l'a livré pour nous? Le second consentant à ce que son père lui ôte la vie , ne Ggurait-il pas Jésus- Christ obéissant jusque à la mort ? L'un et l'autre par ces actes héroïques de vertu ont fourni à Dieu, ainsi que nous l'avons montré ci-dessus, un motif de les récompenser dans leur race, en la choisissant pour son peuple plus chéri que toutes les autres nations. Ce motif était non de nécessité, mais de convenance, parce queDieu, maître de ses dons, peut les distribuer à qui bon lui semble , même à ceux qui, pour les obtenir, n'ont aucun mérite , pas même celui que les théologiens appellent de congruité.
X. Cinquième conséquence du même principe par rapport au sens de ce texte sacré , Miserebor cujus miserebor. — V. Que s'ensuit-il encore de ce principe? Qu'il n'est rien de plus juste que la réponse que lit Dieu à Moïse , qui le priait de pardonner aux adorateurs du veau d'or, contre lesquels la justice divine sollicitait une punition aussi prompte que terrible. Je ferai, lui dit-il , miséricorde à qui je voudrai, et j'userai de clémence envers qui Urne plaira. Cette clémence, cette miséricorde n'était due à aucun des coupables, qui tous méritaient d'être mis à mort sur le champ , comme l'avaient été les vingt-trois mille d'entre eux que les lévites passèrent au fil de l'épée. Dieu, à la prière de Moïse , voulait bien exempter de ce prompt châtiment la plupart des Juifs, qu'il laissa encore nombre d'années vivre et errer dans le désert. Ce délai de leur mort fut de sa part une pure grâce, qui, si elle leur avait été due, n'eût pas été une grâce *. Alioquin gratia , dit S. Paul, non est gratia : il en est de même du bienfait de la rédemption, qui n'eût pas été un bienfait, si Dieu l'avait dû aux hommes. Entièrement maître de ne jamais l'accorder à aucun d'eux , à plus forte raison était-il libre de l'accorder plus tôt ou plus tard, aux uns avec plus de libéralité, aux autres avec moins de largesse; aux uns dépendamment de conditions plus aisées et de circonstances plus avantageuses, aux autres conséquemment à des conditions plus difficiles et moins favorables.
S. Paul dans son Epltre aux Romains a eu raison d'appliquer à son sujet celte réponse de Dieu à Moïse : Miserebor cujus miserebor , etc. L'Apôtre se sert de ce texte pour prouver que la vocation au christianisme était une pure grâce tant pour les Juifs que pour les Gentils nouvellement convertis, parce que les uns et les autres s'en étaient rendus indignes par leurs crimes précédents. Ainsi nul de ceux à qui Dieu par pure misé*
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ri corde l'avait accordée n'avait lieu de s'en glorifier, et nul de ceux à qui il aurait pu la refuser justement à cause qu'aucun ne l'avait méritée, n'aurait eu sujet de se plaindre s'il en eût été privé. Ainsi est exacte la comparaison dont se sert S. Paul d'un potier qui pouvant ne faire de toute une masse d'argile que des vases destinés à des offices vils et honteux fait avec une partie de cette masse des vases propres à ces offices , et avec l'autre partie fait des vases destinés à des fonctions honnêtes; ni ceux-ci n'ont de quoi se glorifier d'être ce qu'ils sont préférablemont à ceux-là, puisqu'ils n'ont pas mérité cette préférence , ni ceux-là n'ont sujet de se plaindre de n'être pas comme ceux-ci destinés à des usages honnêtes , puisque celte destination n'était pas due à la portion de masse d'argile dont ils ont été formés, et dont le potier pouvait à son gré , par un choix purement arbitraire, faire ce qu'il voulait.
Ils auraient encore moins sujet de se plaindre si on supposait (pour rendre plus sensible l'exactitude delà comparaison) les uns et les autres doués de liberté, en sorte que, par le différent usage de leur franc arbitre , les vases d'honneur pussent se changer en vases d'ignominie, et les vases d'ignominie pussent être changés en vases d'honneur. Or cette liberté, cette puissance d'un changement de sort est supposée par S. Paul dans ceux dont il parle. Les appelés, les convertis à la foi, nommés vases d'honneur, pouvaient par le libre abus de la grâce perdre ce don inestimable; et les non encore appelés , les non encore convertis, nommés vases d'ignominie, pouvaient l'obtenir par le bon usage des moyens suffisants de salut qui leur étaient fournis ou offerts de la part de Dieu , voulant que tous les hommes soient sauvés : ce sont les propres termes de cet apôtre, qui ailleurs ajoute ces autres paroles bien remarquables , et bien analogues à notre observation : Dans une grande maison il n'y a pas seulement des vases d'or et d'argent ; mais il y en a aussi de bois et de terre; et les uns sont pour des usages honnêtes, et les autres pour des usages honteux. Si quelqu'un donc se purifie de ces choses, il sera un vase d'honneur, sanctifié et propre au service de Dieu (2 Tint. 2, 20, 21). S. Paul attribue ici à l'homme aidé de la grâce (que Dieu, selon S. Thomas, est prêt, autant qu'il est en lui , de donner à quiconque n'y met point obstacle) le pouvoir de se purifier des souillures du péché qui font le vase d'ignominie , et de devenir un va.«*} d'honneur. Par ces mots vases d'honneur, l'Apôtre n'entend pas les seuls prédestinés , mais les convertis à la foi : car, 1° dans son Epîtrc aux Romains (Cap. 9, v. 23 , 24) il ne dit pas que ces vases , qu'il nomme vases de miséricorde , sont prédestinés à la gloire, mais seulement préparés, rendus propres à la gloire, Vasa mifericordiœ , quœ prœparavit in gloriam; 2* immédiatement après ces mots, il explique dans le verset suivant quels sont ces vases de miséricorde, en ajoutant, Quos et vocavit nos, non solum ex Judœis, sed eliam
ex Gentibus. Par ces paroles, qu'il adresse à tous les chrétiens de Rome auxquels il écrivait, il fait clairement entendre que tous ceux des Juifs et des Gentils qui avaient été' appelés et convertis à la foi en cette ville , étaient les vases de miséricorde dont il parle dans le verset précédent. Or qui oserait assurer que ces appelés , ces convertis fussent tous prédestinés?
XI. Sixième conséquence du même principe, qui sert à réfuter une objection des sociniens. — VI. Que faut-il encore inférer du même principe? Que rien n'est plus mal fondé que ce qu'on lit dans l'Encyclopédie, qui met dans la bouche des sociniens l'objection suivante : Qu'est-ce que le méchant, sinon une machine organisée qui agit par l'effort irrésistible de certains ressorts qui la meuvent dans telle et telle direction, et qui la déterminent nécessairement au mal? Mais si une montre est mal réglée, l'horloger qui l'a faite est-il en droit de se plaindre de l'irrégularité de ses mouvements , et n'y auraitil pas de l'injustice ou plutôt de la folie à lui , d'exiger qu'il y eût plus de perfection dans l'effet qu'il y en a eu dans la cause? Ici l'horloger est Dieu , ou la nature, dont tous les hommes, bons ou méchants, sont l'ouvrage : il est vrai que S. Paul ne veut pas que le vase dise au potier, Pourquoi m'as tu ainsi fait? Mais, comme le remarque judicieusement un philosophe illustre, cela est fort bien, si le potier n'exige du vase que des services qu'il l'a mis en état de lui rendre ; mais s'il s'en prenait au vase de n'être pas propre à un usage pour lequel il ne l'aurait pas fait, le vase aurait-il tort de lui dire, Pourquoi m'as tu fait ainsi? Non répondonsnous , il n'aurait pas tort. Mais , vous sociniens , vous avez tort de donner à entendre que selon S. Paul , 1" Dieu exige de l'homme d'autres services que ceux qu'il l'a mis en état de lui rendre; 2° que Dieu s' en prend à l'homme de n'être pas propre à un usage pour lequel il ne l'a pas fait : deux insignes faussetés que la foi et la raison réprouvent de concert. Vous avez tort encore de comparer l'homme doué de liberté et maître d'user de son franc arbitre pour choisir à son gré le bien ou le mal, la vie ou la mort, le salut ou la damnation , à une machine organisée qui agit par l'effort irrésistible de certains ressorts qui la déterminent nécessairement.
XII. Dernière conséquence du même principe ; comparaison entre le bienfait gratuit de la rédemption et celui de la création. — VII. Que faut-il enfin conclure du même principe ? Qu'il faut raisonner de la rédemption comme delà création. Dieu a été le maître de ne créer aucun des hommes , à plus forte raison de créer les uns dans un temps , les autres dans un autre , de favoriser plus ou moins ceux-ci ou ceux-là des dons de la nature , d'accorder plus ou moins d'intelligence et de pénétration d'esprit, de force et d'adresse de corps , sans que ceux qui sont moins avantagés aient lieu de l'accuser d'injustice ou de partialité. Certes comme nous voyons, dit S. François de Sales, qu'il ne se trouve jamais
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deux hommes parfaitement semblables es dons naturels , ainsi ne s'en trouve-t-il jamais de
parfaitement égaux es surnaturels Mais
tl se faut bien garder de jamais rechercher pourquoi la suprême sagesse a départi une grâce à Vun plutôt qu'à l'autre, ni pourquoi il fait abonder ses faveurs en un endroit plutôt qu'en l'autre. Non, Théotime, n'entrez jamais en cette curiosité ; car ayant tous suffisamment et abondamment ce qui est requis pour le salut, quelle raison peut avoir homme du monde de se plaindre, s'il plaît à Dieu de départir ses grâces plus largement aux uns qu'aux autres ? Si quelqu'un s'enquérail pourquoi Dieu a fait les melons plus gros que les fraises , ou les lys plus grands que les violettes; pourquoi le romarin n'est pas une rose, ou pourquoi l'œillet n'est pas un souci ; pourquoi le paon est plus beau qu'une chauvesouris > ou pourquoi la figue est douce et le citron aigrelet ? on se moquerait de ses demandes, et on lui dirait : Pauvre homme , puisque la beauté du monde requiert la variété, il faut qu'il y ait de différentes et inégales perfections es choses , et que l'une ne soit pas Vautre : c'est pourquoi les unes sont petites , les autres grandes ; tes unes aigres , les autres douces ; les unes plus , et les autres moins belles. Or c'en est de même es choses surnaturelles ; chaque personne a son don . Un ainsi , et l'autre ainsi , dit le S.'Esprit. C'est donc une impertinence de vouloir rechercher pourquoi S. Paul n'a pas eu la grâce de S. Pierre, ni S. Pierre celle de S. Paul ? pourquoi S. Antoine n'a pas été S. Athanase , ni S. Athanase S. Hierosme ? car on répondrait à ces demandes que l'Eglise est un jardin diapré de fleurs infinies : il y en faut donc de diverses grandeurs , de diverses couleurs , de diverses odeurs , et en somme de différentes perfections. Toutes ont leur prix , leur grâce et leur émail ; toutes en l'assemblage de leur variété font une très-agréable perfection de beauté. {Traité de l'amour de Dieu, l. 2, c. 7). XIII. Autres comparaisons et exemples qui montrent que la beauté du monde requiert la variété. — On pourrait encore répondre que l'homme est un petit monde , et qu'il faut raisonner de ce qui se trouve dans l'homme , comme de ce qui se passe dans le grand monde. Or tous les êtres qui sont dans le monde doivent-ils être égaux ou semblables? Ne doit-il y avoir que des soleils et des astres? Tous les métaux doivent-ils être argent ou or ? Toutes les pierres doivent-elles être marbre ou diamant ? Ne peut-on pas faire les mêmes demandes par rapport aux parties du corps de l'homme (1)? Tous ses membres doivent-ils avoir un même emploi et une égale
Sosition ? La tête ne doit-elle pas être auessus de l'estomac et les pieds au-dessous ?
(I) Si tous les membres n'étaient qu'un seul membre, oh serait le corps ? Si lout te corps était œil, où serait l'ouïe ? Et s'il était tout ouie, où serait l'odorat ? Mais Dieu a mis des membres dans le corps , et il les y a placés comme il lui a plu. 1 Cor. 12, 17, 19, 20.
Parmi les fidèles, qui sont les membres du corps mystique de Jésus-Christ, il y a diversité de ministères, de grâces et de dons du Saint-Esprit, qui, pour l'utilité commune, les distribue à chacun comme il lui pJaîMbid.4, 5,6, 7, 11.
Quoique les fonctions des divers membres soient les unes plus viles, les autres plus nobles , chaque membre ne doit-il 'pas être content de son état et de son emploi? Oui , puisque le bien de l'univers demande que les parties qui le composent soient employées à divers usages , et destinées à diverses fins.
D'où vient qju'un jour est préféré à un autre [Eccli. 33 , 7) ? Pourquoi tant d'inégalité entre les jours d'été et ceux d'hiver, entre les jours de pluie et ceux de beau temps, entre les jours de fête et les jours ouvrables ? Le même Dieu ne les a-t-il pas tous formés ? Le même soleil ne les éclaire-t-il pas? Cest , répond un écrivain sacré qui se propose cette question , la science du Seigneur qui les a distingués, qui a élevé et consacré les uns, et a mis les autres au rang des jours ordinaires. C'est ainsi que Dieu traite tous les hommes. Ils sont tous pétris du même limon dont a été formé Adam. Cependant quelle diversité ne remarque-t-on pas entre eux? Que de variétés de conditions, derangs, de qualités, d'emplois, de biens et de maux 1 Le Seigneur, par sa sagesse qui se communique en tant de manières diverses , a mis entre eux des différences. L'argile est dans la main du potier qui la manie, l'arrange à son gré, l'emploie à tous les usages qu'il lui plaît ; ainsi l'homme est dans la main de celui qui l'a créé, qui lui rendra selon l'équité de ses jugements. L'Apôtre s'est servi de la même comparaison, et plusieurs théologiens s'en servent pour appuyer leur sentiment sur la prédestination purement gratuite. Mais, ainsi que l'observe le père Calmet (1) , on peut l'entendre du pouvoir absolu et du choix arbitraire de Dieu , seul ordinateur de toutes les conditions des hommes , dont il destine les uns à obéir , les autres à commander, les uns à naître dans la pauvreté, les autres dans l'opulence, les uns à vivre dans le célibat, les autres dans le mariage. Considérez , ajoute l'auteur sacré, toutes les œuvres du Très-Haut, vous les trouverez ainsi deux à deux, et opposées l'une à Vautre (Ibid. v. 15). Dans la nature toute chose a son contraire : le jour la nuit, le blanc le noir , le chaud le froid , le haut le bas : c'est en cela que consiste la beauté de la nature. L'opposition des contraires les fait pa-
(1) Ex ipsis benedixit, et exallavit.il a élevé et béni quelques-uns d'entre les hommes, et il en a maudit et humilié quelques autres. Il a , par exemple, béni et glorifié la race d'Abraham ; il a sanctifié et consacré la tribu de Lévi ; il a exalté et comblé de gloire la famille de David. Au contraire , il a maudit la race de Canaan ; il a humilié les Iduméens, elles a asservis aux Hébreux. Il en a laissé aller d'autres, après la séparation qui en avait été faite. 11 a abandonné en quelque sorte les autres peuples, et li»s a livrés à l'égarement de leur cœur, pendant qu'il versait ses laveurs avec profusion sur la race d'Israël.... Il a diversifié toutes leurs voies. Il a conduit les uns dans les voies de la justice et de la sagesse, et il a permis que les autres s'égarassent dans l'ignorance et dans le crime. Quelques-uns enlendenlceci de la prédestination et de la réprobation ; mais il vaut mieux, ce me semble, de le laisser dans son sens universel de la providence générale de Dieu sur tous les êtres, et en particulier sur les honvmcs. Comment., t. 6, pag. 458 et 45!).
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raître avec plus d'éclat : l'obscurité de la nuit fait plus sentir la splendeur du jour; le noir relève le brillant du blanc/ La hauteur des montagnes avec la profondeur des vallées forme la beauté des paysages ; de même que les antithèses font une très-grande partie de la beauté d'un discours , dit S. Augustin ( L. 11, de Civit., c. 18), ainsi les contrariétés qu'on remarque dans l'univers , en font un très-riche ornement, par les effets ravissants qu'elles y produisent. En cela on doit louer et admirer la sagesse sans bornes du Créateur. On lui doit le même tribut de louange et d'amiration dans l'ordre de la grâce, dont les formes différentes et contraires ne servent pas moins à décorer le monde spirituel que les configurations diverses et opposées dans l'ordre de la nature servent à orner le monde corporel.
A cette raison générale, prise de ce que la beauté de l'univers exige de la variété, ajoutons-en une particulière , appuyée sur le dessein qu'a eu Dieu en créant les hommes, pour remplir les places vacantes dans le ciel par la rébellion des mauvais anges. S. Thomas (1 a. , q. 68, a. 7,9) enseigne que Lucifer entraîna dans sa révolte une parlie des Séraphins , des Chérubins, des Trônes, des Dominations et des autres ordres qui composent les célestes hiérarchies , et qui sont inégaux en intelligence et en perfection. Dieu donc ayant voulu que parmi les hommes il y en eût qui occupassent dans le ciel les places vacantes dans ces différents ordres, et qui les méritassent parleur coopération aux secours de sa grâce, a mis autant de variété et d'inégalité dans ces secours qu'il y en a dans les divers rangs de ces ordres. Ainsi ayant destiné les uns à être placés parmi les Séraphins ; les autres parmi les Chérubins, les autres parmi les Trônes, etc., il accorde aux premiers plus de secours qu'aux seconds , et aux seconds plus qu'aux troisièmes, etc., sans qu'on puisse pour cela l'accuser de partialité ou d'acception de personnes , puisque , suivant le principe que nous avons ci-devant établi, cette acception n'a point lieu quand les dons inégalement distribués sont purement gratuits. Or quoi de plus gratuit que chacun des dons surnaturels que Dieu a bien voulu accorder aux hommes pour remplacer les anges et qu'il pouvait leur refuser à tous , en les créant tous dans l'état de pure nature , dont nous avons montré ailleurs (Col. kOk) la possibilité 1
Dieu pouvait aussi dans l'état de la nature tombée les réfuser à l'homme, qui, par les seules forces de son franc arbitre, ne peut ni les mériter, ni les acquérir, ni les demander ; il ne peut pas même s'y disposer , pas même les désirer, pas même avoir la moindre pensée bonne pour le salut : toutes vérilés de foi soutenues avec tant de zèle par saint Augustin contre les pélagiens et les semi-pélagiens. En vain ceux-ci , prétendant qu'elles ne pouvaient s'accorder avec l'Ecriture, qui dit que Dieu veut sauver tous les hommes et n'a acception de personne, leur
opposaient-ils des raisonnements qui semblaient plausibles, mais qui , appuyés sur de faux principes ou de fauses conséquences , étaient de vrais sophismes.
XIV. Trois objections des demi-pélagiens. —Voici, selon S. Prosper (Adversus Col., c.6) comme ils raisonnaient : // n'y a point de choix à faire où il n'y a point d'inégalité ni de différence. Or Dieu dans la distribution de ses grâces fait choix des uns plutôt que des autres. Donc il y a des personnes que Dieu juge plus dignes de la grâce ou plus propres à la recevoir que quelques autres. Dieu veut que tous les hommes soient sauvés : il veut qu'ils soient tous éclairés de la lumière de la foi. Or tous ne sont pas sauvés : l'Evangile n'a pas même été prêché à tous; donc il y a quelque inégalité ou quelque différence parmi les hommes. Car s'il y avait entre eux une égalité parfaite , puisque Dieu les veut tous éclairer, tous auraient du moins le don de la foi. Or cette différence ne peut venir que du bon et du mauvais usage de la liberté. Donc c'est l'homme qui se discerne, en ce sens qu'il mérite en quelque manière la grâce. Car enfin il est plus juste, ou du moins plus raisonnable, que Dieu donne sa grâce à ceux qui sont le mieux disposés à la recevoir , et plus en état d'en profiter que les autres; à ceux qui font actuellement meilleur usage de. leur liberté , qui font quelques efforts pour acquérir la vertu , et qui ont plus d'amour pour l'ordre, la vérité et la justice, qu'à ceux qui ne font usage de leur liberté, et qui suivent aveuglément les mouvements de leurs passions. Donc la grâce ne prévient point nos volontés ; car Dieu agit toujours, non par fantaisie et par caprice, mais avec le plus de sagesse et de raison qu'il se puisse : il attend pour nous secourir que nous fassions l'usage que nous devons et que nous pouvons faire de notre liberté. C'est pour cela qu'il nous a fait libres : notre salut est entre nos mains : la nécessité d'une grâce prévenante ruine le libre arbitra, et rend inutiles les exhortations et les conseils de Jésus-Christ. C'est à la grâce à nous faire agir : mais c'est à nous à vouloir, c'est à nous à prier, c'est à nous à commencer.
XV. Réfutation de lapremière objection des demi-pélagiens. — Il n'y a point de choix à faire où il n'y a point d'inégalité ni de différence. Principe faux , l'orsqu'il s'agit de dons purement gratuits qu'on a droit de ne distribuer à aucune des personnes à qui on les fait, et à qui par conséquent on a droit de les distribuer inégalement, ou de les refuser aux unes , tandis qu'on les accorde aux autres, quoique il n'y ait point entrée elles d'inégalité ni de différence. Ainsi quoique un prince ne soit pas obligé de faire choix entre deux sujets également coupables du même crime , et qu'il ait droit de n'accorder des lettres de grâce à aucun d'eux, il a droit néanmoins de faire choix de l'un pour les lui accorder en considération d'un grand seigneur de sa cour qui intercède pour lui, tandis qu'il les refuse à l'autre qui n'a point d'intercesseur. Ainsi quoique un riche ne soit pas obligé de faire choix entre deux pauvres
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également nécessiteux, et qu'il ait droit de n'accorder certains secours de subrogation à aucun d'eux , il a droit néanmoins de faire choix de l'un qui lui est recommandé par un de ses amis , tandis qu'il les refuse à l'autre qui n'a pas de recommandation.
Ainsi quoique un créancier ne soit pas tenu de faire choix entre deux débiteurs de sommes égales , et qu'il ait droit de ne remettre la dette à aucun d'eux , il est cependant en droit d'en faire remise à l'un pour quelque raison particulière, tandis qu'il ne la fait pas à l'autre , pour qui il n'a point un pareil motif d'user d'indulgence : en supposant même la parité du motif et de l'égalité de toutes les circonstances , il peut libéralement remettre à l'un sa dette , et justement exiger de l'autre le paiement de ce qui lui est dû.
XVI. Réfutation de la seconde objection des demi-pélagiens. — Il est plus juste, ou du moins plus raisonnable , que Dieu donne sa grâce à ceux qui sont le mieux disposés à la recevoir et plus en état d'en profiter. Autre
Erincipe faux , parce qu'il suppose que les ommes par leurs seules forces naturelles peuvent être mieux disposés les uns que les autres à recevoir la grâce : ni les uns ni les autres ne sont disposés à sa réception, qui surpasse absolument l'exigence de leur nature, ainsi qu'on peut le voir dans notre Instruction sur l'éternité des peines (Col. 506 et suiv.). Nous vous exhortons , mes chers frères , à relire l'explication que nous y avons donnée de sa surnaturalité , et qui renferme un des principaux etdes plus plausibles éclaircissements dont nous avons ci-dessus (Col. 664) parlé. Elle vous fera connaître que l'homme qui n'a pas la grâce n'est pas plus disposé à la recevoir que la créature qui n'a pas l'existence n'est disposée à la recevoir. De là vient que celui qui la reçoit est nommé par saint Paul une nouvelle créature en Jésus-Christ, In Christo nova creatura (2 Cor. 5, 17), parce qu'elle crée en lui un être nouveau , essentiellement supérieur à son être naturel. De là vient encore que le même apôtre dit que par la grâce nous sommes créés en Jésus-Christ dans les bonnes œuvres (Eph. 2, , 10). Qu'est-ce que suppose la création ? Un néant et une impuissance d'où on ne peut mériter de sortir. De même la grâce suppose un néant et une impuissance d'où la seule bonté de Dieu peut nous tirer. L'homme peut à la vérité comme moins criminel, être moins indisposé à la recevoir: mais cela ne lui donne pas droit d'exiger que Dieu la lui donne préférablement au plus indisposé. Dieu, qui a droit de la refuser à l'un et à l'autre , peut donner la préférence à celui-ci, non pas sans doute à cause de sa plus grande indisposition, mais pour d'autres considérations relatives à certaines circonstances. Un roi ne peut-il pas accorder au plus coupable des deux criminels des lettres de grâces qu'il refuse au moins coupable ? N'est-ce pas ainsi que David pardonna deux fois à Joab, beaucoup plus coupable par les meurtres d'Abner et d'Amasa, assassinés avec une horrible trahison , et ne pardonna point à un Amalécite
moins coupable pour avoir tué Saùl , qui déjà percé d'un coup mortel , l'avait prié de l'arracher , en lui ôtant la vie , aux grandes douleurs qu'il souffrait?
On dira peut-être que David avait des raisons de sagesse et de prudence pour pardonner à Joab, dont les grands talents militaires et politiques pouvaient lui être fort utiles dans le gouvernement de son royaume, il est vrai; mais nous disons de même que Dieu, en préférant le plus indisposé , le plus indigne, au moins indisposé , au moins indigne, a des motifs de sagesse et de raison pour en agir de la sorte : car nous n'avons garde de lui attribuer une conduite capricieuse et nizarre, comme s'il agissait par fantaisie ou en aveugle. La préférence qu'il donne dans le cas dont nous parlons peut être fondée sur des raisons de convenance, relativement aux circonstances des temps, des lieux, des personnes, et au dessein de sa providence. C'est ainsi qu'il accorda des faveurs singulières aux Israélites préféra blement aux Gentils. Les Juifs étaient-ils moins indisposés que d'autres peuples à les recevoir? Au contraire ils l'étaient davantage , comme le montrent les sanglants et justes reproches que leur faisait Moïse : Sachez, leur disait-il, que ce ne sera pas pour votre justice quele Seigneur votre Dieu vous fera posséder cette terre si excellente, puisque vous êtes au contraire uupeuple
d'une tête très-dure et inflexible Vous lui
avez été toujours rebelles , depuis le jour que f ai commencé àvous connaître. Je me prosternai donc devant le Seigneur quarante jours et quarante nuits, le priant et le conjurant de ne vous point perdre , selon la menace qu'il en avait faite ; et je lui dis dans ma prière : Seigneur mon Dieu , ne perdez point votre peuple et votre héritage; ne perdez point ceux que v.ous avez rachetés par votre grande puissance, que vous avez tirés de l'Egypte par la force de votre bras. Souvenez-vous de vos serviteurs Abraham , Isaac et Jacob; ne considérez point la dureté de ce peuple ni son impiété (Deut. 9, 6, 2k et seq.). Les Juifs méritaient d'être exterminés comme d'autres peuples qu'eux-mêmes exterminèrent. Ils furent redevables de la grâce d'être conservés et singulièrement protégés, préférablement aux Cananéens et aux autres nations, non à leur propre justice, ni à leur moindre indisposition ou indignité, mais aux prières de Moïse et aux mérites des patriarches leurs ancêtres , à qui Dieu avait promis qu'en considération de leur fidélité à son service , il donnerait à leur race la terre de bénédiction.
C'est ainsi que Dieu favorisa de grandes graceslesCorozaïnites et les Bethsaïdites, quoique très-indignes et très-indisposés à profiter , pour se convertir, des miracles de Jésus-Christ; et il n'en favorisa point les Tyriens et les Sidoniens , quoique moins indignes et moins indisposés à en tirer profit, puisque s'ils les avaient reçues ils auraient fait pénitence dans le cilice et dans la cendre (Luc. 10, 13). Mais leur heure n'était pas encore venue, et les desseins de la providence divine exigeaient que le Messie prêchât d'abord son
SUR LA GRACE
Evangile aux brebis égarées de la maison d'Israël , pour qui il avait été spécialement envoyé. Il est donc vrai, comme dit l'Apôtre, que la vocation à la foi ne dépend pas des mérites humains ni de celui qui court, ni de celui qui veut par les forces naturelles de son franc arbitre, mais qu'elle dépend de la miséricorde de Dieu (Rom. 9, 16). Il est donc faux que la justice ou la raison demande que Dieu donne sa'grace à ceux qui sont le mieux disposés à la recevoir et plus en état d'en profiter.
XVII. Réfutation de la troisième objection des demi-pélagiens. — Dieu veut sauver tous les hommes : il veut qu'ils soient tous éclairés de la lumière de la foi. Or tous ne sont pas sauvés: l'Evangile n'a pas même été prêché à tous. Principes vrais, mais d'où l'on tire ces fausses conséquences. Donc il y a parmi les hommes quelque inégalité ou quelque différence, et cette différence ne peut venir que du bon et du mauvais usage de la liberté. Donc c'est l'homme qui se discerne, en ce sens qu'il mérite en quelque sorte la grâce. Saint Paul raisonnait bien plus conséquemment , lorsque de l'idée même de la grâce , qui ne serait pas grâce si elle était méritée , il concluait qu'elle n'est due à personne, et que tous les hommes ayant péché, du moins en Adam, ont tous besoin de la miséricorde de Dieu, dont la volonté générale de les sauver'tous n'empêche pas qu'il ne veuille particulièrement sauver les fidèles, en accordant à ceux-ci des faveurs spéciales qu'il refuse à beaucoup d'autres. Il les discerne , il met entre eux quelque inégalité , quelque différence qui ne vient point du bon et du mauvais usage de leur liberté , mais de son bon plaisir. La nécessité de sa première grâce en précédant l'usage de leur liberté ne la ruine pas, puisque elle les laisse maîtres d'y consentir ou d'y résister. Elle ne rend donc pas inutiles les exhortations et les conseils de Jésus-Christ. C'est à elle à let faire agir, mais c'est à eux aussi à agir pour y coopérer; c'est à eux de vouloir, en suivant ses mouvements, mais non à commencer de se mouvoir euxmêmes , puisque sans elle ils ne peuvent ni faire le moindre pas , ni former le moindre désir, la moindre pensée, comme il faut, pour le salut.
Les moyens de salut leur manquent-ils ? Non , répond saint Prosper , qu'on sait avoir été un des plus zélés disciples de S. Augustin. // est évident, dit-il (L. 2 de Vocatione Gent. , c. 1) , que Dieu fait connaître en mille différentes manières qu'il veut sauver tous les hommes ; mais ceux qui viennent à lui y sont conduits par sa grâce , et ceux qui n'y viennent pas , c'est par leur opiniâtreté qu'ils lui résistent. Dieu présente son secours en une infinité de diverses manières, soit secrètes, soit manifestes. Plusieurs le refusent, et c'est par leur propre malice. Quant à plusieurs qui s'en servent, c'est par le concours de la grâce et de la volonté. Et dans un autre endroit du même livre : Nous avons tâché de prouver, avec le secours de Dieu, que sa grâce a toujours été prête à aider les hommes , non seulement dans ces derniers temps, mais encore dans tous les siècles passés , d'autant que, soit
qu'il les aide par des voies secrètes, soit par des voies connues, c'est lui, comme dit l'Apô—tre, qui est le Sauveur de tous les hommes , mais principalement des fidèles.
Nous nous étendrons davantage, dans la suite de cette Instruction , sur les moyens de salut accordés à tous les hommes. Ce que nous en venons de dire réfute suffisamment l'objection des semi-pélagiens. Leur erreur a tiré son origine de ce qu'ils n'ont pas reconnu la vérité de notre premier principe d'équité : Etre en droit de ne pas distribuer des dons aux personnes à qui on les fait , c'est être aussi en droit de les leur distribuer inégalement.
XV III. L'inscrutabilité des jugements de Dieu, considérés en particulier, n'empêche pas d'en chercher et d'en donner des raisons générales. — Avant que de passer à l'examen du second principe d'équité, faisons une remarque sur ce que S. Prosper (qu'on croit communément être l'auteur du livre de la Vocation des Gentils) y dit et y répète souvent que les jugements de Dieu dans l'inégale distribution des dons de sa grâce sont impénétrables. Il le dit, et il a raison de les nommer ainsi, parce qu'il est impossible d'en connaître le détail et d'assigner toutes les causes particulières de chacun d'eux. Mais ni lui , ni S. Augustin , ni S. Paul n'appellent les jugements de Dieu impénétrables , en ce sens qu'il ne soit pas permis d'en chercher et d'en donner quelques raisons générales. S. Paul lui-même en donne. Il déclare que malgré ses blasphèmes et ses persécutions il a obtenu miséricorde de Dieu , parce qu'il avait fait tous ces maux dans l'ignorance, n'ayant pas la foi (1 Tim. 1, 13). Il attribue la réprobation des Juifs à leur incrédulité (l),et celle des philosophes gentils à ce qu'ayant connu Dieu ils ne l'avaient pas remercié et glorifié comme Dieu. S. Prosper lui-même en donne (L. 2, c. 23, 24, 30). Lorsque, par exemple, il examine d'où vient que tous les enfants ne sont pas baptisés, il ne craint pas de dire que cela vient de quelque mauvais usage de la grâce générale donnée aux parents ; que si tous les enfants recevaient le baptême, les parents seraient trop négligents , ne craignant point que la mort surprît leurs enfants ; que cela donnerait lieu de croire que la grâce du baptême serait due à l'innocence de l'âge, et de nier le péché originel.
S. Augustin lui-même en donne, et permet d'en donner (Confess. 1.3, c. 11). Il attribue la source des jugements de grande miséricorde que Dieu voulut bien exercer à son égard aux prières et aux larmes de sainte Monique, sa mère, qui, malgré ses longs et et très-criminels égarements, avait obtenu sa conversion et son salut, selon les assurances qu'elle en avait reçues de la bouche d'un saint évêque, dont il rapporte les paroles : Il est impossible qu'un fils pleuré avec tant de larmes périsse. Lui-même attribue
(1) Proptcr incredulilalem fracti sunt. Rom. il.
INSTRUCTION PASTORALE
'aussi la conversion de S. Paul aux prières de S. Etienne. Si sanctus Stephanus , dit-il (T. 10, p. 255), sic non orasset , Ecclesia Paulumnonhaberet. Lui-même en disant que le grand don de la persévérance peut être mérité par d'humbles supplications, Suppliciter emereri potest , donne à entendre que la raison pour laquelle il est accordé aux uns et refusé aux autres vient de ce que ceux-ci le méritent, et que ceux-là ne le méritent point parleurs prières. D'où vient, dit-il ailleurs, que des gens qui ne persistent pas dans la foi , reçoivent la grâce, et qu'ils y demeurent jusque à ce qu'ils tombent. Pourquoi Dieu ne leur ôte-t-il pas la vie, avant que la malice de leur cœur leur ait corrompu l'esprit, et les ait détournés de la voie de Dieu , puisque il fait cette grâce à un saint qui meurt dans son enfance , selon l'auteur du livre de la sagesse? Que chacun en cherche les meilleures raisons qu'il pourra; et s'il en trouve quelque autre que celle que j'en ai rendue, qui soit vraisemblable , et qui ne s'éloigne point de l'analogie de la foi , qu'il la suive, et s'il veut me la découvrir , je la suivrai (1).
Ce saint docteur, il est vrai, a soutenu que l'on ne neut pas rendre raison de tous les desseins et de tous les ouvrages de Dieu , parmi lesquels il y en a grand nombre qui surpassent l'intelligence de l'homme ; mais il n'a pas défendu , il a au contraire cru trèspermis et même très-louable de chercher à faire non seulement admirer et adorer, mais encore aimer et bénir la conduite de Dieu dans la dispensation de ses grâces. Il s'est écrié avec S. Paul : 0 altitudo ! mais il a ajouté avec lui : Divitiarum sapientiœ et scientiœ Dei. Il n'a pas dit : Divitiarum potentiœ
et dominationis Pourquoi ? C'est qu'il n'a
pas admis en Dieu un pouvoir aveuglément et entièrement arbitraire , une domination purement et illégitimement despotique, telle qu'on la remarque quelquefois dans les dieux de la terre (Ps. 46, 10), qui se croient en droit de faire tout ce qu'il leur plaît, et, par la seule raison qu'ils sont souverains, se permettent comme juste ce qui ne l'est pas. Leur puissance devient la source de leur injustice par l'abus qu'ils font de leur autorité suprême. Il n'en est pas de même de vous , 6 Dieu du ciel! Votre puissance est le principe même de la justice ; vous regardez comme une chose indigne de votre puissance de condamner celui qui ne mérite pas d'être puni. Vous nous gouvernez avec une grande réserve. Vous êtes indulgent envers tous , parce que vous êtes le Seigneur de tous. Vos jugements sont toujours équitables , toujours émanés du sanctuaire de
(1) Cur quidam non permansuri in fide et sanclit.ile chrisiiana , lamen accipiani ad lempus hanc gratiam, ei dimittaniur hic vivere donec cadant, cum poskiju rapi de hac vila ne malilia mutct intellectum eonim , qnod de Sancto immalura :eiale defoncto srripium est in libro Sapientiae ; quasrat quisquis ni polueril : et si invenerit prœler hanc quœ a me reddiia est et aliam probabilem rationem , a recta fidci régula non recedentem, teneat eam.etego cum illo, si me non latuerit. Epi&t. 107, de Cor. et Crat., cap. 13.
la sainteté , et du sein de la sagesse présente devant votre trône, et présidant à vos conseils.