SUR UNE MAXIME DU CARDINAL DE RETZ
C'est une maxime du cardinal de Retz, qu'il faut tâcher de former ses projets de façon que leur irréussite même
* La Rochefoucauld avait dit de même : « le vrai honnête homme est celui « qui ne se pique de rien. > (Max. 203.) Notons en passant que dans cette maxime, et, en général, dans la langue du xvii< siècle, le mot honnête homme signifie simplement homme bien élevé, bien appris, et que le cardinal de Retz ne l'entendait pas autrement, lorsqu'il a dit de La Rochefoucauld lui-même qu'ii était le plus honnête homme de son temps, expression dont on a souvent abusé, en l'appliquant k faux au caractère .de l'homme. •*- G.
A UN JEUPiE HOMME. 119
soit suivie de quelque avantage; et cette maxioie est trèsbonne.
Dans les situations désespérées, on peut prendre des partis violents; mais il faut qu'elles soient désespérées. Les grands hommes s'y abandonnent quelquefois par une secrète confiance des ' ressources qu'ils ont pour subsister dans les extrémités, ou pour en sortir à leur gloire. Ces exemples sont sans conséquence pour les autres hommes.
C'est une faute conmiune, lorsqu'on fait un plan, de songer aux choses sans songer à soi ; on prévoit les difficultés attachées aux affaires; celles qui naîtront de notre fonds, rarement. Si pourtant on est obligé à prendre des résolutions extrêmes, il faut les embrasser avec courage, et sans prendre consieil des gens médiocres ; car ceux-ci ne comprennent pas qu'on puisse assez souffrir dans la médiocrité qui est leur état naturel, pour vouloir en sortir par de si grands hasards, ni qu'on puisse durer dans ces extrémités qui sont hors de la sphère de leurs sentiments. Cachez-vous des esprits timides : quand vous leur auriez arraché leur approbation par surprise ou par la force de vos raisons, rendus à eux-mêmes, leur tempérament les ramènerait bientôt à leurs principes, et vous les rendrait plus contraires. Croyez qu'il j a toujours, dans le cours de la vie, beaucoup de choses qu'il faut hasarder, beaucoup d'autres qu'il faut mépriser, et consultez en cela votre raison et vos forces.
Ne comptez sur aucun ami dans le malheur. ' Mettez toute votre confiance dans votre courage et dans les ressources de votre esprit ; faites-vous, s'il se peut, une destinée qui ne dépende pas de la bonté trop inconstante et trop peu
* Des pour aux, ou dans. — G. '
9 Var. : [Mettez toute yotre confiance dans TOtre courage, dans votre pmdence<, dans votre habileté, dans vos intrigues, et non dans l'appui des autres hommes, car c'est une folie d'en attendre quelque chose ; il faut, pour ainsi dire, leur arracher ce qu'on en obtient. Si vous acquérez de grands biens ou de la gloire, si tous avez des amis puissants ; en un mot, si vous pouvez servir les autres, ne vous mettez point en peine, vous ne manquerez ni de serviteurs, ni de partisans, ni de flatteurs. Soyez donc heureux par vous-même, car si vous attendez tranquillement que le monde s'aperçoive de votre mérite, et qu'il
laO CONSEILS
commune des hommes. Si tous méritez des honneurs, A vous forcez le monde à vous estimer, si la gloire suit votre vie, vous ne manquerez ni d'amis fidèles, ni de protecteurs, ni d'admirateurs. Soyez donc d'abord par vous-même, si vous voulez vous acquérir les étrangers. Ce n'est point à une ftme courageuse à attendre son sort de la seule faveur et du seul caprice d' autrui ; c'est à son travail à lui faire une destinée digne d'elle '• ^