QUAND JL FAUT SORTIR DE SA SPÎflÊRE
Mon très-cher ami, sêntez-vous votre esprit pressé et à l'étroit dans votre état? c'est une preuve que vous êtes né pour une meilleure fortune; il faut donc sortir de vos voies, et marcher dans un champ moins limité.
Ne vous amusez pas à vous plaindre, rien n'est moins utile; mais fixez d'abord vos regards autour de vous : on a quelquefois dans sa main des ressources que Ton ignore. Si vous n'en découvrez aucune, au lieu de vous morfondre
* Sur Teiemplaire d'Aix, Voltaire biffait ce paragraphe, le trouvant trop commun. Il est heureux qu'on Tait maintenu ; le cœur de Vauvenargues est là tout entier. — G.
< Ici seulement, et dans un. autre endroit où il dira : pratiquons la vertu, c'est toul^ Vauyenargues donne le pas à la vertu sur la gloire. Dans le reste de son livre, il ne distingue pas entre elles, et la gloire va au moins de pair avec la vertu, dont elle est la preuve (Maximes), ou le soutien (1" Discours sur la Gloire) ; dans ce dernier ouvrage même, il fera entendre que l'amour de la gloire est un mobile plus efficace et plus sûr que la vertu. — G.
tristement dans cette vue, osez prendre un plus grand essor : un tour d'imagination un peu hardi nous ouvre souvent des chemins pleins de lumière. Quiconque connaît la portée de l'esprit humain tente quelquefois des moyens qui paraissent impraticables aux autres hommes. C'est avoir l'esprit chimérique que de négliger les facilités ordinaires pour suivre des hasards et des apparences; mais lorsqu'on sait bien allier les grands et les petits moyens, et les employer de concert, je crois qu'on aurait tort de craindre non-seulement l'opinion du monde, qui rejette toute sorte de hardiesse dans les malheureux, mais même les contradictions de la fortune.
Laissez croire à ceux qui le veulent croire, que Ton est misérable dans les embarras des grands desseins. C'est dans l'oisiveté et la petitesse que la vertu souffre, lorsqu'une prudence timide l'empêche de prendre l'essor, et la fait ramper dans ses liens : mais le malheur même a ses charmes dans les grandes extrémités; car cette opposition de la fortune élève un esprit courageux, et lui fait ramasser toutes ses forces, qu'il n'employait pas.