‹ OEuvresChapitre 12 sur 286 · DE l'esprit en Général · texte numérisé non relu

DE l'esprit en Général

Ceux qui ne peuvent rendre raison des variétés de l'esprit humain, y supposent des contrariétés inexplicables. Ils s'étonnent qu'un homme qui est vif, ne soit pas pénétrant; que celui qui raisonne avec justesse, manque de jugement dans sa conduite ; qu'un autre qui parle nette- . ment, ait l'esprit faux, etc.. Ce qui fait qu'ils ont tant de peine à concilier ces prétendues bizarreries , c'est qu'ils confondent les qualités du caractère avec celles de l'esprit, et qu'ils rapportent au raisonnement des effets qui appartiennent aux passions. Ils ne remarquent pas qu'un esprit justej qui fait une faute, ne la fait quelquefois que pour satisfaire une passion, et non par défaut de lumière; et lorsqu'il arrive à un homme vif de manquer de pénétration, ils ne songent pas que pénétration et vivacité sont deux choses assez différentes, quoique ressemblantes, et qu'elles peuvent être séparées. Je ne prétends pas découvrir toutes

les sources de nos erreurs sur une matière sans bornes : lorsque nous croyons tenir la vérité par un endroit, elle nous échappe par mille autres; mais j'espère qu'en parcourant les principales parties de l'esprit, je pourrai observer leurs différences essentielles, et faire évanouir un très-grand nombre de ces contradictions imaginaires qu'admet l'ignorance. L'objet de ce premier livre est de faire connaître, par des définitions et par des réflexions fondées sur l'expérience, toutes ces différentes qualités des hommes qui sont comprises sous le nom d'esprit. Ceux qui recherchent les causes physiques de ces mêmes qualités, en pourraient peut-être parler avec moins d'incertitude, si on réussissait dans cet ouvrage à développer les effets dont ils étudient les principes.

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