‹ OEuvresChapitre 13 sur 286 · IMAGINATION, RÉFLEXION, MÉMOIRE · texte numérisé non relu

IMAGINATION, RÉFLEXION, MÉMOIRE

Il y a trois principes remarquables dans l'esprit : l'imagination, la réflexion et la mémoire '.

J'appelle imagination le don de. concevoir les choses d'une manière figurée*, et de rendre ses pensées par des images. Ainsi l'imagination parle toujours k nos sens; elle est l'inventrice des arts et l'ornement de Tesprit.

La réflexion est la puissance de nous replier sur nos idées, de les examiner, de les modifier ou de les combiner de diverses manières. Elle est le grand principe du raisonnement, du jugement, etc.

La mémoire conserve le précieux dépôt de l'imagination et de la réflexion. II serait superflu de s'arrêter à peindre son utilité non contestée : nous n'employons dans la plupart de nos raisonnements que nos réminiscences ; c'est sur elles que nous bâtissons; elles sont le fondement et la matière

^ [ Ce sont là trois qualités, trois modes, trois puissances de la substance pensante, et non pas trois pn'ncfpes.— La H.] — La mémoire est la première. — V.

< [Oui, dans le style; mais rimagination en elle-même est la disposition à se représenter les objets éloignés ou possibles, aussi vivement que s'ils étaient prochains et réels. — La U.]

de tous nos discours. L'esprit que la mémoire cesse de nourrir, s'éteint dans les efforts laborieux de ses recherches'. S'il y a un ancien préjugé contre les gens d'une heureuse mémoire, c'est parce qu'on suppose qu'ils ne peuvent embrasser et mettre en ordre tous leurs souvenirs, parce qu'on présume que leur esprit, ouvert à toute sorte d'impressions, est vide, et ne se charge de tant d'idées empruntées, qu'autant qu'il en a peu de propres : mais l'expérience a contredit ces conjectures par de grands exemples, et tout ce qu'on peut en conclure avec raison, est qu'il faut avoir de la mémoire dans la proportion de son esprit, sans quoi on se trouve nécessairement dans un de ces deux vices, le défaut ou l'excès.

Page 1