IMITATION DE PASCAL
passe la raison ; mais quelle démonstration peut-on avoir sur des faits, et principalement sur des faits merveilleux, que Tesprit de parti peut avoir altérés ou supposés en tant de manières? Une seule démonstration , ajoutent-ils, doit prévaloir sur les plus fortes et les plus nombreuses apparences; ainsi la plus grande probabilité de nos uîiracles ne contre-balancerait pas une démonstration de la contradiction de nos mystères, supposé que Ton en eût une.
Il est donc question de savoir qui a pour soi la déliionstration ou l'apparence. S'il n'y avait que des apparences dans^ les deux partis, dès lors il n'y aurait plus de règle ; car comment compter et peser toutes ces probabilités ? S'il y avait, au contraire, des démonstrations des deux côtés^ on serait dans la même peine, puisque alors la démonstration ne distinguerait plus la vérité. Ainsi la vraie religion n'est pas seulement obligée de se démontrer, mais il faut encore qu'elle fasse voir qu'il n'y a de démonstration que de son côté. Aussi le fait-elle, et ce n'est pas sa faute si les théologiens, qui ne sont pas tous éclairés, ne choisissent pas bien leurs preuves.
DU stoïcisme et du christianisme.
Les stoïciens n'étaient pas prudents, car ils promettaient le bonheur dès cefte vie, dont nous connaissons tous par expérience les misères ; leur propre conscience devait les accuser et les convaincre d' imposture. Ce qui distingue notre sainte religion de cette secte » c'est qu'en nous proposant, comme ces philosophes, des vertus surnaturelles, elle nous donne des secours surnaturels. Les libertins disent qu'ils ne croient pas à ces secours; et la preuve qu'ils donnent de leur fausseté, c'est qu'ils prétendent être aussi honnêtes gens que les vrais dévots, et qu'à leur avis un Socrate, un Trajan et un Marc-Aurèle valaient bien un David et un Moïse ; mais ces raisons-là sont si faibles, qu'elles ne méritent pas qu'on les combatte.
ILLUSUMTS DB L'UVU,
1. La religion chrétienne, qui est la dominante dans ce continent , y a rendu les Juifs odieux et les empêche de former des établissements. Ainsi les prophéties, dit l'insensé, s'accomplissent par la tyrannie de ceux qui les croient, et que leur religion oblige de les accomplir.
2. Les Juifs, continue cet impie, ont été devant Jésus- Christ haïs et séparés de tous les peuples de la terre ; ils ont été dispersés et méprisés comme ils le sont. Cette dernière dispersion à la vérité est plus affreuse, car elle est plus longue, et elle n'est pas accompagnée des mêmes consolations ; cependant , ajoute l'impie, leur état présent n'est pas assez différent de leurs calamités paâsées, pour leur paraître un motif indispensable de convei*sion.
3. Toute notre religion , poursuit-il , est appuyée sur l'immortalité de l'âme, qui n'était pas un dogme de foi chez les Juifs. Comment donc a-t-on pu nous dire de deux religions différentes dans un objet capital, qu'elles ne composent qu'une seule et même doctrine? Quel est le sectaire ou l'idolâtre qui ne prouvera pas la perpétuité de sa foi, si une telle diversité, dans un tel article, ne la détruit pas?
A. On dit ordinairement : Si Moïse n'avait pas desséché les eaux de la mer, aurait-il eu l'impudence de l'écrire, à la face de tout un peuple qu'il prenait à témoin de ce miracle Voici la réponse de l'impie : Si ce peuple eût passé la mer au travers des eaux suspendues, s'il eût été nourri pendant quarante ans par un miracle continuel, aurait-il eu l'imbécillité d'adorer un veau, à la face du Dieu qui se manifestait par ces prodiges, et de son serviteur Moïse?
J'ai honte de répéter de pareils raisonnements : voilà cependant les plus fortes objections de l'impiété. Cette extrême faiblesse de leurs discours n'est-elle pas une preuve sensible de nos vérités?
DE PASCAL. m