VANITÉ DES PHILOSOPHES
Faibles hooimes ! s'écrie un orateur ', osez-vous vous fier encore aux prestiges de la raison, qui vous a trompés tant de fois? Avez-vous oublié ce qu'est la vie, et la mort qui va la finir 7 Ensuite il leur peint avec force la terrible incertitude de l'avenir, la fausseté ou la faiblesse des vertus humaines, la rapidité des plaisirs qui s'eiTajcent comme des songes, et s'enfuient iavec la vie ; il profite du penchant que nous avons à craindre ce que nous ne conndssons pas, et à souhaiter quelque chose de meilleur que ce que nous connsdssons ; il emploie les menaces et les promesses, l'espérance et la crainte, vrais ressorts de l'esprit humain, qui persuadent bien mieux que la raison*; il nous interroge nous-mêmes et nous dit : N'est-il pas vrai que vous n'avez jamais été solidement heureux? — Nous en convenons. — N'est-il pas vrai que vous n'avez aucune certitude de ce qui doit suivre la mort? — Nous n'osons encore le nier. — Pourquoi donc, mes amis, continue-t-il, refuseriez-vous d'adopter ce qu'ont cru vos pères, ce que vous ont annoncé successivement tant de grands hommes, la seule chose qui puisse nous consoler des maux de la vie et de l'amertume de la mort 7
Ces paroles prononcées avec véhémence nous étonnent , et nous nous disons les uns aux autres : Cet homme .connaît bien le cœur humain ; il nous a convaincus de toutes nos misères. — Les a-t-il guéries? répond un philosophe. — Non, il ne l'a pu. — Vous a-t-il donné des lumières, continue-t-il, sur les choses qu'il vous a convaincus de ne pas savoir? — Aucune, -r Que vous a-t-il donc enseigné? — Il nous a promis, répondons-nous, après cette vie, un bonheur étemel et sans mélange, et la possession
« U est clair qu'il s'agit ici d'un orateur chrétien^ d'un prédicateur, — G.
s Vauvenargues a dit de môme dans le Discours sur le Caractère des différents siècles: « l\ n'y a rien que la crainte et l'espérance ne puissent per- 1 suadcr aux hommes. « — G.