‹ OEuvresChapitre 15 sur 286 · TIVACITÉ · texte numérisé non relu

TIVACITÉ

La vivacité consiste dans la promptitude des opérations de Tesprit. Elle n'est pas toujours unie à la fécondité : il y a des esprits lents, fertiles ; il y en a de vifs, stériles. La lenteur des premiers vient quelquefois de la faiblesse de leur mémoire, ou de la confusion de leurs idées, ou enfin de quelque défaut dans leurs organesr qui empêche leurs esprits de se répandre avec vitesse'. La stérilité des esprits vifs, dont les organes sont bien disposés, vient de ce qu'ils manquent de force pour suivre une idée, ou de ce qu'ils sont sans passions; car les passions fertilisent l'esprit sur les choses qui leur sont propres, et cela pourrait expliquer de certaines bizarreries : un esprit très-vif dans la conversation, qui s'éteint dans le cabinet; un génie perçant dans l'intrigue, qui s'appesantit dans les sciences, etc. C'est aussi par cette raison que les personnes enjouées, que tous les objets frivoles intéressent, paraissent les plus vives dans le monde. Les bagatelles qui soutiennent la conversation,

A La Rochefoucauld ayut dit {kh^ Max.) : « La force et la faibtease de Tes- « prit sont mal nommées ; elles ne sont, en effet, que la bonne ou mauvaise dis- < position des organes du corps; > dans la 2Q7*, il en avait conclu que nos ac/toi» dépendent en grande partie du cours de nos humeurs; et les matérialistes avoués du xvni* siècle n'iront guère plus loin. Vauvenargues paraît abonder ici dans le même sens; cependant, il faut remarquer qu'il ne veut pas parler,, comme La Rochefoucauld, des organes du corps, mais des organes de Vesprit, puisqu'il cite en preuve la faiblesse de la mémoire^ la confusion des idées, et que mémoire et idées appartiennent essentiellement à l'esprit. La ressemblance apparente de la pensée de Vauvenargues avec celle de La Rochefoucauld ne tient qu'à l'impropriété du mot organes que Vauvenargues prend à faux dans le sens de facultés; de même, il se sert, ici et plus loin, du mot esprits, mot vague, dont on a tant abusé au xviii« siècle; mot mal sonnant dans la bouche d'un philosophe, et qu'il faUait laisser aux médecins et aux physiologistes. Remarquons une fois pour toutes que la langue philosophique n'est pas sûre dans Vauvenargues, et que souvent il ne saisit pas la vraie acception des termes qui la composent. — G. .

étant leur passion dominante, elles excitent toute leur vivacité, et lui fournissent une occasion continuelle de paraître. Ceux qui ont des passions plus sérieuses, étant froids sur ces puérilités, toute la vivacité de leur esprit demeure concentrée.

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