FÉCONDITÉ
Imaginer, réfléchir, se souvenir, voilà donc les trois principales facultés de notre esprit. C'est là tout le don de penser *, qui précède et fonde les autres. Après vient la fécondité, puis la justesse, etc.
Les esprits stériles laissent échapper beaucoup de choses ^ et n en voient pas tous les côtés; mais l'esprit fécond, sans justesse, se confond dans son abondance, et la chaleur du sentiment qui l'accompagne est un principe d'illusion très à craindre; de sorte qu'il n'est pas étrange de penser beaucoup et peu juste.
Personne ne pense, je crois, que tous les esprits soient
* La première édition porte : s'éteint dans la plus laborieuse pesanteur, Sar Texemplaire d*Àix la nouyelle leçon n'est indiquée ni par Vauvenargues, ni par Voltaire; elle appartient sans doute à Trublet ou à Séguy, qui, comme on le sait, acherèrent la seconde édition, la mort ayant empêché VaaTenargues de l'achever lui-même. — G.
« On ne pense que par mémoire. — V. — Quoi qu'en dise Voltaire, si la mémoire est Voceasion d'un grand nombre de nos pensées, elle ne rend pas compte de toutes, et elle n'est le principe d'aucune. — G.
s L'esprit stérile est celui en qui l'idée qu'on lui présente ne fait pas naître d'idées accesBoires ; au lieu que l'esprit fécond produit sur le sujet qui l'occupe toutes les idées qui appartiennent à ce sujet De même que, dans une oreille exercée et sensible, un son produit le sentiment des sons harmoniques, et qu'elle entend un accord où les autres n'entendent qu'un son. — S.
8 INTRODUCTION A Lk CONNAISSANCE
féconds, ou pénétrants, ou éloquents, ou justes, dans les mêmes choses : les uns abondent en images, les autres en réflexions, les autres en citations, etc., chacun selon son caractère, ses inclinations, ses habitudes, sa force ou sa faiblesse.