‹ OEuvresChapitre 157 sur 286 · LES JEUNES GENS · texte numérisé non relu

LES JEUNES GENS

Les jeunes gens jouissent sans le savoiri et s'ennuient en croyant se divertir. Ils font un souper où ils sont dix^huit, sans compter les dames; et ils passent la nuit, à table, à détonner quelques chansons obscènes, à conter le roman de rOpéra, et à se fatiguer, pour cherâier le plaisir, qu'à peine les plus impudents peuvent essayer dans un quart* d'heure de faveur ; et, comme on se pique à tous les âges d'avoir de l'esprit, ils admettent quelquefois à leurs parties des gens de lettres, qui font là leur apprentissage pour le monde; mais tous s'ennuient réciproquement, et ils se détrompent les uns des autres. Ces jeunes gens disparais* sent quelquefois pendant plusieurs jours, pour suivre de sales intrigues; puis, ils reviennent dans le monde, épuisés de leurs incontinences, avec un maintien affecté et des yeux éteints; ils parlent grossièrement des femmes, et avec dégoût. Au spectacle, où ils vont pour se rassembler, on les voit sortir quelquefois au commencement de la pièce, pour satisfaire quelque idée de débauche qui leur vient en tête; et, après avoir fait le tour des allées obscures de la Foire, ils reviennent au dernier acte, et se racontent à l'oreille leurs ridicules prouesses; on ne peut ignorer ce qu'ils se disent, et on a honte de l'avoir compris. Ils se font un point d'honneur de traiter légèrement tous les plaisirs; et les plaisirs, qui fuient la dissipation et la folie, ne leur laissent qu'une vaine ombre, et une fausse image de leurs charmes.

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