‹ OEuvresChapitre 165 sur 286 · l'étourdi · texte numérisé non relu

l'étourdi

11 n*y a pas longtemps qu'étant à la Comédie à côté d'un jeune homme qui faisait du bruit, je lui dis : Vous vous ennuyez; il faut écouter une pièce quand on veut s'y plaire.

— Mon ami, me répondit-il, chacun sait ce qui le divertit : je n'aime point la comédie, mais j'aime le théâtre ; je n'y écoute rien, parce qu'il faut trop d'efforts pour s'amuser de l'esprit d* autrui; mais j'y vois du monde, j'y trouve mes amis ; cela m'amuse à ma manière, et vous êtes bien fou d'imaginer d'apprendre à quelqu'un ce qui lui plaît. — Cela peut bien être, repris-je, mais je ne savais pas que vous vinssiez à la comédie pour avoir le plaisir de l'interrompre.

— Et moi je savais, me dit-il , qu'on ne sait ce qu'on dit quand on raisonne des plaisirs d' autrui ; et je vous prendrais pour un sot, mon très-cher ami, si je ne vous connaissais depuis longtemps pour le fou le plus accompli qu'il y ait au monde. — En achevant ces mots, il traversa le théâtre, et alla baiser sur la joue un homme grave, qu'il ne connaissait que de la veille.

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