‹ OEuvresChapitre 164 sur 286 · CALLJSTHÈNE · texte numérisé non relu

CALLJSTHÈNE

Callistbène ne connaît pas le plaisir qu'il peut y avoir dans un entretien familier, et à épancher son cœur dans le secret. S'il est seul avec une femme ou avec un homme d'esprit, il attend avec impatience le moment de se retirer. Quoiqu'il soit assez vif, laborieux, pénétrant, d'un esprit orné et agréable, il parsdt ennuyé et froid; il est grand parleur, mais il ne parle point; il bâille, il regarde sa montre; il se lève et il se rasseoit ; on sent qu'il n'est point à sa place, et que quelque chose lui manque. Il lui faut un théâtre, une école, et un peuple qui l'environne; là, il parle seul et longtemps, et parle quelquefois avec force et avec sagesse. Les obligations indispensables de sa place, ses études, ses distractions, ses attentions scrupuleuses pour les grands, la préoccupation de son mérite ne lui laissent pas le loisir de cultiver ses amis, ni même d'avoir des amis; le commerce des grands, qui le recherchent, lui a fait perdre le goût de ses égaux ; il s'ennuie de ceux qu'il estime, lorsqu'ils n'ont que de l'agrément et du mérite, quoiqu'il ne prime

lui-même que par cet endroit; et, n*honorant que la vertu, il ne néglige que les vertueux.

Page 1