‹ OEuvresChapitre 173 sur 286 · TITUS, ou h* Activité · texte numérisé non relu

TITUS, ou h* Activité

Titus se lève seul et saoïs feu pendant l'hiver ; et, quand ses domestiques entrent dans sa chambre, ils trouvent déjà sur sa table un tas de lettres, qu'il a écrites aux flambeaux^ et qui attendent la poste '• Il commence à la fois plusieurs ouvrages qu'il achève avec une rapidité inconcevable, et que son génie impatient ne lui permet pas de polir. Quelque chose qu'il entreprenne, il lui est impossible de la retarder; une affaire qu'il remettrait l'inquiéterait jusqu'au moment qu'il pourrait la reprendre. Occupé de soins si sérieux, on le rencontre pourtant dans le monde comme les hommes les plus désœuvrés; il ne se renferme pas dans une seule société, il en cultive en même temps plusieurs'; il entretient des relations sans nombre au dedans et au dehors du royaume. 11 a voyagé, il a écrit, il a été à la cour et à la guerre ; il a excellé en plusieurs métiers ; il connaît tous les hommes et tous les livres; il a aimé tous les plaisirs, mais sans jamais négliger ses affaires. Leà heures qu'il est dans le monde, il les emploie à former des intrigues et à cultiver ses amis ^ ; il ne comprend pas que les hommes puissent parler pour parler , ou agir seulement pour agir, et Ton voit que son âme souffre quand la nécessité et la politesse le retiennent inutilement 4. S'il recherche quelque

A Add. : [ « Né avide d'action, il se couche tard, et dort peu ; sa tète, échauf- « fée par le trayail, agite son sommeil des inquiétudes qui l'occupent pendant « le jour. »]

* Far, : « Incapable de se fixer à quelque art, à quelque affaire, ou à quelque » plaisir que ce puisse être, il cultive en même temps plusieurs sociétés et « plusieurs études; son esprit ardeiit et insatiable ne lui laisse point de re- « pos. » — Add. : [ « Tout l'attire, rien ne l'arrête, et sa vaste imagination fait « errer ses vœux et ses soins sur tous les objets qui intéressent les hommes. » ]

s Add,' « La conversation même n'est pas un délassement pour lui : il no « parle point, il négocie, il flatte, il cabale. »

* Var, : « Quand la tyrannie des bienséances le retient avec des hommes « inutiles, dont il n'a rien à tirer, ses pensées s'égarent ailleurs, ses yeux

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plaisir, il n'y emploie pas moins de manège que dans les affaires les plus sérieuses ; et cet usage qu'il fait de son esprit l'occupe plus vivement que le plaisir même qu'il poursuit. Sain et malade, il conserve la même activité ; il va solliciter pour un procès le jour qu'il a pris médecine ; une autre fois, il fiait des vers avec la fièvre ; et, quand on le prie de se ménager, de s'arrêter : Hé ! dit-il, lepuis-je un moment ? vous voyez les affaires qui m'accablent! quoique, au vrai, il n'en ait aucune qui ne soit tout à fait volontaire. Epuisé par une maladie dangereuse, il se fait habiller pour mettre ses papiers en ordre; il se souvient des paroles de Vespasien, et, comme cet empereur, veut mourir debout*.

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