‹ OEuvresChapitre 172 sur 286 · hégésippe '.J · texte numérisé non relu

hégésippe '.J

[Hégésippe passe avec rapidité d'un sentiment violent dans son contraire, et ses passions s'épuisent par leur propre vivacité. Faible et fort, animé des moindres succès et cqnsterné des moindres disgrâces, la joie excessive le jette en peu de temps dans la tristesse, l'espérance dans l'abattement, et la haine assouvie éveille en lui l'extrême pitié. Il est sujet à se repentir sans mesure de ce qu'il a désiré et exécuté sans modération ; prompt à s'enflammer, il ne peut subsister dans l'indifférence; quand les choses

* C*est une nuance plus forte du morceau qui précède. Vauvenargues aime à revenir sur un môinc caractère, pour en montrer le» divers côtcîs. — G.

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lui manquent, son imagination ardente l'occupe en secret des objets que son cœur demande, et tovtes ses visées sont extrêmes comme ses sentiments ; il estime peu ce qu'il ne désire ou n'admire. point, et il regarde sans intérêt ce qu*il ne regarde pas avec passion. Il passe avec rapidité d'une idée à une autre, et il épuise en un instant le sentiment qui le domine; mais personne n'entre avec plus de vérité dans le personnage que ses passions lui font jouer, et il est presque sincère dans ses artifices, parce qu'il sent, malgré lui, tout ce qu'il veut feindre. C'est l'homme le moins propre aux affaires qui demandent de la suite et de la pa*tience; qui s'attache et se dégoûte le plus promptement; qui pousse le plus vivement un intérêt unique, et qui est le plus incapable d'en conduire plusieurs à la fois; qui néglige entièrement les petites choses, ou qui s'en inquiète outre mesure; qui présume le plus de soi dans ses projets, mais qui imagine toujours plus qu'il ne peut exécuter; destiné par la nature à commettre de grandes fautes, parce qu'il conçoit trop vivement, et qu'il entreprend avec témérité ce qu'il a conçu avec transport; cependant, d'un courage vrai et altier, qui embrasse par réflexion, les affaires même dont il désespère par sentiment; qui, rebuté quelquefois par les plus légers obstacles, cependant, ne fléchit pas, d'ordinaire, sous les plus grands ; intrépide dans le désespoir, il oppose la résolution et la prudence aux infidélités de son humeur ; il tire de ses faiblesses même des vertus, et répare, par la sagesse de son esprit, les inégalités de son cœur. Les âmes égales ^ sont souvent médiocres; il faut savoir estimer les hommes qui s'élèvent par saillies à toutes les vertus, quoiqu'ils ne s'y puissent tenir; leur cœur s'élance vers la générosité, vers le courage, vers la compassion, et retombe ensuite dans les mouvements contraires. De telles vertus, pour être subites, ne sont point fausses; elles vont quelquefois plus loin dans l'héroïsme

I La fin de ce morceau a été mise à tort dans les Maxime», par let éditeurs précédents. — G.

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que la modération et la sagesse, qui, plus asservies aux lois communes, n'ont ni la vigueur, ni la hardiesse, qui sont la marque de l'indépendance.]

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