POLIDORE, ou L'Homme faibie
[Polidore est d'un caractère faible et violent; il a une fierté opiniâtre, mais sans fermeté et sans vigueur. 11 raille
* Sans parler des passages, que nous avons vus plus haut, sur la libéralité, sans rappeler Clawmène qui , lui aussi , était obéré, et mourait sans laisser assei de bien pour payer ses dettes, il n*y a qu'à relire les lettres à Saint- Vincens, pour reconnaître encore Vauvenargues dans ce portrait, sans en excepter même la petite comédie qui le termine si plaisamment Vauvenargues avait de grandes prétentions à cette finesse des honnêtes gens, dont il parle bi souvent dans ses Maximes, et, en homme qui aspirait, d'ailleurs, à la diplomatie, il mettait volontiers en pratique le proverbe : A trompeur, tiom • peur et demi. — G.
contre ses dieux, mais U frissonne en secret d'borreur ; il est offensé par quelques paroles méprisantes, mais il fléchit et il dissimule ; inquiet ensuite de ce qu*on en pourra penser, il demande raison de son injure d'une voix couverte et hésitante, et se fait grièvement blesser de plusieurs coups ; c'est ainsi qu'il ne sait ni pardonner, ni punir, et qu'il ne peut ni vaincre, ni faire éclater à propos sa colère. L'impuissance de son courage irrite encore ses ressentiments, et il hait d'autant plus ceux qu'il craint. Sa faiblesse ne peut supporter l'idée d'aucune de ces fautes inévitables dont la vie des hommes les plus sages n'est jamais exempte, et, s'il a fait une fausse démarche, ou essuyé quelque dégoût, il projette aussitôt de se retirer à la campagne, pour y ensevelir cette honte imaginaire, et là, le dépit et la mélancolie le rongent tour à tour. Au moindre revers de fortune, son imagination ne sait plus où se tenir ni où se prendre, et il perd à la fois la prospérité et le courage. 11 s'inquiète et il se tourmente pour les plus petites affaires ; il ne peut se résoudre ni à les entreprendre, ni à les négliger ; son*âme succombe sous le poids de son indécision et de son indolence, fatiguée de ce qu'elle veut et ne peut mettre à fm. Persuadé que ses gens d'affaires abusent de sa négligence, il n'a pas la force de les en convaincre, et s'il a grondé un valet, il craint ensuite d'en être quitté; ses enfants euxmêmes ne peuvent savoir les sujets de plainte qu'il a contre eux ; il garde dans sa famille un silence froid et sévère. Si quelqu'un vient à lui pour une affaire, il refuse d'abord les conditions les plus honnêtes, puis, quand il les a refusées, il les regrette. Quoique assez éloigné de l'avarice, il a de la peine à se dessaisir; la vue des misérables le trouble et l'afflige, sans le déterminer à les soulager; à force de différer de faire du bien à ceux qu'il aime, il les éloigne quelquefois de lui, comme il perd souvent ses vengeances pour les avoir retardées. Il n'a dans l'esprit que tout juste la force nécessaire pour supporter les humiliations qui l'accablent; son caractère est de flotter entre toutes les vertus
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et tous les vices, de ne pouvoir suivre ni ses passions, ni sa raison, ni sa commodité, ni ses devoirs, ni la vente, ni l'erreur, mais de céder au caprice des événements, et de se partager toute sa vie entre les sentiments les plus contraires; car l'ordre sévère des Dieux ne lui a dispensé que des vertus aussi stériles et aussi impuissantes que ses vices. Les hommes de ce caractère n'obéissent jamais , dans le peu d'actions qu'ils produisent, qu'à l'habitude, à l'exemple, aux préjugés, et à la crainte des jugements du monde; ils n'osent pas le mal, et ils ne font pas le bien ; toute leur étude est de cacher aux autres et à eux-mêmes la faiblesse et la timidité de leur génie. Ce n'est pas que leur naturel n'agisse sourdement sur lem* conduite; mais ce faible instinct, qu'ils n'osent avouer, se renferme dans d'étroites limites qu'il ne franchit point. On juge et on mesure ces hommes-là d'un regard, et ils fournissent aussi peu à la satire qu'au panégyrique.]