DE LA PROFONDEUR
La profondeur est le terme de la réflexion ^ Quiconque^ a Fesprit véritablement profond, doit avoir la force de fixer sa
« C'est^-dire qu'il y a de la folie dans les sages. — V.
« Fin et vrai. — V.
3 f Cette pensée est obscure et louche, pour vouloir être trop concise. Il semblerait ici que la profondeur bornât la réflexion, et l'auteur veut dire que Tesprit profond est la perfection de l'esprit réfléchi. ^ La H.]— Vauvenargues prend le mot terme dans le sens d'extrême limite, ce qui est le vrai sens. — G.
* [ On ne peut mieux dire. — V. ]
pensée fugitive, delà retenir sous ses yeux pour en considérer le fond, et de ramener à un point une longue chaîne d'idées : c'est à ceux principalement qui ont cet esprit en partage, que la netteté et la justesse sont [le] plus nécessaires'. Quand ces avantages leur manquent, leurs vues sont mêlées d'illusions et couvertes d'obscurités; et néanmoins, comme de tels esprits voient toujours plus loin que les autres dans les choses de leur ressort, ils se croient aussi bien plus proches de la vérité que le reste des hommes; mais ceux-ci ne pouvant les suivre dans leurs sentiers ténébreux, ni remonter des conséquences jusqu'à la hauteur des principes, ils sont froids et dédaigneux pour cette sorte d'esprits qu'ils ne sauraient mesurer. Et même entre Jes gens profonds, comme les uns le sont sur les choses du monde, et les autres dans les sciences ou dans un art particulier, chacun préférant son objet dont il connaît mieux les usages, c'est aussi de tous les côtés matière de dissension.
Enfin, on remarque une jalousie encore plus particulière entre les esprits vifs et les esprits profonds, qui n'ont l'un qu'au défaut de l'autre; car les uns marchant plus vite, et les autres allant plus loin, ils ont la folie de vouloir entrer en concurrence, et ne se trouvant point de mesure pour des choses si différentes, rien n'est capable de les rapprocher.