‹ OEuvresChapitre 20 sur 286 · DE LA BÉUGATESSE, DE LA FINESSE ET DE LA FORCE · texte numérisé non relu

DE LA BÉUGATESSE, DE LA FINESSE ET DE LA FORCE

La délicatesse vient essentiellement de l'âme* : c'est une sensibilité dont la coutume, plus ou moins hardie, détermine aussi le degré \ Des nations ont mis de la délicatesse où d'autres n'ont trouvé qu'une langueur sans grâce; cel-

I Descartes me parait un esprit très-profond, quoique faux et romanesque. — V.

* La délicatesse est, ce me semble, finesse et gr&ce. — V.

' La coutume, les mœurs du pays qu'on habite, déterminent le degré de délicatesse et de sensibilité qu'on porte sur certaines choses, c'est à-dire qu'eUes forment en nous des habitudes qui rendent cette délicatesse plus ou moins sévère, cette sensibilité plus ou moins vive. — V.

les-ci au contraire. Nous avons mis peut-être cette qualité à plus haut prix qu'aucun autre peuple de la terre; nous voulons donner beaucoup de choses à entendre sans les exprimer, et les présenter sous des images douces et voilées; nous avons confondu la délicatesse et la finesse, qui est une sorte de sagacité sur les choses de sentiment. Cependant la nature sépare souvent des dons qu elle a faits si divers : grand nombre d'esprits délicats ne sont que délicats; beaucoup d'autres ne sont que fins; on en voit même qui s'expri* ment avec plus de finesse qu'ils n'entendent, parce qu'ils ont plus de facilité à parler qu'à concevoir. Cette dernière singularité est remarquable ; la plupart des hommes sentent au delà de leurs faibles expressions : l'éloquence ' est peut« être le plus rare comme le plus gracieux de tous les dons.

La force vient aussi d'abord du sentiment, et se caractérise par le tour de l'expression ; mais qpand la netteté et la justesse ne lui sont pas jointes, on est dur au lieu d'être fort, obscur au lieu d'être précis, etc.

Page 1