inconstance des hommes
[Qui pourrait dire les changements que la réflexion, rexpérience, la prospérité ou les disgrâces apportent d'ordinaire dans Fesprit et dans les moeui*s des hommes 7 Si vous avez passé quelques années loin de ceux que vous connaissiez , n'espérez pas de les retrouver les mêmes : celui qui vous aimait, vous a oublié et ne vous estime plus peut-être ; celui que vous aimiez et que vous estimiez vousmême, ne mérite plus ni amitié ni estime. Il est vrai qu'il y a un petit nombre d'hommes qui ne varient point, qui, tels on les a vus dans leur jeunesse, vains, dissipés, dissolus, emportés, sans pudeur et sans gravité, tels on les retrouve dans la force ou dans le déclin de l'âge ; mais la plupart changent, les uns pour le bien» les autres pour le mal. Celui-ci, que vous aviez cru de peu de sens et de conduite, est devenu raisonnable et sage, et la prospérité l'a rendu meilleur; j'en ai vu à qui l'intérêt avait enseigné la prudence, la justice et l'honnêteté qui n'étaient point dans leur fonds; ils étaient revenus des fautes de leur premier âge; ils s'étaient presque persuadé àeuz-mêmes que les vertus qu'ils pratiquaient par ostentation leur étaient naturelles. D'autres, au contraire, étaient nés bons et droits, qui ont quitté, depuis, les sentiers et les engagements de leurs beaux jours ; une fausse philosophie les a séduits, la mauvaise fortune les a aigris, et l'injustice et la dureté du monde les a achevés; ils ont trompé ceux qui se fiaient à la bonne réputation de leur jeunesse ; jls se sont lassés de la vertu dans l'infortune, et le temps a emporté leur courage avec leurs espérances. Le changement est la loi des hommes, comme le mouvement est la loi de la terre.J