‹ OEuvresChapitre 192 sur 286 · MiDAS, ou LE Sot qui est glorieux · texte numérisé non relu

MiDAS, ou LE Sot qui est glorieux

Le sot qui a de la vanité est l'ennemi-né des talents. S'il entre dans une maison où il se trouve un homme d'esprit, et si la maîtresse du logis lui fait l'honneur de le lui présenter, Midas le salue légèrement, et ne répond point. Si l'on ose louer en sa présence le mérite qui n'est pas riche ', il s'assied auprès d'une table, et compte des jetons ou mêle des cartes, sans rien dire. Lorsqu'il paraît un livre dans le monde qui fait quelque bruit, Midas jette d'abord les yeux sur la fin, puis sur le milieu du livre; ensuite il prononce que l'ouvrage manque d'ordre, et qu'il n'a jamais eu la force de l'achever. On parle devant lui d'une victoire que le héros du Nord ' a remportée sur ses ennemis; et, sur ce qu'on raconte des prodiges de sa capacité et de sa valeur, Midas assure positivement que la disposition de la bataille a été faite par M. de Rottembourg, qui n'y était pas, et que le prince s'est tenu caché dans une cabane, jusqu'à ce que les ennemis fussent en déroute. Un homme, qui a été à cette action, l'assure qu'il a vu charger le roi à la tête de sa maison ; maïs Midas répond froidement qu'on ne peut rien attendre de bon, et qu'on «e verra jamais que des folies d'un prince qui fait des vers, et qui est l'ami de Voltaire '.

* Var. : « Si cet homme d'esprit De s*en va pas, et qu'il attire au contraire, Tattention à lui, » Midas 8*amed, etc.

* Nom que Voltaire a souvent employé pour désigner Frédérie-le-Grand. La bauille dont il s'agit ici est, sans doute, celle de Friedberg, gagnée par Frédéric, le h juin 17&5, sur le prince Charles de Lorraine. — B.

s Var. : « Il ne peut entrer dans sa tête <|u'un prince qui aime les arts.

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