LAGON, OU LE Petit' homme
Je pourrais nommer d'autres hommes qui ne méprisent pas les lettres comme celui-ci, mais qui leur font plus de tort : ce sontxeux qui les cultivent avec peu de goût et avec un esprit très-limité. Lacon ne refuse pas son estime à tous les auteurs; il y a même beaucoup d'ouvrages qu iladaiire, et tels sont les vers de La Motte, Y Histoire romaine de RoUin ', les Allégories de Dracon • , le traité du Vrai mériie^ qu'il préfère, dit-il, à La Bruyère, et beaucoup d'autres ouvrages semblables, qui sont à peu près à sa portée. Adorateur superstitieux de tous les morts qui ont eu quelque réputation, il met dans la même classe Bossuet et Fléchier, et croit faire honneur à Pascal de le comparer à Nicole, dont il a lu les Essais avec une patience tout à fait chrétienne. C'est une licence effrénée, devant son petit tribunal , de trouver des défauts à Pellisson \ et de ne pas mettre Patru < ou Chapelle ^ au rang des grands hommes ^. On n*attaque
Il et qui honore de quelque bonté ceux qui les cultivent, soit capable de con- « cevoir de grandes choses et de les exécuter avec sagesse. »
< Rollin (Charles), né à Paris le 30 janvier 1661, fut d'abord destiné à suivre la profession de son père qui était coutelier ; un moine le flt placer au collège du Plessis, dont Gobiuet était alors principal Rollin devint professeur, puis recteur de l'Université, et mourut à Psm^s le 14 septembre 17^1. — B.
s Vauvenargues n'a pas prononcé le nom de J.-B. Rousseau, pour ne pas choquer l'admiration générale dont ce poète était alors en possession ; mais il est évident que c'est lui qu'il désigne sous ce pseudonyme. (Voir dans les Réflexions critiques sur quelques poètes le morceau intitulé J.-B. Rousseau^ page 260.) — G.
3 PelUsson-Fontanier (Paul) , né à Béziers en 1624 , mourut à Versailles le 7 février 1603. Écrivain élégant et facile , il a droit surtout à l'admiration de la postérité pour son généreux dévouement envers le malheureux Fouquet, dont il partagea la disgrâce. — B.
* Patru (Olivier), sumonmié le Quinliliçi Français, naquit à Paris en 1604, et mourut dans la même ville le 16 janvier 1681. Boileau, Racine, et les plus célèbres de ses contemporains le consultaient souvent, et le regardaient comme l'oracle du goût. — B.
^ CA^pei/f (Claude-Emmanuel Luillier), surnommé Chapelle, parce qu'il était né, en 1616, dans le village de ce nom entre Paris et Saint-Denis, mourut à Paris en septembre 1686. Ses productions portent l'empreinte de son caractère, à la fois souple, fier, plaisant et malin. — B. ' 6 Add.: a U soutient qu'après Bayle et Fontenello, l'abbé Desfontaincs e&t c le meilleur écrivain que nous ayons eu. »
SUR QUELQUES CAKACTËKES, 353
point un auteur médiocre» que les gens de cette espèce ne se sentent atteints du même coup, et qu'ils ne demandent justice. Ils vantent, ils appuient, ils défendent tous ceux des^auteurs contemporains que le public r^rouve; ils se liguent avec eux, et protestent contre le petit nombre des habiles; ils ne peuvent comprendre les grands hommes, et beaucoup moins les aimer; des. âmes si petites et si envieuses ne peuvent atteindre à sentir le grand, et elles ne se passionnent que pour les choses ou les personnes qui sont dans la sphère de leurs sentiments. Avons-nous un auteur célèbre qui soutient chez les étrangers l'honneur de nos lettres, à peine le connaissent-ils, quelques-uns ne l'ont jamais vu, et, cependant, ils le haïssent avec fureur. Le bruit se répand qu'il compose une tragédie ' ou une histoire ; ils annoncent au public que cet ouvrage sera ridicule; ils l'attendent avec impatience pour en relever les défauts : paralt-il, ils courent les rues pour le décrier dans le peuple ; ils ramassent toutes les critiques qu'on en vend au Pont- Neuf, à la porte des Tuileries, au Palais-Royal; ils conservent précieusement tous les libelles qu'on a faits depuis trente ans contre cet auteur ; ils les trouvent remplis de sel et de bonne plaisanterie ; il n'y a point de si vile brochure, oubliée en naissant des autres hommes, qu'ils n'achètent et qu'ils n'estiment beaucoup, dès qu'elle attaque et calomnie un homme trop illustre. C'est par un effet de la même humeur qu'ils frondent la musique de Rameau, et qu'ils applaudissent toute autre : parlez-leur des Indes Galantes\ ils chantent un morceau de TancrèdCr ou d'un opéra de Houret; ilsn' épargnent pas même les acteurs^ qui remplissent sur nos théâtres les premiers rôles ; et Poirier ne parait jamais, qu'ils ne battent longtemps des mains, peur faire de la peine à Jelyotte : tant il est difficile de leur plaire dès qu'on prime en quelque art que ce puisse être !
i î/auteur veut ici parler de Voltaire et de la tragédie de Sémiramis. Voyez sa letlre à Voltaire, datée de Paris, lundi matin, mai 1746. — B. * i4<id. : « Ou de l'opéra de Darda^Lm. « 3 Add. : « Qui ont succédé à Murer, à Thévenard, etc.n