‹ OEuvresChapitre 236 sur 286 · Qui peut se vanter déjuger, ou d'inventer, ou d'en · texte numérisé non relu

Qui peut se vanter déjuger, ou d'inventer, ou d'en

< Var, : « La vérité toute nue, quelque éclat qu'elle ait, ne les frappe pas ; « ils veulent des définitions, des divisions, des détails et des arguments. » — A propos de ce dernier membre de phrase, VoHaire fait observer avec raison que ^est précisément cela qui eft nu; iiussi Vauvenargues art-il supprimé le premier. — G.

* Add. : [• Accoutumés à voir la vérité au travers d*un nuage, ils la mé- • prisent, ou ils s'en défient, lorsqu'elle ^e montre sous un jour éclatant Leur « esprit ressemble à ces verres qui brisent les rayons de la lumière, et qui <■ multiplient les objets ; ils ne connaissent point cette sagacité qui les rap- « proche, qui en fait un seul tout, qui, sans languir jamais autour des que»- < tiens, en saisit tout à coup le nœud, marche et conclut rapidement, en « simplifiant toutes choses. Pour être estimé de ces gens-là, il ne faut être « ni trop éloquent, ni trop concis, ni trop clair. >]

' Var. : « Sans donner l'exclusion à tous les autres. »

^ Var. : « Un autre inconvénient non moins f&chewi, c'est que le peuple c suit les décisions de ceux qui ont primé dans quelque genre. Quand l'esprit « de finesse est à la mode, ce sont les esprits fins qui Jugent les autres ; quand « les géomètres dominent, ce sont eux qui donnent le ton. » — Cette réflexion est à l'adresse de Dalembert, et surtout de Fontenelle. — Voir le 12' Fragment^ où Vauvenai^es défend formellement contre ce dernier la poésie et l'éloquence. — G.

^ Les diverses éditions donnent, en variante à cette Maxime, un passage

4f4 RÉFLEXIONS

tendre à toutes les heures du jour ' ? Les bompies n'oot qu'une petite portion d'esprit, de goût, de talent, de vertu, de galté, de santé, de force, etc ; et ce peu qu'ils ont en partage, ils ne le possèdent point à leur volonté, ni dans le besoin, ni dans tous les âges.

283. C'est une maxime inventée par Tenvle, et trop légèrement adoptée par les philosophes, qu'il ne faut point louer les hommes avant leur mort. Je dis, au contr^re* que c'est pendant leur vie qu'ils doivent être loués, lorsquMIs ont mérité de l'être ' -, c'est pendant que la jalousie et la calomnie, animées contre leur vertu ou leurs talents, s'efforcent de les dégrader, qu'il faut oser leur rendre témoignage ^ Ce sont les critiques injustes qu'il faut craindre de hasarder, et non les louanges sincères.

28i. L'envie ne saurait se cacher : elle accuse et juge sans preuves; elle grossit les défauts; elle a des qualifications énormes pour les moindres fautes; son langage est rempli de fiel, d'exagération et d'injure. Elle s'acharne avec opiniâtreté et avec fureur contre le mérite éclatant; elle est aveugle, emportée, insensible, brutale.

285. Il faut exciter dans les hommes le sentiment de leur prudence et de leur force, si on veut élever leur génie ^ : ceux qui, par leurs discours ou leurs écrits, ne s'attachent

que Vauvenargues avait supprimé, comme faisant douUe emploi avec la 25« Réflexion (voir page 85). — G.

* Var. : [« Ce qu'on trouve obscur dans certains moments, on l'entend aisé- « ment un autre jour, ou à une antre heure; et ce qu*on a le mieux compris, • quelquefois, on cesse tout à coup de le comprendre. La pénétration, Tio- « vention, la vivacité, la prudence, ne sont pas de toutes les heures; ta mé- « n^oire même se fait quelquefois beaucoup attendre ; elle a ses inégalités, ses « caprices, et elle agît trop tôt, ou trop tard. »]

* Var. : « S'il sied bien à une âme juste d'avoir de l'indulgence pour les « honmies qui honorent l'humanité, c'est surtout pour ceux dont la gloire a « souffert de légères taches, et, s'il faut excuser leurs erreurs, c'est principalem ment pendant quMls vivent •

s C'est ce que Vauvenargues a fait pour Voluire, à toute occasion. — G.

* Dans cette Maxime, et dans les quatorze suivantes, Vauvenargues a évidemment en vue Pascal, et surtout La Rochefoucauld, qu'il nomme dans la 2W. — G.

qu'à relever les ridicules et les faiblesses de l'huaianité, sans distioctioD ni égards, éclairent bien moins la raison et les jugements du public, qu'ils ne dépravent ses inclir nations '.

286. Je n* admire point un sophiste qui réclame contre la gloire et contre 1* esprit des grands hommes; en ouvrant mes yeux sur le faible des plus beaux génies, il m'apprend à l'apprécier lui-même ce qu'il peut valoir; il est le premier que je raie du tableau des hommes illustres \

287. Nous avons grand tort de penser que quelque défaut que ce soit puisse exclure toute vertu, ou de regarder l'alliance du bien et du mal comme un monstre ou comme une énigme; c'est faute de pénétration que nous concilions si peu de choses.

288. Les faux philosophes s'efforcent d'attirer l'attention des hommes, en faisant remarquer dans notre esprit des contrariétés et des difficultés qu'ils forment eux-mêmes ; comme d'autres amusent les enfants par des tours de cartes qui confondent leur jugement, quoique naturels et sans magie. Ceux qui nouent ainsi les choses , pour avoir le mérite de les dénouer, sont les charlatans de la morale.

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