DE L* AMOUR FILIAL Et FRATERNEL
Comme les enfants n'ont nul droit sur la vdlonté de leurs pères, la leur étant au contraire toujours combattue, cela leur fait sentir qu'ils sont des êtres à part, et ne peut pas leur inspirer de l'amour-propre; parce que la propriété ne saurait être du côté de la dépendance : cela est visible. C'est par cette raison que la tendresse des enfants n'est pas
* Cette courte et énergique pdntaro est tout à fait dans le ton de ta Bruyère. — G.
* Voltaire et La Harpe remarquent que, pour suivre la distinction qu'il a établie plus haut (ch. 24), Vauvenargues devait dire, ici plus que partout ailleurs, de Vamour de nùue-mémes. Si, malgré l'avis de Voltaire, l'auteur a maintenu le mot, c'est qu'en effet il n'entend parler ici que de Vidée de prO" jfriété^ comme il l'appelle, et de la part d'égoisme qui entre, à cet égard, dans cette affection. Le chapitre suivant explique, par opposition, la pensée de Vauvenargues. — G.
aussi vive que celle des pères ; mais les lois ont pourvu à cet inconvénient. Elles sont un garant aux pères contre Tingratitude des enfaAits, comme la nature est aux enfants un otage assuré contre l'abus des lois. Il était juste d'assurer à la vieillesse les secours qu'elle avait prêtés à la faiblesse de l'enfance.
La reconnaissance prévient, dans les enfants bien nés, ce que le devoir leur impose. Il est dans la saine nature d'aimer ceux qui nous aiment et nous protègent, et l'habitude d'une juste dépendance en fait perdre le sentiment ; raai^ il suffit d'être homme pour être bon père; et si Ton n'est homme de bien, il est rare qu'on soit bon fils '.
Du reste, qu'on mette à la place de ce que je dis la sympathie ou le sang, et qu'on me fasse entendre pourquoi le sang ne parle pas autant dans les enfants que dans les pères ; pourquoi la sympathie périt quand la soumission diminue ; pourquoi des frères souvent se haïssent sur des fondements si légers, etc. Mais quel est donc le nœud de l'amitié des frères? Une fortune, un nom communs, même naissance et même éducation, quelquefois même caractère ; enfm l'habitude de se regarder comme appartenant les uns aux autres, et comme n'ayant qu'un seul être \