‹ OEuvresChapitre 56 sur 286 · SUR LE PYRRHONISME · texte numérisé non relu

SUR LE PYRRHONISME

Qui doute a une idée de la certitude, et par conséquent reconnaît quelque marque de la vérité. Mais parce que les premiers principes ne peuvent se démontrer, on s'en défie; on ne fait pas attention que la démonstration n*est qu'un raisonnement fondé sur Févidence. Or, les premiers prin^ cipes ont l'évidence par eux-mêmes, et sans raisonnement ; de sorte qu'ils portent la marque de la certitude la plus invincible. Les pyrrhoniens obstinés affectent de douter que l'évidence soit signe de vérité ; mais on leur demande : quel

< n faut remarquer que ces Réflexions étaient intitulées dans la première édition : Reflétons et Maximes^ et dans la accoodc : Fraffments» -* G.

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autre signe en désires -vous donc? quel autre croyez-vous qu'on puisse avoir? vous en formez-vous quelque idée?

On leur dit aussi : qui doute pense, et qui pense est, et tout ce qui est vrai de sa pensée Test aussi de la chose qu'elle représente, si cette chose a F être ou le reçoit jamais. Voilà donc déjà des principes irréfutables : or, s'il y a quelque principe de cette nature, rien n'empêche qu'il y en ait plusieurs. Tous ceux qui porteront le même caractère auront infailliblement la même vérité : il n'eu serait pas autrement quand notre vie ne serait qu'un songe; tous les fantômes que notre imagination pourrait nous figurer dans le sommeil, ou n'auraient pas l'être» ou l'auraient tel qu'il nous [le] parait. S'il existe hors de notre imagination une société d*hommes faibles, telle que nos idées nous la représentent, tout ce qui est vrai de cette société imaginaire le sera de la société réelle, et il y aura dans cette so« ciété des qualités nuisibles, d'autres estimables ou utiles, etc. ; et par conséquent des vices et des vertus. Oui, nous disent les pyrrhoniens : mais peut-être que cette société n'est pas. Je réponds : Pourquoi ne serait-elle pas, puisque nous sommes? Je suppose qu'il y eût là-dessus quelque incertitude bien fondée, toujours serions-nous obligés d'agir comme s'il n'y en avait pas. Que sera-ce si cette incertitude est sensiblement supposée? Nous ne nous donnons pas à nous-mêmes nos sensations; donc il y a quelque chose hors de nous qui nous les donne : si elles sont fidèles ou trompeuses; si les objets qu'elles nous peignent sont des illusions ou des vérités , des réalités ou des apparences, je n'entreprendrai pas de le démontrer. L'esprit de l'homme, qui ne connaît qu'imparfaitement, ne saurait prouver parfaitement; mais l'imperfection de ses connaissances n'est pas plus manifeste que leur réalité ; et s'il leur manque quelque chose pour la conviction du côté du raisonnement, l'instinct le supplée avec usure. Ce que la réflexion trop faible n'ose décider, le sentiment nous force de le croire. S'il est quelque pyrrhonien réel et par-

fait' parmi les hommes, c'est dans l'ordre des intelligences un monstre qu'il faut plaindre. Le pyrrbonisme parfait est le délire de la raison, et la production la plus ridicule de l'esprit humain '.

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