‹ OEuvresChapitre 59 sur 286 · DU DÉFAUT DE LA PLUPART DES CHOSES · texte numérisé non relu

DU DÉFAUT DE LA PLUPART DES CHOSES

Le défaut de la plupart des choses dans la poésie, la peinture, l'éloquence, le raisonnement, etc., c'est de n'être pas à leur place. De là le mauvais enthousiasme ou l'emphase* dans le discours, les dissonances dans la musique', la confusion dans les tableaux^ la fausse politesse dans le monde, ou la froide plaisanterie. Qu'on examine la morale même : la profusion n'est-elle pas aussi le plus souvent une générosité hors de sa place ; la vanité, une hauteur hors de sa place; l'avarice, une prévoyance hors de sa place; la témérité, une valeur hors de sa place, etc.? La plupart des choses ne sont fortes ou faibles, vicieuses ou vertueuses, dans la nature ou hors de la nature, que par cet endroit : on ne laisserait rien à la plupart des hommes, si Ton retranchait de leur vie tout ce qui n'est pas à sa place, et ce n'est pas en tous défaut de jugement, mais impuissance d'assortir les choses.

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