‹ OEuvresChapitre 61 sur 286 · DES ROMANS · texte numérisé non relu

DES ROMANS

Le faux en lui-même nous blesse et n'a pas de quoi nous toucher. Que croyez-vous qu'on cherche si avidement dans les fictions? l'image d'une vérité vivante et passionnée; nous voulons de la vrsdsemblance dans les fables même, et toute fiction qui ne peint pas la nature est insipide. II est vrai que l'esprit de la plupart des hommes a si peu d'assiette qu'il se laisse entraîner au merveilleux , surpris par l'apparence du grand. Mais le faux, que le grand leur cache dans le merveilleux, les dégoûte au moment qu'il se laisse sentir; on ne relit point un roman.

J'excepte les gens d'une imagination frivole et déréglée, qui trouvent dans ces sortes de lectures l'histoire de leurs pensées et de leurs chimères. Ceux-ci, s'ils s'attachent à écrire dans ce genre, travaillent avec une facilité que rien n'égale; car ils portent la matière de l'ouvrage dans leur fonds; mais de semblables puérilités n'ont pas leur place dans un esprit sain; il ne peut les écrire, ni les lire.

Lors donc que les premiers s'attachent aux fantômes qu'on leur reproche, c'est parce qu'ils y trouvent une

* Rapprochez de ce passage la 27« Réflexion [sur Vhnpuiuanee du mérUe). — G.

image des illusions de leur esprit, et par conséquent quelque chose qui tient à la vérité, à leur égard ; et les autres qui les rejettent, c'est parce qu'ils n'y reconnaissent pas le caractère de leurs sentiments; tant il est manifeste de tous les côtés que le faux connu nous dégoûte, et que nous ne cherchons tous ensemble que la vérité et la nature.

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