SUR LA NOBLESSE
La noblesse est un héritage, comme l'or et les diamants ^ Ceux qui regrettent que la considération des grands emplois et des services passe au sang des bonmies illustres,
« Voyei la 15* et la 33« Réflexion, ~ G.
* Cette page a dû être écrite rae du Paon, dans la petite chambre de Thôtel de Tours, alors que Voltaire était & Versailles, sans doute, et que Vauven argues, seul, malade, mourant, était au bout de toutes ses espérances. ~ G.
» [Bien et neuf. — V.]
accordeot davantage aux hommes riches, puisqu'ils ne contestent pas à leurs neveux la possession de leur fortune bien ou mal acquise. Mais le peuple en juge autrement; car au lieu que la fortune des gens riches se détruit par la dissipation de leurs enfants, la considération de la noblesse se conserve après que la mollesse en a souillé la source. Sage institution qui, pendant que le prix de l'intérêt se consume et s'appauvrit, rend la récompense de la vertu étemelle et ineffaçable ! Qu'on ne nous dise donc plus que la mémoire d'un mérite éteint doit céder à des vertus vivantes : qui mettra le prix au mérite? C'est sans doute à cause de cette dii&culté, que les grands qui ont de la hauteur, ne se fondent que sur leur naissance, quelque opinion qu'ils aient de leur génie. Tout cela est très-raisonnable, si l'on excepte de la loi commune de certains talents qui sont trop au-dessus des règles.
Ni le bonheur ni le mérite seul ne font l'élévation des hommes; la fortune suit l'occasion qu'ils ont d'employer leurs talents. Mais il n'y a peut-être point d'exemple d'un homme à qui Te mérite n'ait servi pour sa fortune ou contre l'adversité ; cependant la chose à laquelle un homme ambitieux pense le moins, c'est à mériter sa fortune : un enfant veut être évêque ', veut être roi, conquérant, et à peine il connaît l'étendue de ces noms. Voilà la plupart des hommes ; ils accusent continuellement la fortune de caprice, et ils sont si faibles qu'ils lui abandonnent la conduite de leurs prétentions, et qu'ils se reposent sur elle du succès de leur ambition.