‹ OEuvresChapitre 65 sur 286 · NE POINT SORTIR DE SON CARACTÈRE · texte numérisé non relu

NE POINT SORTIR DE SON CARACTÈRE

Lorsqu'on veut se mettre à la portée des autres hommes, il faut prendre garde d'abord à ne pas sortir de la sienne; car c'est un ridicule insupportable, et qu'ils ne bous pardonnent point; c'est aussi une vanité mal entendue dé croire que l'on peut jouer toute sorte de personnages, et d'être toujours travesti. Tout homme qui n'est pas dans son véritable caractère n'est pas dans sa force : il inspire la défiance, et blesse par l'affectation de cette supériorité. Si vous le pouvez, soyez simple, naturel, modeste, uniforme; ne parlez jamais aux hommes que de choses qui les intéressent, et qu'ils puissent aisément entendre. Poussezles quelquefois un peu hors des bornes de leur esprit, et ramenez-les dans leur sphère. Ne les primez point avec faste; ayez de l'indulgence pour tous leurs défauts, de la pénétration pour leurs talents, des égards pour leurs délicatesses et leurs préjugés', etc. Voilà peut-être comme

< Dans la première édition, Vauvenargnes citait en exemple le cardinal de Retz, Montaigne et Gcéron. Mais, sur Tobeenration de Voltaire, qae ces noms formaient un étrange alliage, Vauvenargues les ôta, et c'est à tort qu'ils ont été conservés dans les éditions suivantes. — G.

« Rapprochez des Caractères intitulés Théophile et Tumui, et de VEsprit de manège, — G.

un homme supérieur se monte naturellement et sans effort à la portée de chacun '. Ce n'est pas la marque d'une grande habileté d'employer beaucoup de finesse ; c'est l'imperfection de la nature, qui est l'origine de l'art;

jlS. — DU POUVOIR DE l'activité.

Qui considérera d'où sont partis la plupart des ministres, verra ce que peut le génie, l'ambition et l'activité. Il faut laisser parler le monde, et souffrir qu^il donne au hasard l'honneur de toutes les fortunes, pour autoriser sa mollesse. La nature a marqué à tous les hommes, dans leur caractère, la route naturelle de leur vie, et personne n'est ni tranquille, ni sage, ni bon, ni heureux, qu'autant qu'il connaît son instinct et le suit bien fidèlement. Que ceux qui sont nés pour l'action suivent donc hardiment le leur*: l'essentiel est de faire bien ; s'il arrive qu'après cela le mérite soit méconnu et le bonheur seul honoré, il faut pardonner à l'erreur. Les hommes ne sentent les choses qu'au degré de leur esprit, et ne peuvent aller plus loin : ceux qui sont nés médiocres n'ont point de mesure pour les qualités su*périeures; la réputation leur impose plus que le génie, la gloire plus que la vertu; au moins ont-ils besoin que le nom des choses les avertisse et réveille leur attention.

li. — SUR hk DISPUTE.

Où vous ne voyez pas le fond des choses, ne parlez jamais qu'en doutant et en proposant vos Idées. C'est le propre d'un raisonneur de prendre feu sur les affaires politiques, ou sur tel autre sujet dont on ne sait pas les

i Voilà sans doute aassi comment Vauvenargaes gagnait le cœur de tous ceux qui l'approchaient, et pourquoi ses compagnons d'armes lui donnaient, dit Marmontel, le nom respectable de père. On peut dire que la biographie morale de Vauvenaigues et Texplication de toute sa vie se trouvent déjà dans ces Réflexions et dans les Conseils à un jeune homme. — G.

* Cette idée est chère à Vauvenargues. Voyez dans les Conuils à un jeune homme, les chap. 1, 3 et 10, k» deux Discours sur la Gloire, les Maximes et le 15e Dialogue. — G.

principes; c'est son triomphe^ parce qu'il n'y peut être confondu.

Il y a des hommes a^ec qui j'ai fait vœu de n'avoir jamais de dispute t ceux qui ne parlent que pour parler ou pour décider, les sophistes, les ignorants» les dévots et les politiques. Cependant tout peut être utile, il ne faut que se

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