‹ OEuvresChapitre 74 sur 286 · l'homme vertueux dépeint par son génie · texte numérisé non relu

l'homme vertueux dépeint par son génie

Quand je trouve dans un ouvrage une grande imagination avec une grande sagesse, un jugement net et profond, des passions très-hautes mais vraies, nul effort pour paraître grand, une extrême sincérité, beaucoup d'éloquence, et point d'art que celui qui vient du génie; alors je respecte l'auteur, je l'estime autant que les sages ou que les héros qu'il a peints. J'aime à croire que celui qui a conçu de si grandes choses n'aurait pas été incapable de les faire ; la fortune qui l'a réduit à les écrire me parait injuste. Je m'informe curieusement de tout le détail de sa vie; s'il a fait des fautes, je les excuse, parce que je sais qu'il est difficile

« tre dans le monde, de n*y pas prendre malgré soi ime teinture des ridicules « dominants et applaudis : personne presque qui conserve son caractèi^ « pur. 9 * [Trop superficiel. — V. }

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à la nature de tenir Umjaurê le cceur des hommes au-dessus de leur condition '. Je le plains des pièges cruels qui se sont trouvés sur sa route, et même des faiblesses naturelles qu'il n'a pu surmonter par son courage. Mais lorsque, malgré la fortune et malgré ses propres défauts, j'apprends que son esprit a toujours été occupé de grandes pensées, et dominé par les passions les plus aimables, je remercie à genoux la nature de ce qu'elle a fait des vertus indépendantes du bonheuri et des lumières que l'adversité n'a pu éteindre*.

2&. — SUR l'histoibe des hommes illustres.

Les histoires des hommes illustres trompent la jeunesse. On y présente toujours le mérite comme respectaî)le, on y plaint les disgrâces qui l'accompagnent, et on y parle avec mépris de l'injustice du monde à l'égard de la vertu et des talents. Ainsi, quoiqu'on y fasse voir les hommes de génie presque toujours malheureux, on peint cependant leur génie et leur condition avec de si riches couleurs, qu'ils paraissent dignes d'envie dans leurs malheurs mêmes. Gela vient de ce que les historiens confondent leurs intérêts avec ceux des hommes illustres dont ils parient : marchant dans les mêmes sentiers, et aspirant à peu près à la même gloire, ils relèvent autant qu'ils peuvent l'éclat des talents ; on ne s'aperçoit pas qu'ils plaident leur propre cause, et comme on n'entend que leur voix, on se laisse aisément séduire à la justice de leur cause, et on se persuade aisément quç le parti le meilleur est aussi le plus appuyé des honnêtes gens. L'expérience détrompe là-dessus; pour peu qu'on ait vu le monde, on découvre bientôt son injustice naturelle envers le mérite, l'envie des hommes médiocres, qui^traverse jus-

> Vauvenaigues a dit même chose, en mêmes termes, dans la 8* RéfUaÀon. -G.

s A partir de cette Réflexion^ les confidences que Tautear nous fait sur luimême deviennent plus claires. C'est avec raison que M. Sainte-Beuve a reconnu Vaavenarguesdans ce portrait, comme déjà M. Villemaiu Tavait reconnu dans le Caractère (voir plus loin) intitulé Cla%omèM ou la vertu malheureuse, — G.

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qu'à la mort les hommes excellents, et enfin l'orgueil des hommes élevés par la fortune^ qui ne se relâche jamais en faveur de ceux qui n'ont que du mérite. Si on savait cela de meilleure heure, on travaillerait avec moins d'ardeur à la vertu ; et quoique la présomption de la jeunesse surmonte tout, je doute qu'il entrât autant de jeunes gens dans la carrière '•

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