IL NE FAUT PAS TOUJOURS S'eN PRENDRE A LA fortune
Ce qui fait que tant de gens de toutes les professions se plaignent amèrement de leur fortune, [c']est qu'ils ont quelquefois le mérite d'un autre métier que celui qu'ils font. Je ne sais combien d'officiers, qui ne sauraient mettre en bataille cinquante hommes, auraient excellé au barreau, ou dans les négociations, ou dans les finances. Ils sentent qu'ils ont un talent, et ils s'étonnent qu'on ne leur en tienne aucun compte ; car ils ne font pas attention que c'est un mérite
* Tci, comme presque toujours, Vauvenargues prend le mot vertu dans le sens latin, c'e8t-à-<lire dans le sens de courage ou de force d*âme, — G.
* Nous remettons dans les Héflexions ce morceau placé à tort dans les Maximes. -»- G.
inutile dans leur profession. U arrive aussi que ceux qui gouvernent négligent d'assez beaux génies, parce qu'ils ne seraient pas propres à remplir les petites places, et qu*on ne veut pas leur donner les grandes. Les talents médiocres font plutôt fortune, parce qu'on trouve partout à les employer.