sur la dureté des hommes
[C'est une grande simplicité d'entretenir les hommes de ses peines; ils n'écoutent point, ils n'entendent point, quand on leur parle d'autre chose que d'eux-mêmes. Qu'une grande province soit attaquée et ravagée par l'ennemi, que ses habitants soient ruinés par les désordres de la guerre, et menacés de plus grands malheurs ' ; c'est un événement dont le monde parle, comme on parle du nouvel opéra, de la mort d'un grand, d'un mariage, ou de telle intrigue rompue et découverte. Mais où sont ceux qu'on voie touchés, au fond, de ces misères où tant d'hommes sont intéressés? Le jeu, les rendez-vous, les bals, sont-ils interrompus pendant ces disgrâces publiques? Voit-on moins de monde aux spectacles ? le luxe et le faste règnent-ils avec moins d'empire pendant ces désordres ? et si les calamités d'une nation font si peu d'impression sur le cœur des hommes, comment seraient-ils touchés de nos maux particuliers?-- Tant mieux, dira quelque philosophe ; la vie humaine est exposée à tant de maux, que si les hommes ressent^ent les afflictions les uns des autres, ce ne serait sur la terre qu'un deuil étemel. Ainsi la nature a fait aux hommes un cœur dur, pour alléger les misères de leur condition. Mais s'il en est ainsi, il ne faut point compter sur la pitié des autres ; il faut mettre toute sa confiance en soi, et n'espérer que sur son propre courage'.]
1 VaavenargueA fait sans doute allusion à rinvasion de la Provence par les Impériaux et le duc de Savoie; car la môme pensée se retrouve dans une lettre qu*il écrit à Saint-Vincens à ce sujet (27 novembre 17/iC). Dans ce cas, ce morceau serait de la fin de 1746, ou du commencement de 1747. — G.
s Rapprochez de la fin du 6" Conseil à un Jeune homme. — G.