sur la fermeté dans la conduite
[Lorsque l'on se propose un grand objet dans sa conduite, on peut suivre d'humbles chemins, pourvu qu'ils soient les plus courts ; le but ennoblit les moyens. Un homme vain et d'un petit esprit se cabre à la rencontre des moindres dégoûts, ne peut supporter la hauteur des gens en place et la fatuité des sots; il est toute sa vie comme celui qui n'aurait jamais vu le monde; tout l'étonné, tout le révolte, et, quoiqu'il fasse à peu près les mêmes choses pour sa fortune que les auti-es hommes, il ne les fait jamais ni à leur place, ni avec succès. Celui qui s'élève au-dessus de ces petites délicatesses sait fléchir à-propos sous la loi de la fortune, de la situation et des temps; ni les injustices des grands, ni l'élévation des méchants, ni les mauvais offices de ses ennemis, ni la vanité des gens riches, ne peuvent l'avilir à ses propres yeux ; incapable de se laisser amuser par l'estime et la flatterie de quelques amis, il se jette parmi la foule, aborde ses adversaires et ses rivaux, ne craint pas d'approcher ceux qui pourraient le dominer par. quelque endroit, mais cherche, au contraire, à lutter, à se familiariser avec leurs- avantages, afin de trouver le point faible par lequel il pourra les entamer, ou du moins s'égaler à eux. Trop fier pour se croire flétri par les avantages que la fortune peut donner à ses concurrents, il sait soutenir le malheur; égal dans la prospérité et dans les disgrâces, il fait assez voir que le succès n'a jamais été que le second objet de ses efforts; le premier était d'obéir à son génie, et d'em- * ployer toute l'activité de son âme dans une carrière sans bornes '.]
1 G*e8t dans ce morceau, et dans pLusieurs autres du même ton, qu'on reconnaît ce coup de pinceau si fier dont parle Voltaire dans une de ses lettres à VauYenargues (mai 1746). — G.