‹ OEuvresChapitre 93 sur 286 · sur les armées d'a-présent · texte numérisé non relu

sur les armées d'a-présent

[Le courage, que nos ancêtres admiraient comme la première des vertus, n'est plus regardé, peu s'en faut, que comme une erreur populaire; et, quoique tous n'osent avouer dans leurs discours ce sentiment^ leur conduite le manifeste. Le service de la patrie passe pour une vieille mode, pour un préjugé; on ne voit plus dans les armées que dégoût, ennui, négligence, murmures insolents et téméraires; le luxe et la mollesse s'y produisent avec la même effronterie qu'au sein de la paix ; et ceux qui pourraient, par l'autorité de leurs emplois, arrêter le progrès du mal, l'entretiennent par leur exemple. Des jeunes gens, poussés par la faveur au-delà de leurs talents et de leur âge, font ouvertement mépris de ces places qu'ils ne méritent pas, en effet, d'occuper ; des grands, qui seraient tenus, par le seul respect de leur nom, à cultiver l'estime et l'affection de leurs troupes, se cachent, puisqu'il faut le

* Les lettres de Vauvenargues à Saint- Vincens nous apprennent qu'il aYait pris les eaux à Vais (Ardèchc) et à Plombières, en 1740 et en 1741. — G. s Quelle finesse de vue, et quelle profondeur d'analyse! -^ G.

dire, ou se cantonnent, et forment jusque dans tes camps de petites sociétés où ils s'entretiennent encore du bon ton^ et regrettent l'oisiveté et les délices de Paris. Ces messieurs s'ennuient du genre de vie que l'on mène à l'armée ; et comment pourraient-ils s'en contenter, n'ayant ni le talent de la guerre, ni l'estime de leurs troupes, ni le goût de la gloire ? Aussi, voyez-les sous leurs tentes : qui pensez-vous y rencontrer pour l'ordinaire? S'il y a dans l'armée un sujet médiocre, un fat dont la réputation soit équivoque, et qui soit aussi peu aimé qu'estimé de ses camarades , c'est là qu'il est souffert, et quelquefois recherché, pour prix de ses honteux offices; c'est là qu'il nargue le mérite plus timide, qui évite de lui disputer ce lâche honneur. Pendant ce temps, les of Aciers soot accablés des dépenses que le faste des supérieurs introduit et favorise; et bientôt le dérangement de leurs affaires, ou l'impossibilité de parvenir et de mettre en pratique leurs talents, les obligent à se retirer, parce que les gens de courage ne sauraient longtemps souffrir l'injustice ouverte, et que ceux qui travaillent pour la gloire ne peuvent se fixer à un état où l'on ne recueille aujourd'hui que de la honte'.]

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