LIVRE II, CHAR V
ble que le supplice, et qui souvent, par son aspreté, devance le supplice et l'exécute. Je ne sçaisd'où jetiens ce conte', mais il rapporte exaciement la conscience de nostre justice. Une femme de village accusoit devant un gênerai d'armée 2, grand justicier, un soldat pour avoir arraché à ses petits enfants ce peu de bouillie qui luy restoit à les substanter , ceste armée ayant tout ravagé. De preuve , il n'y en avoit point. Le gênerai, après avoir sommé la femme de regarder bien à ce qu'elle disoit , d'autant qu'elle seroit coulpable de son accusation , si elle mentoit , et elle persistant , il feit ouvrir le ventre au soldat pour s'esclaircir de la vérité du faiet : et la femme se trouva avoir raison. Condamnation instructive.