LIVRE II, CHAP. X
aussi remarqué cecy, qnc de taiK d'ames et d'effects qu'il juge, de tant de mouvements et conseils, il n'en rapporte jamais un seul à la vertu, religion et conscience, comme si ces parties là t stoient du tout esteinctes au monde ; et de tou-
s les actions, pour belles par apparence qu'el- I s soient d'elles mesmes, il en rejecte la cause i quelque occasion vicieuse ou à quelque proufit. Il est impossible d'imaginer que, parmy cest infmy nombre d'actions de quoy il juge, il n'y en ayt eu quelqu'une produicte par la voye de la raison : nulle corruption peult avoir saisi les hommes si universellement que quelqu'un n'eschappe de la contagion. Cela me faict craindre qu'il y aye un peu du vice de son goust ; et peult estre advenu qu'il ayt estimé d'aultruy selon soy*. »
En mon Philippe de Comines, il y a cecy :
Vous y trouverez le langage doulx et agréable, a une naïfve simplicité, la narration pure, et en laquelle la bonne foy de Taucteur reluit évidemment, exempte de vanité parlant de sov et d'affection et denvie parlant d aultruy ; ses discours et enhortements accompaignés plus de bon zèle et de vérité que d'aulcune exquise suffisance; et, tout par tout, de l'auctorité et gravité, représentant son homme de bon lieu, et eslevé aux grands affaires. »
Stir les Mémoires de monsieur du Bellay 2; • C'est tousjours plaisir de veoir les choses escriptes par ceulx qui ont essayé comme il les fault conduire ; mais il ne se peult nier qu'il ne se descouvre évidemment en ces deux seigneurs icy un grand deschet de la franchise et liberté d'escrire qui reluit es anciens de leur sorte, comme au sire de Jouinville, domestique de sainct Louys, Eginard, chancelier de Charlemaigne, et, de plus fresche me-
(i) Montaigne avait ajouté à la marge d'un de ses exem- I^ires : Tris commune et tris dangercuxe corrttpiioa du jugement humain. Mais il a jugé à propos de barrer celte addi^uo. Voyez Ja page 176, recto, de l'exemplaire qu'il a corrigé. N.
{ïj Ces mémoires, publiés par mcssire Martin du Bellay, conli<-nnenl dix li^xes, doDl les quatre premiers el les trois derniers soûl de Martin du Bellay, el les autres de son frère GnUkamie de Laiigey, elont été tirés de sa cinquième Ogdoade, depub Fan lo36 jusqu'en 1540. Ils s<;nt intitulés : iiemoirei de ÊKestire Kariin du Bellay, contenant le Discours de plusieurs choses advenues wi Royaume de France, depuis fan i:Hô jusqu'au trrpax de François I", arrivé en 1547. Voilà pourquoi Monta'igoe parle do deux seigneurs du Bellay, après avoir cflt fe» ilemoires de monsieur du Bellay. Ces mémoires sont réimprimes dans un des volumes du Panthéon.
MoTfTAlGIfK.
moire, en Philippe de Comines. C'est icy plustost un plaidoyer pour le roy François contre l'empereur Charles cinquiesme qu'une histoire. Je ne veulx pas croire qu'ils ayent rien changé quant au gros du faict; mais de contourner le jugement des événements, souvent contre raison, à nosire advanlage, et d'obmetire tout ce qu'il y a de chatouilleux en la vie de leur maistre , ils en font meslier : tesmoing les reculements de messieurs de Montmorency et de Biron, qui y sont oubliés; voire le seul nom de madame d'Estampes ne s'y treuve point. On peult couvrir les actions secrettes; mais de taire ce que tout le monde sçait, et les choses qui ont tiré des elîects publicques et de telle conséquence, c'est un default inexcusable. Somme, pour avoir l'entière cognoissance du roy François et des choses advenues de son temps, qu'on s'addresse ailleurs, si on m'en croit. Ce qu'on peult faire ici de prouOt, c'est par la déduction particulière des battailles et exploicts de guerre où ces gentilshommes se sont trouvés, quelques paroles et actions privées d'aulcuns princes de leur temps, et les practiques et négociations conduictes par le seigneur de Langeay, où il y a tout plein de choses dignes d'estre sceues, et des discours non vulgaires. »»