‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 186 sur 402 · LIVRE H, CH.\l>. XIL · texte numérisé non relu

LIVRE H, CH.\l>. XIL

feste de la queue et prenoit de leurs mains ce qu'ils lui donnoient à manger: si son larron s'arrestoit pour dormir, il s'arrestoil quand et quand au lieu mesme. La nouvelle de ce chien estant venue aux marguilliers de ceste église, ils se meirent à lesuyvre à la trace, s'enquerants des nouvelles du poil de ce chien, et enfin le rencontrèrent en la ville de Cromyon, et le larron aussi, qu'ils ramenèrent en la ville d'Athènes où il feut puni : et les juges, en recognoissance de ce bon office, ordonnèrent, du public^ue, certaine mesure de bled pour nourrir le chien, et aux presblres d'en avoir soing. Plutarque lesmoigne ceste histoire comme chose très avérée et advenue en son siècle*.

Quant à la gratitude (car il me semble que nous avons liesoing de mettre ce mot en crédit), ce seul exemple y suffira, qu'Apion^ recite comme en ayant esté luy mesme spectateur: "Un jour, dict il, qu'on donnoit à Rome, au peuple , le plaisir du combat de plusieurs bestes estranges, et principalement de lions de grandeur inusitée, il y en avoit un entre aultres qui, par son port fiirieax, par la force et grosseur de ses membres et un rugissement haultain et espovantable, atliroit à soy la veue de toute l'assistance. Entre les aultres esclaves qui feurent présentés au peuple en ce combat des bestes, feut un Androdus. de Dace, qui estoit à un seigneur romain de qualité consulaire. Ce lion, l'ayant apperceu de loing, s'arresta premièrement tout court, comme estant entré en admiration, et puis s'approcha tout doulcement, d'une façon molle et paisible, comme pour entrer en recognoissance avecques luv. Cela faict, et s'estant asseuré de ce qu'il cherchoit, il commencea à battre de la queue, à la mode des chiens qui flattent leur maistre, et à baiser et leicher les mains et les cuisses de ce pauvre misérable tout transi d'effroy et hors de soy. Androdus ayant reprins ses esprits par la bénignité de ce lion et r'asseuré sa veue pour le considérer et recognoistre ; c'estoit on singulier plaisir de venir les caresses et les festes

U) Pltt., de rindiiitrie dei atdmaux. Voyez aassi Èueh, de JÊnimal . Ml, 13. G.

(3) Dans Aclc-Celle, v, u. Sênèque, de Benef., n. 19, semble rdr>peler le mâne fait. Quelques éditeurs dAuIii-Gelle nomroml ie héros de celle histoire Androcliis, ou plutôt Androclés, d'après Elie», hm. des Anbn., \ll, 48. Nous surronf, comme Montaigne, les ancieniies éditions. J. V. L.

MoifTAICSE.

qu'ils s'entrefaisoient l'un à l'aultre. De quov le peuple ayant eslevé des cris de joie, l'empereur feit appeller cest esclave pour entendre de luy le moyen d'un si estrange événement. Il luy recita une histoire nouvelle et admirable : «Mon maistre, dict il, estant proconsul en Afrique, je feus contrainct, par la cruauté et rigueur qu'il me tenoit, me faisant journellement battre, medesrobber de luy et m'en fuyr ; et , pour me cacher seurement d'un personnage ayant si grande auctorilé en la province,je trouvai mon pluscourtde gaigner les solitudes et les contrées sablonneuses et inhabitables de ce païs là, résolu , si le moyen de me nourrir venoit à me faillir, de trouver quelque façon de me tuer moy mesme. Le soleil estant extrêmement aspre sur le midy et les chaleurs insupportables, je m'embatis* sur une caverne cachée et inaccessible et me jectai dedans. Bientost après y surveint ce lion, ayant une patte sanglante et blecée, tout plainctif et gémissant des douleurs qu'il y souffroit. A son arrivée, j'eus beaucoup de frayeur; mais luy, me voyant musse dans un coing de sa loge , s'approcha tout doulcement de moy, me présentant sa patte offensée et me la montrant comme pour demander secours : je luy ostay lors un grand escot^ qu'il y avoit. et m'estant un peu apprivoisé à luy, prenant sa playe, en feis sortir l'ordure qui s'y amassoit. l'essuyay et nettoyay le plus proprement que je peus. Luy, se sentant allégé de son mal et soulagé de ceste douleur, se print à reposer et à dormir, ayant tousjours sa patte entre mes mains. De là en hors , luy et moy vesquismes ensemble en ceste caverne , trois ans entiers , de mesmes viandes ; car des bestes qu'il tuoit à sa chasse , il m'en apportoit les meilleurs endroicts, que je faisois cuire au soleil, à faulte de feu, et m'en nourrissois. A la longue, m'estant ennuyé de ceste vie brutale et sauvage , comme ce lion estoit allé un jour à sa queste accoustumée, je partis de là ; et, à ma troisiesme journée, feus surprins par les soldats qui me menèrent d'Afrique en ceste ville à mon maistre, lequel soubdain nîe condamna à mort et à estre abandonné aux bestes. Or, à cequejeveois, ce lion feut aussi prins bientost après, qui m'a à ceste heure voulu recompenser du bienfaict et guarison qu'il avoit receu de moy. •» Yoyia

(0 HcncontTcà une caverne. (S) tclat de bois.

ESSAIS DE MONTAIGNE

l'histoire qu'Androdus recita à l'empjercur, laquelle il fcit aussi entendre de main à main au peuple : parquoy, à la recjucste de louts, il leut misenliberic,el absouls de ceste condamnation, et, par ordonnance du peuple , luy feut faict présent de ce lion, Kous voyions depuis , dict Apion, Androdus conduisant ce lion à tout une petite lesse, se promenant par les tavernes à Rome , recevoir l'argent qu'on luy donnoit , le lion se laisser couvrir des fleurs qu'on luy jectoict, et chascun dire en les rencontrant : «Voy là le lion.boste de l'homme ; voylà l'homme, médecin du lion. »

Nous pleurons souvent la perte des bestes que nous aimons ; aussi font elles la nostre :

Post, bellaior eqitus, posilU insiynibuê, Mlhon Il lacnjmans , giiili.sque humectai graudibus ora '.

Comme aulcunes de nos nations ont les femmes en commun, aulcunes à chascun la sienne, cela ne se veoid il pas aussi entre les bestes ; et des mariages mieux gardés que les nostres? Quant à la société et confédération qu'elles dressent entre elles pour se liguer ensemble et s'entresecourir, il se veoid des bœufs , des porceaux, et aultresanimaulx, qu'au cry de celuy que vous offensez toute la troupe accourt à son ayde et se rallie pour sa deitense : l'escare, quand il a avallé l'hameçon du pescheur, ses compaignons s'assemblent en foule autour de luy et rongent la ligne; et si d'adventure il y ena un qui ayt donné ^dedans la nasse, les aultres luy baillent la queue par dehors, et luy la serre tant qu'il peult à belles dents; ils le tirent ainsin au dehors, ell'entraisnent^. Les barbiers, quand l'un de leurs compaignons est engagé, mettent la ligne contre leur dos , dressant un' espine qu'ils ont dentelée comme une scie, à l'aide de laquelle ils la scient et coupent s. Quant aux particuliers offices que nous tirons l'un de l'autre pour le service de la vie, il s'en veoid plusieurs pareils exemples parmi elles : ils tiennent que la baleine ne marche jamais qu'elle n'ayt au devant d'elle un petit poisson semblable au goujon de mer, qui s'appelle pour cela la guide : la baleine le suit, se laissant mener et tourner aussi ffTcilement que le timon faict

(1) Eiisuile vonnit, dépouillé de toute parure, Ellion, son cheval de bataille, pleurant cl laissant tomber de ses yeux de grosses larmes. Vmc , Èneide, XI, 89. — Voyez puxe, VIII, 42.

{2) Plut., de l'Indiisirie des animaux, c. 26.'

<3) Ibid.

retourner le navire; et, en recompense atissi, au lieu quelouleaultre chose, soit bestc ou vais seau, qui entre dens l'horrible chaos de la bouche de ce monstre , est incontinent perdu et englouty, ce petit poisson s'y relire en toulo seureté et y dort ; et pendant son sommeil I-j baleine ne bouge : mais aussi tost qu'il sort , elle se met à le suy vre sans cesse ; et si, de fortune , elle l'escarte , elle va errant çà et là, et souvent se froissant contre les rochiers, comme un vaisseau qui n'a point de gouvernail: ce que Huiarque tesmoigne avoir veu en l'isled'Anticyre*. Il y a une pareille société entre le petii oyseau qu'on nomme le roytelet elle crocodile : le roytelet sert de sentinelle à ce grand animal; et sil'ichneumon.son ennemy, s'approche poui le combattre, ce petit oyseau, de peur qu'il ne le surprenne endormy, va, de son chant et à coups de bec, l'esveillant et l'ad ver tissant de son dangier : ii vit des demeurants de ce monstre, qui le receoit familièrement en sa bouche, et luy permet de becqueter dans ses machouerea et entre ses dents, et y recueillir les morceaux de chair qui y sont demeurés ; et, s'il veult firmer la bouche, il l'advertit premièrement d'en sortir, en la serrant peu à peu, sans restreindre et l'offenser 2. Ceste coquille qu'on nomme la nacre vit aussi ainsin avecques le pinnotere, qui est un petit animal de la sorte d'un cancre, luy servant d'huissier et de portier, assis à l'ouverture de ceste coquille, qu'il tient conlinuellement entrebaaillée et ouverte, jus(;uesà ce qu'il y veoye entrer quelque petit poisson propre à leur prinse : car lors il entre dans la nacre, et luy va pinceant la chair vifve, et la contrainct de fermer sa coquille : lors eulx deux ensemble mangent 1^ proye enfermée dans leur fort 3. En la manière de vivre des thuns, on y remarque une singulière science des trois parties de la mathématique : quant à l'astrologie, iljj l'enseignent à l'homme, car ils s'arrestent au lieu où le solstice d'hyver les surprend, et n'en bougent jusques à l'equinoxe ensuyvant; voylà pourquoy Aristote mesme leur (îoncede volontiers ceste» science : quant à la géométrie et arithmétique , ils font tousjours leur bande de

(1)Plut., de l'Industrie des animaux, c. 52.

(2) Ibid., c. 52.; Pline, VIII, 2S; Elies, Uisl. des auim.. ïlî, H;V1II, 2S; X, 47. J. Y. L.

(3) Plit. , de l'Industrie des animaux, c. 52; Cfc, de Kat deor., II, 48. C.

r.IXKL. li, CilAI'. \II.

ligure cul)i(|ui', carrce l'ii iouissf.'iis, et en dressent un corps do battaillon solide, clos el envU ané tout à remour.àsix faces toui os cgualcs ; lis najjent en ceste ordonnance carrée, anal large derrière que devant; de façon que qui en vcoid et compte un reng, il peult aiseemcnl noinbrer toute la troupe, d'autant que le 'inbrede la profondeur est egual à la largi'ur, Cl la largeur à la longueur • .

Quant à la magnanimité , il est malaysé de luy donner un visage plus apparent (ju'en ce faict du grand chien qui t'eut envoyé des Indes au roy Alexandre : on luy présenta preniieremenl uncerf pour le combattre, el puis un sanglier, et puis un ours; il n'en feit compte, et ne daigna se reniuer de sa place : mais , quand il veid un lion , il se dressa incontinent sur ses pieds, montrant manifestement qu'il declaroit celuylàseul digne d'entrer en combat avecques luy-. Touchant la repentance el recognoissance des faultes , on recite d'un éléphant , leqiiel, ayant tue son gouverneur par impétuosité de cbolere , en print un dueil si extrême qu'il ne voulut oncques puis manger, et se laissa mourir"'. Quant à la clemcnee, on recite d'un tigre, la plus inhumaine beste de toutes , que luy ayant esté baillé un chevreau , il souffrit deux jours la faim avant que de le vouloir ofleqser, et le troisiesme il brisa la cage où il estoit enfermé, pour aller chercher aulirepasture, ne se voulant prendre au chevreau, spn familier et son lioste^. Et quant aux droict-r-de la familiarité et convenance, qui se dresse par la conversation, il nous advient ordinairement d'apprivoiser des chats, des chiens et des lièvres enseinble.

Mais ce que l'expérience apprend à ceulx qui voyagent par mer, et notamment en la mer de Sicile , de la condition des halcyons , surpasse toute humaine cogitation : de quelle espèce d'a- "'■naulx a jamais nature tant honoré les coûtas, la naissance et renfantement ? car les poêles disent bien qu'une seule isle de Delos estant auparavant vagante feut affermie pour le vice de l'enfantement de Latone; mais Dieu d voulu que toute la mer feust arrestée, affer-

) Put., d^ l'tndivttrifi dn animmtr, c. 20,31; Auist., de r«fl/.,Vlil. ^■^■, tuRy, de Animal., IX, 4-2. C. {i) Puy.,,lHd, c. li. C.

(ô Armcx, Uisl. Indic., c. 14. C.

(4i PLCT.jde l'Industrie des aminaïUyC 19. C.

mieei applanie, sans vagues, sans vents et sans pluye, ce pendant que l'halcyon faict ses petits, qui est jusieim-nt environ le soLstice , le plus court jour de l'an; et par son privilège, nous avons sept jours et sept nuicts, au lin cœur de l'hyver, que nous pouvons naviguer sans dangier. Leurs femelles ne recognoissent aultre masle que le leur propre; l'assistent toute leur vie, sans jamais l'abandonner : s'il vient à estre débile et cassé, elles le chargent sur leurs épaules, le portent partout , el le servent jusquesà la mort. Mais aulcune suffisance n'a encore peu atteindre à la cognoissance de ceste merveilleuse fabrique de quoy l'halcyon compose le nid pour ses petits , ny en deviner la matière. Plutar((ue *, qui en a veu et manié plusieurs, pense que ce soit desarrestes de quelque poisson qu'elle conjoinct et lie ensemble , les entrelaeeant, les unes de long, les aullres de travers, et adjoustanl des courbes et des arrondissements, tellement qu'enfin elle en forme un vaisseau rond prest à voguer : puis, quand elle a parachevé de le construire , elle le porte au battement du Ilot marin , là où la mer, le battant tout doulcement , luy enseigne à radouber ce qui n'est pas bien lié, et à mieulx fortifier aux endroicts où elle veoid que sa structure sedesmeul et se lasche par les coups de mer : et, au contraire , ce qui est bien joinct , le battement de la mer le vous estreinct et vous le serre, de sorte qu'il ne se peult ny rompre , ny dissouldre, ou endommager à coups de pierre, ny de fer, si ce n'est à toute peine. Et ce qui plus est à admirer, c'est la proportion et figure de la concavité du dedans : car elle est composée et proportionnée de manière qu'elle ne peult recevoir ny admettre aultre chose que l'oyseau qui l'a bastie; car à toute aultre chose elle est impénétrable, close et fermée, tellement qu'il n'y peult rien entrer, non pas l'eau do la mer seulement. VoN là une description bien claire de ce bastiment , et empruntée de bon lieu : toutesfois il me semble qu'elle ne nous esclaircii pas encores suffisamment |a difllculté de ceste architecture. Or, de quelle vanité nous peult il partir, de loger aii dessoubs de nous, et d'intcrpreter desdaigneusemenl les effects que nous ne pouvons imiter ny comprendre?

Pour suy vre encores un peu plus loing ce^te

(I) Plct., de l'Industrie des animaux, c. :vi. Voyez aussi PUXH, X, ôS; £uE5, Hist. desatOm., IX, 17. J. V. L.

ESSAIS DÉ MOiNTAlGNE,

egualitc et correspondance de nous aux besles : le privilège, de quoy nostre ame se glorifie, de ramener à sa condiiion tout ce qu'elle conceoit, de despouiller de qualités mortelles et corporelles tout ce qui vient à elle, de renger les choses qu'elle estime dignes de son accointance, à desvestir et despouiller leurs conditions corruptibles et leur faire laisser à part, comme vestements superflus et viles, Tespesseur , la longueur, la profondeur, le poids, la couleur, Podour , l'aspreté, la polissrure, la dureté, la mollesse et touts accidents sensibles pour les accommoder à sa condiiion immortelle et spiriiuclle; de manière que Rome et Paris, que j'ay en Tame, Paris que j'imagine, je l'imagine et le comprends sans grandeur et sans lieu, sans pierre, sans piastre et sans bois : ce mesme privilège, dis je, semble estre bien évidemment aux bestes; car un cheval accoustumé aux trompettes, aux harquebusades et aux combats, que nous veoyons trémousser et frémir en dormant estendu sur sa lictiere, comme s'il estoit en la meslée, il est certain qu'il conceoit en son ame un son de tabourin sans bruict, une armée sans armes et sans corps : -

Qtiippe videbis equos fortes, quiim membrn jacebunt In sonnn.^, nidaVi- latnvn, spirareque sœpe, El quasi de palma siimmas conieudtre vires * .

ce lièvre, qu'un lévrier imagine en songe, après lequel nous le veoyons haleter en dormant , alonger la queue, secouer les jarrets et représenter parl'aictement Its mouvements de sa course, c'est un lièvre sans poil et sans os :

Yennvtvmque canes in molli .sœpe quiète Jaciaut aura intiien subiio, vocesque repente Miiluut, et crebras reducunt nnribus auras, Lt restiyia .si leiieavt inventa fcrarum : EjrpiTgefat tique sequunlur innuia sœpe Cervorum siwulacrn , fuqœ quasi dediia cernant; iionec discu.ssis redeuni enoiibus ad se* :

les chiens de garde, que nous veoyons souvent gronder en songeant et puis japper tout à faict,

(!) Vous verrez des coursiers, quoique profondément endormis, se baigner de sueur, souffler fréquenimenl, el tendre tous leurs muscles, comme s'ils disputaient le prix de la course. UiCR.,lV, 988.

(2) Souvent, au milieu du sommeil, les chiens de chasse agitent tout à coup les pieds, aboient, et aspirent l'air à plusieurs reprises, comme s'ils étaient sur la trace de la proie : souvent même, en se réveillant, ils continuent de poursuivre les vains sinnilacies d'un cerf qu'ils s'innginent voir fuir devant eux, jusqu'à ce que, revenus à eux. ils reconnaissent leur erreur. • UCR..IV. 993.

et s'esveiller en sursault, comme s'ils appercevoient quelque estrargier arriver; cesl estrangier que leur ame veoid, c'est un homme spirituel et imperceptible, sans dimension, sans couleur et sans estre :

Consueta domi cafulorum blanda prnpngo Deijere, sœpe lèvent ex oculis volucremque soporetn Discuiere, et corpus de terra torripire instant, Proinde quasi iguotas faciès atque ara tuanlur*.

Quant à la beauté du corps, avant passer oullre, il me fauldroit sçavoir si nous sommes d'accord de sa description. Il est vraysemblable que nous ne sçavons gueres que c'est que beauté en nature et en gênerai, puisque à l'humaine et nostre beauté nous donnons tant de formes diverses, de laquelle, s'il y avoii quelque prescription naturelle, nous la recognoistrions en commun , comme la chaleur du feu. Nous en fantasions les formes à nostre poste :

Turpis rotnano belgicus ore color * :

les Indes la peignent noire et basannée, aux lèvres grosses et enflées, au nez plat et large; et chargent de gros anneaux d'or le cartilage d'entre les nazeaux pour le faire pendre jusqu'à la bouche', comme aussi la banlevre^ de gros cercles enrichis de pierreries, si qu'elle leur tumbe sur le menton, et est leur grâce de montrer leurs dents jusqu'au dessoubs des racines. Au P^'ru', les plus grandes aureilles sont les plus belles el les estendent autant qu'ils peuvent par artifice: et un homme d'aujourd'huy dict avoir veu, en une nation orientale, ce soing de les agrandir en tel crédit et de les charger de poisatits joyaux, qu'à touts coups il passoit son bras vesiu au travers d'un trou d'aureille. Il est ailleurs des nations qui noircissent les dents avec(|ues grand soing et ont à mespris de les venir blanches : ailleurs, ils les teignent de couleur rouge. Non seulement "en Basque les femmes se treuvent plus belles la teste rase, mais assez ailleurs, et, qui plus est, en certaines contrées glaciales, comme dict Pline*. Les

(1) Souvent le gardien fidèle et caressant qu! vil sous nos toits dissipe tout à coup le sommeil léger qui couvrait ses paupières, se dresse avec précipitation sur ses pieds, croyant voir un visage étranger el des traits inconnus. LiCR., IV, 999.

(2) Le teint belgique dépare un visage romain. Puoperce, II 17, 26.

(5) Lèvre inférieure.

(4) Liv. VI, c. 13. G.

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