‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 211 sur 402 · LIVRE II, CHAP. XII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. XII

tion de nostre raison et son assopisseraent ; les deux voves naturelles pour entrer au cabinet des dieux et y preveoir le cours des destinées sont la fureur et le sommeil' : cecy est plaisant à considérer; par la dislocation que les passions apportent à nostre raison , nous devenons vertueux; par son extirpation, que la fureur ou l'image de la mort apporte, nous devenons prophètes et devins. Jamais plus volontiers je ne l'en creus. C'est un pur enthousiasme que la saincte vérité a inspiré en l'esprit philosophique, qui luy arrache, contre sa proposition, que Testât tranquille de nostre ame, Testât rassis, Testât plus sain que la philosophie lu\ puisse acquérir n'est pas son meilleur estât : nostre veillée est plus endormie que le dormir; nostre sagesse moins sage que la folie ; nos songes valent mieux que nos discours ; la pire place que nous puissions prendre, c'est en nous. Mais pense elle- pas que nous a> ons Tadvisement de remarquer que la voix qui faict l'esprit , quand il est desprins de Thomme, si clairvoyant, si grand, si parfaict et, pendant qu'il est en Thomme, si terrestre, ignorant et ténébreux, c'est une voix partant deTesprit qui est en Thomme terrestre, ignorant et ténébreux ; et, à ceste cause, voix inliable et incroyable? Je n'ay point grande expérience de ces agitations véhémentes, estant d'une complexion molle et poisante, desquelles la pluspart surprennent subitement nostre ame sans luy donner loisir de se recognoistre : mais ceste passion, qu'on dict estre produicte par Toysifvelé au cœur des jeunes hommes, quoyqu'elle s'achemine avecques loysir et d'un progrès mesuré, elle représente bien évidemment, à ceulx qui ont essaye de s'opposer à son effort, la force de ceste conversion et altération que nostre jugement souffre. J'a. aultrefoys enireprins de me tenir bandé pour la soustenir et rabattre; car il s'en fault tant que je sois de ceulx qui convient les vices, que je ne les suys pas seulement, s'ils ne m'eniraisnent : je la sentois naistre, croislre et s'augmenter en despit de ma résistance; et enfin, tout voyant et vivant, me saisir et posséder de façon que, comme d'une y vresse, Timage des choses me commenceoit à paroistre aultre que de coustume; je

(!) Cic, de Divinat., I, bl. c. "" (j) La ptùlosophie.

veoyoïs évidemment grossir et croistre les advantages du subjeci que j'allois désirant et les sentois grandir et enfler par le reni de mon imagination; les difficultés de mon entreprinse s'ayser et se planir; mon discours et ma conscience se tirer arrière : mais, ce feu estant évaporé tout à un instant, comme de la clarté d'un esclair, mon ame reprendre une aultre sorte de veue, aultre estât et aultre jugement ; les difficultés de la retraicte me sembler grandes et invincibles, et les mesmes choses de bien aultre gousl et visage que la chaleur du désir ne me les avoit présentées; lequel plus véritablement? Pyrrhon'en sçaitrien. Nous ne sommes jamais sans maladie : les fiebvres ont leur chauld et leur froid; des effects d'une passion ardente, nous retombons aux effects d'une passion frileuse : autant que je m'estois jecté en avant, je me relance d'autant en arrière:

Qualii ubi altemo procurrem gurgiie pontus, Hune mit ad terrât, scopulosque superjacU undîtn Spumeu$,ejciremamquesinu perfiindii arenam, Kunc rapidtu rétro, atque œstu revoluta résorbent Sojca, fugit, littusque vado labente relitiquif.

Ordela cognoissancede ceste mienne volubilité, j'ay, par accident, engendré en moy qudque constance d'opinion, et n'ay gueres altéré les miennes premières et naturelles : car, quelque apparence qu'il y ayt en la nouvellelé, je ne change pas ayséement, de peur que j'ay de perdre au change; et puisque je ne suis pas capable de choisir, je prends le chois d'aultruy, et me tiens en l'assiette où Dieu m'a mis: aullrement je ne me sçaurois garder de rouler sans cesse. Ainsi me suis je, par la grâce de Dieu, conservé entier, sans agitation et trouble de conscience, aux anciennes créances de nostre reUgion, au travers de tant de sectes et de divisions que nostre siècle a produictes. Les escripts des anciens, je dis les bons escripts, pleins et solides, me tentent et remuent quasi où ils veulent; celuy que j'ois me semble tousjours le plus roide ; je les treu\ e avoir raison chascun à son tour, quoiqu'ils se contrarient : ceste aysance que les bons esprits ont de rendre ce qu'ils veulent vraysemblable, et qu'il

(l) Ainsi la mer, dans son double monvemeut, tantôt s'élance Ters la terre, inonde les rochers d'écume, et va couvrir la grève la plus éloignée ; tantôt, retournant sur e3e-même, entraîne dans son reflux rapide les pierres qu'elle avail apportées, et, abaissant ses eaux, laisse la plage à deiuuven Vmc, eneM., M,G2t.

ESSAIS DE MONTAIGNE

n'est rien si estrange à quoy ils n'entrrprennent de donner assez de couleur pour tromper une simplicité pareille à la mienne, cela montre-évidemment la foiblesse de leur preuve. Le ciel et les estoiles ont branslé trois mille aos; tout le monde Tavoit ainsi creu, jusques à ce que Cleanthes le Samien*, ou, selon Theophraste, NicetasSyracusien, s' ad visa de maintenir que c'estoit la terre qui se mouvoit, par le cercle oblique du zodiaque tournant à l'entour de son aixieu ; et, de nostre temps, Copernicus a si bien fondé ceste doctrine quMl s'en sert très regléement à "toutes les conséquences astrologiennes : que prendrons nous de là, sinon qu'il ne nous doiRt chaloir lequel ce soit des deux? et qui sçait qu'une tierce opinion, d'icy a mille ans, ne renverse les deux précédentes?

Sic volvenda œias commutât tempora rerum : Quod fuit in pretio, fil nullo deuique honore; Porro aliiid succedil, et e coniemplibus exil, Imjue diesma^is appeiiinr, florclque reperlum Laudibus, et miro est mortales inler honore ".

Ainsi, quand il se présente à nous quelque doctrine nouvelle, nous avons grande occasion de nous en desfier, et de considérer qu'avant qu'elle feust produicte sa contraire estoit en vogue ; et, comme elle a esté renversée par ceste cy, il pourra naistre à Fad venir une tierce invention qui chocquera de mesme la seconde. Avant que les principes qu'Aristole a introduicts^ feussent en crédit, d'aultres principe^ contenloient la raison humaine, comme ceulx cy nous contentent à ceste heure. Quelles lettres ont ceulx cy, quel privilège particulier, que le cours de nostre invention s'arresle à eulx et qu'à eulx appartienne pour tout le temps advenir la possession de nostre créance? ils ne sont non plus exempts du boutehors* qu'estoient

(1) Put., delà Faredela lime, c. 4. Mais coiruno R n'y a point de Cieaiilh(ï Samicn, et que celle opinion aslronoinic|Ue fut celle d'Arisiarque de Samos, Cosle propose avec raison dadopler dans Plutarque la correclion faite par Ménage, ad Oof/. Laerl., VIII, 85. Il aurait dû remarquer aussi que les meilleurs inlerprètes de Cicéron, Acad., Il, 59, lisent Hicetas au lieu de mcelas. J. V. L.

(2) .\insi le temps change le prix des choses ; ce qui fut estimé tombe dans le mépris ; tandis que Tobjet d'un long dédain s'élève, el est estimé à son tour: on le désire de plus en plus, on levante, onl'admirevetil se place au premier rang dans l'opinion des hommes. Lcc, V, 1273.

:3i K De maliree, forme et privation.» Éd.. de 1688^ (ot. 240 verso.

;4) D'iHredeboult's, jetés dehors, chassés.

leurs devanciers. Quand on me presse d'un nouvel argument, c'est à moy à estimer que ce à quoy je ne puis satisfaire, un auUre y satisfera : car de croire toutes les apparences desquelles nous ne pouvons nous desfaire, c'est une grande simplesse; il en adviendroit par là que tout le vulgaire, et nous sommes touts du vulgaire, auroit sa créance contournable comme ' une girouette ; car son ame, estant molle et sans résistance , seroit forcée de recevoir sans cesse aultreset aultres impressions, la dernière effaceant tousjours la trace de la précédente. Celui qui se treuve foible, il doibt respondre, suyvant la practique, qu'il en parlera à son conseil, ou s'en rapporter aux plus sages desquels il a receu son apprentissage. Combien y a il que la médecine est au monde? On dict qu'un nouveau venu, qu'on nomme Paracelse*, change et renverse tout l'ordre des règles an ciennes, et maintient que jusques à ceste heure elle n'a servy qu'à faire mourir les hommes. Je crois qu'il vérifiera ayséement cela : mais de mettre ma vie à la preuve de sa nouvelle experience, je treuve que ce ne seroit pas grand' sagesse. U ne fault pas croire à chascun, dit le précepte, parce que chascun peult dire toutes choses. Un homme de ceste profession de nouvelletés et de reformations physiques me disoit, il n'y a pas longtemps, que touts les anciens s'estoient notoirement meseomptés en la nature et mouvements des vents, ce qu'il me feroit très évidemment touchera la main, si je voulois l'entendre. Après que j'eus eu un peii de patience à ouïr ses arguments qui avoient tout plein de verisimilitude, « Comment doncques, lui feis je, ceulx qui navigeoient soubs les lois de Theophraste, alloient ils en occident, quand ils tiroient en levant? alloient ilsàcosté, ou à reculons? » « C'est la fortune, me respondit il : tant y a qu'ils se nipscomptoient. »» Je luy repliquay lors que j'aimois mieulx suyvre les effects que la raison. Or, ce sont choses qui sechocquent souvent : et m'a l'on dict qu'en

(l) Fameux alchimisle, né dans le canlon de Schwiu en i493. Appelé en 1526 à une chaire de runivcr>ilé tle Bdle, il commença par brûler publi<jliement les outrages d'Avitenlie et de Galien, disant que les cordons de sa chaussure en savaient autant qu'eux. Il fut consulté par Erasme et méprisé de presque toul le monde; il annonçait- la pierre philosophaic eiil mourut a rhdj)ital de Sallzbourg, en 1541. Le recueil volumineux de ses œuvres est un grimoire qu'on ne lit plus J. v. L.

MVRE lî, CHAI». Ml

lagpomptrie (qui pense avoir gaigné le haiilt poiiict de certiiudc parmy les sciences), lise trcuve des demonstraiions inévitables, subvertissant la vérité de l'expérience ; comme Jacques Peletier» me disoit chez moy qu'il avoit trouvédeux lignes s'acheminant Tune vers l'aultre pour se joindre, qu'il verifloit toutesfois ne pouvoir jamais, jusqups à l'infinité, arriver à se toucher-. Et les pyrrhoniens ne se servent de leurs arguments et de leur raison que pour ruyner l'apparence de l'expérience ; et est merveille jusques oii la souplesse de liostre raison les a suyvis à ce desseing de combattre l'évidence des effects ; car ils vérifient que nous ne nous mouvons pas, que nous ne parlons pas, qu'il n'y a point de poisant ou de chauld,avecques une pareille force d'argumentations que nous vérifions les choses plus vraysemblables. Piolemeus. qui a esté un grand personnage, avoit estably les bornes de nostre monde ; touts les philosophes anciens ont pensé en tenir la mesure, sauf quelques isles escartées qui pouvoient eschapper à leur cognoissance ; c'eust esté pyrrhoniser, il y a raille ans, que de mettre en double la science de la cosmographie, et les opinions qui en estoient receues d'un chascun; c'estoit hérésie d'ad vouer des antipodes ; Voyià de nostre siècle une grandeur infinie de terre ferme, non pasuneisie ou unecontrée particulière, mais une partie eguale à peu près en grandeur à celle que nouscognoissions, qui vient d'estre descouverte. Les géographes de ce temps ne faillent pasd'asseurerque meshuy tout est trouvé, et que tout est veu;

yain quod adesi prœsto, plwel, el poUere vUletiir 5.

Sçavoir mon* si Ptolemée s'y est trompé aultresfois, sur les fondements de sa raison, si ce ne seroit pas sottise de me fier maintenant à ce que ceulx cy en disent; et s'ils n'est plus vray-

(1) Jacques Pelelier, mathématicien, poète et grammairien, naquit au Mans en 1517, et mourut à Paris en 1382. II mérita (te son temps quelque célébrité, et fut lié aussi avec Théodore de Bèze, Ronsard, Saint-Gelals, Pernel, etc. J. V. L.

m C'est l'hyperbole et les lignes droites, qui, ne pourant arriver à se joindre à elle, ont été, pour cela même, nommées asymptotes. Voy. IcsConiques et Apûlionia% \iy. II, propos. 1, et la propos. H, où cet ancien malliêmaticien a démontré que les asymptotes et Tliyperbole ne peuvent jamais venir à se toucher, quoiquelles s'a|)pro<-hent Tune «te rautreà linlinl.

(3) Car ou se pl.iit dans ce qu'on a, et on te a-oit préferable à tout le reste. Lccr., v, un.

(4) C'est-à-dire, il rette prt'semanenl à savoir.

seniblable que ce grand corps, que nous appe* Ions le monde, est chose bien a,ullre que nous ne jugeons.

Platon' dict qu'il change de visage à touts sens ; que le ciel, les estoiles et le soleil renversent par fois le mouvement que nous y veoyons, changeant l'orient en occident. Les presbtres segyptiens dirent à Hérodote-, que depuis leur premier roy, de quoy il y avoit onze mille tant d'ans (et de touts leurs roys ils luy felrent veoir les effigies en statues tirées après le vif), le soleil avoit changé quatre fois de route; que la mer et la terre se changent alternat ifvement Tune en l'aultre; que la naissance du monde est indéterminée: Aristote, Cicero, de mesme ; et quelqu'un d'entre nous, qu'il est de toute éternité, mortel, et renaissant à plusieurs vicissitudes, appellant à tesmoing Salomon et Esaïe ; pour éviter ces oppositions, que Dieu a esté quelquesfois créateur sans créature; qu'il a esté oysif ; qu'il s'est desdict desonoysifveté, mettant la main à cest ouvrage ; et qu'il est par conséquent subject aux changements. En la plus fameuse des escholes grecques', le monde est tenu pour un dieu, faict par un aultre dieu plus grand, et est composé d'un corps, et d'un' ame qui loge en son centre, s'espandant, par nombres de musique, à .sa circonférence ; divin, très heureux, irèsgrand, très sage, éternel; en luy sont d'aulires dieux, la terre, la mer, les astres, qui s'entretiennent d'une harmonieuse et perpétuelle agitation et danse divine , tantost se rencontrants, tantost s'esloingnants ; se cachants, montrants ; cliangeants de reng, ores d'avant, et ores derrière. Heraclitus* establissoit le monde estre composé par feu ; et, par l'ordre des des tinées, se debvoir entlammer et resouldre en feu quelque jour,et quelque jour encores renaistre. Et des hommes dict Apuleius : Sigillatim mortales^ cunctùnperpetui^. Alexandre <»escri-

(1) Dans le dialogue intitulé, le PoliUque, p. 269. C.

(2) Uer-, n, 142, 145, etc. J. v. U

(3) Celle de Platon. Voyez le Tanée. i. V. L.

(4) Djpc. Laerce, IX, 8. C.

(S] Comme individus ils sont mortels, conune espèce immortels. Apcl. , de Deo Socralis.

{6) Sur cette lettre d'Alexandre, aujourd'hui perdee, on peut consult>r saint Augustin, de Civ. Dei, \1II, r,, \n, (0 ; cfe Consensu evamjelht., I, 25; saint Cyprien, de Yanil. idoL , c. 21 ; Minucius Félix, Oclav., c. 21 ; J. A. Fabricius, BiblioUu Grcec. , II, 10, 17. Le prêtre égy piien dont il était parlé dans

ESSAIS DE MONTAIGNE

i?il à sa mère lanarration d'un presbtre égyptien , tirée de leurs monuments, tesmoignanl l'anliquiié de cesie nation, inlinie, et comprenant k naissance et progrès des aulires pays au vray. Cicero et Diodorus^ disent, de leur temps, que les Chaldéens tenoient registre de quatre cents mille tant d'ans ; Aristote, Pline^, et aulires, que Zoroastre vivoit six mille ans avant l'aage de Platon. Platon dict^ que ceulx de la ville de Sais ont des mémoires par escript de liuict mille ans, et que la ville d'Athènes leut bastie mille ans avant ladicte ville de Sais; Epicurus, qu'ep mesme temps que les choses sont icy, comme nous les veoyons, elles sont toutes pareilles et en mesme façon en plusieurs aultrcs mondes ; ce qu'il eust dict plus asseuréement s'il eust veu les similitudes et convenances de ce nouveau monde des Indes occidentales avecques le nostre présent et passé, en de si estranges exemples.

En vérité, considérant ce qui est venu à nostre science du cours de ceste police terrestre, je me suis souvent esmerveillé de veoir, en une très grande distance de lieux et de temps, les rencontres d'un si grand nombre d'opinions populaires, monstrueuses, et des mœurs et créances sauvages, et qui par aulcun biais ne semblent tenir à nostre naturel discours C'est un grand ouvrier de miracles que l'esprit humain ! Mais ceste relation ajene sçais quo\ encoresde plus hétéroclite : elle se treuve aussi en noms, en accidents et en mille aulires choses : car on y trouva des nations n'ayants, que nous sçachions, jamais ouï nouvelles de nous; où la circoncision^ estoit en crédit*; où il y avoit des estats et grandes polices maintenues par des femmes, sans hommes; où nos jeusnes et nostre caresme estoit représenté, y adjoustant l'absti-

ceite leUrese nommiiU Léon. Le savant Jablonsky, Prolegom. au. Panlh. /Egypt., IS, 16, rroil que la lettre même était un ouvrage apocryphe des premiers chrétiens. J. V. L.

(») Cic. de Mv nat., 1, 10; Diod., Il, 31. C.

(2j Nai. HLst., XXX, 1. C.

(5) Dans son Ttmce, p. 524. C.

(4i .Moiitaisno entasse ici lous ces rapports, tels qu'il les a trouvés dans certaines- relations , sans se mettre en peine d'examiner s'ils sont réels, ou uniquement fondés sur'l'ignorance et la prévention des Espagnols. On peut voir encore ces prétendus rapports, détaillés à peu près de la même manière que Monlni^Mie nous les donne ici, dans VHisloire de la Coniliiéle du Me.iique, écrite par Antonio Soli-^; dans l'Histoire des Guerres civiles des Espaouols en Arm'rique, exlraile du Qom~ nitTitcarfi royal de l'inca Garcilasso de 1^ Vcga. Ç.

nence des femmes : oCi nos croix estoient en diverses laçons en crédit ; icy on en honoroit les sépultures; on lesappliquoii là, et nommeemeiil celle de sainct André, à se deffendre des visions nocturnes, et à les mettre sur les couches des enfants contre les enchantements; ailleurs, ils en rencontrèrent une de bois, de grande haulteur, adorée pour dieu de la pluye, et celle là bien fort avant dans la terre ferme : on y trouva une bien expresse image de nos pénitenciers ; l'usage des mitres, le cœlibat des presbtres, l'art de deviner par les entrailles des animaulx sacrifiés, l'abstinence de sortes toutes de chair et poisson à leur vivre ; la façon aux presbtres d'user, en officiant, de langue particulière et non vulgaire ; et ceste fantasie, que le premier dieu feust chassé par un second, son frère puisné : qu'ils feurent créés avecques toutes commodités, lesquelles on leur a depuis retrenchées pour leur péché , changé leur territoire et empiré leur condition naturelle ; qu'aultresfois ils ont esté submergés par l'inondation des eaux célestes; qu'il ne s'en sauva que peu de familles, qui se jecterent dans les haults creux des moniaignes, lesquels creux ils bouchèrent, si que l'eau n'y entra point, ayant enfermé là dedans plusieurs sortes d'animaulx; que, quand ils sentirent la pluye cesser, ils meirent hors des chiens, lesquels estants revenus nets et mouillés, ils jugèrent l'eau n'estre encore gueres abbaissée; depuis, en ayant faict sortir d'aultres, et les voyant revenir bourbeux, ils sortirent repeupler le monde, qu'ils trouvèrent plein seulement de serpents : on rencontra, en quelque endroict, la persuasion du jour du jugement, si qu'ils s'offensoient merveilleusement contre les Espaignols, qui espandoient les os des trespassés en fouillant les richesses des sepuhures, disants que ces os écartés ne se pourroient facilement rejoindre ; la traficque par eschange, et non aultre; foires et marchés pour cest effect ; des nains et personnes difformes pour l'ornement des tables des princes; l'usage de la faulconnerie selon la nature de leurs oyseaux ; subsides tyranniques ; délicatesses de jardinages; danses, saults basteleresques, musique d'insiruments, armoiries ; jeux de paulme, jeu de dés et de sort auauel ils s'eschauffent souvent jusqu'à s'y jouer eulx mesmes et leur liberté; médecine non aultre que de charmes: la forme d'escrire par figures; créance

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