LIVRE II, CHAP. XIV
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confenant, 1p contre aussi grand qup sa circonfcri'Dce , et qui irouvcni deux liâmes s'apprut'IiHMts sans cesse l'une de Taulire et ne se |)()u\aiit8 Jamais joindre , et la pierre phi- Ios<jpliale, et quadrature du cercle, où la rançon et Teffect sont si opposites, en tireroit à Tadventure quelque argument poir secourir ce mol hardy de Pline : solum rerlum nihil esse certi,el humlne nihil miserius, aut superbiusK
ciiAPrrnE xv,
Quenostre désir s'accroisl par la malaysance.
Il n'y a raison qui n'en aye une contraire, dict le |:lus sage parly des philosophes. Je rcmaschois- tanlost ce beau mot qu'un ancien allègue pour le mespris de la vie : « Nul bien ne nous peult apporter plaisir, ci en n'est celuy à la perle duquel nous sommes |)reparesS; « /n œquo eal dulor amissœ rei, el limnr amitlendœ; voulant gaignerparlàque la fruîiion delavie ne nous peult estre vrayement |)laisante, si nous sommes en crainte de la j)erdre. Il se pourroii loutesfois dire, au revers, que nous serrons et embrassons ce bien, d'auiant plus estroict et avicques plus d'affedion que nous le veovons nousesire moins seur, et craignons qu'il nous soit oste ; car il se sent evidenunent, comme le feu se picque à i'assisiancedu froid, que nostre volonté s'aiguise aussi parle contraste :
Si nuHqitam Dattaen habitiisci abenen lurrtt , Kon esset Damie de iove facia parena ■« ;
et qu'il n'est rien naturellement si contraire à nosire guust que la satieie qui vient de l'aysance, ny rien qui l'aiguise tant que la rareié eidifliculie : Omnium rerum roluplasipso, quo debel fugure , ptnculo acAcU'^.
(I) Il 11") a rioii do ri-ri.iiii qui- riiirpriiludo . rt rien de plus miserai)!*- «l plus Gcr (juc riioiiniic. I'lis.. .YaJ. Ilhl., Il, 7. — Col ainsi (|iio Moniai^iM- Irntluil ce pa&$ai;u ilaiis sa pi-eimén- fiiiiioii, Bmirdeaiix , i:*it. C»
i neiiiuscher , au Ugurc, t"«>l repasser plusieurs Fois dans son eypiil. K. J.
î5 St.N. , Kput. 4. l^ plira^^ suivanle est aussi dcSt^feoCE, Etilsi. 'M u- cliagiin >i'.i\(iir imtJu une cbosc, et la crahile d.- la |M rdn-, afr«'< imi «^|, uienl respril.
4' Si Dnnaé n'cùip;io eie renrcrmée dans une lour irairain, jnm.iis <|jf u.ui dduné un Ois à Jiipiur. Ovide, Amor. , U, 19, 27.
«1 U' plaisir, (Il 'oMleselioses, ntroil un nouvel allrail du péril inc'jie qui dcvrail nous eu eloi^Micr. Se."», de Beneftc., Ml , 9.
Calta , ntga; eailalur am»r, tdii gaudia lorquemt*t
Pour tenir l'amour en haleine, Lycurgue ordonna que les mariés de Lacedemone ne se pourroient praetiquer qu'à la desrolwe, et que ce seroii pareille honte de les rencontrer couchés ensemble qu'avecques d'aultres». La difficulté des assignations, ledangier des surprinscs, la honte du lendemain,
Eiliimjuor, el tUentiwm, .... et Iniere peiliits hno xpiriiui* ,
c'est ce qui donne poincte à la saulce. Cornbiendejeux liés lascifvement plaisants naissent de l'honncste et vergongneuse manière de parler des ouvrages de l'amour? La volupté mesme cherche à s'irriter par la douleur ; elle est bien plus sucrée quand elle cuict et quand elle escorche. La courtisane Flora disoit n'avoir jamais couché avecques Pompeius qu'elle ne lu y eust faict. porter les marques de ses morsures *.
Qitod peiiere , premnnt arrte , faehintque dolorem Corponx , et dente» inlidiml sespt InbclUt... Et siimuli anbuuiii , qui iiitiigmit lœdere idipaiim, Quiid<.uir.que est , rabies uude illœ gtrmina suryiiuti.
Il en va ainsi partout ; la di.Ticulté donne prix aux choses: ceuK de la Marqued'AnconeBfnnt plusvoloniiers leurs vreux à saint Jacques t, et ceulx de Gaice à Nosire-Dame de Loreite: on faict au Liège » grande feste des Iwins de Luques; ei; en la Toscane, de ceulx d'Aspa;il ne se vcoid gueres de Romains en l'eschole de l'escrime à Rome, qui est pleine de François. Ce grand Caion se trouva, aussi bien que nous, desgouste de sa femme», tant qu'elle feut
(Il Galla . refuse-moi : l'amnnr ne rassasie bientôt , $i le plaisir n'est nié;é de !imrin< ni. Mart.. IV, 57.
(«' Put., Vie ae l.yc.:rgue,r. il. J. v. L
(3, lii la langueur, cl le ^ilencc , Cl les soupirs lires du fond du rœiir. ilim. , Epnd, , XI , 9.
f4j l'LiT., V^ de Pimiif'e , c. I. C.
(5) Ih M-rniil a\«f fur ur rol>J<l de leurs désirs; ib letiless«'ni, ei,J'nnc dent eru<'iU-,inipnnienl >ur «'s lèvres des l>aisorsdnnliinreux; ... ils sont animes par de s«'iels aiguiiluns contre lohjei qui alluoie ta fureur ik; leurs irausporls. txoL, IV, ln76.
6i i.a Marche dàncàne , en Italie, où est Notre-Dame de Loreltr. C.
f7J Saint-Jacques de Comjxvildle, en Galice. C. \i*> À t.i-'ge , DU aux eaix il<- Spn, près de Ij.-gc, np])Oiéet id |»ar MonCiin'ue les iains iCa pa- C.
(9; Marria, fille de M.rrius Pliilippxs. Mniilaii^ir aJiHil'' W quel iui' clios»- au |-c<it de Plular(|iic ,Cu(oii «n'/iV/iuf , r. 7i : U suppose que Calon .a déaira quand ttU feut a u.i a^Ure , sao*
ESSAIS DE MONTAIGNE
sienne, et la désira quand elle feul à un aultre. J'ay chassé au haras un vieux cheval, duquel, à la senteur des jumenis, on ne pouvoit venir à bout; la facilité l'a incontinent saoulé envers les siennes; mais envers les estrangieres et la première qui passe le long de son pastis, il revient à ses importuns hennissements et à ses chaleurs furieuses, comme devant. Nostre appétit mesprise et oultrepasse ce qui luy est en main, pour courir après ce qu'il n'a pas :
Transvolat in medio posila , et fiigentia caplat '.
ISous deffendre quelque chose, c'est nous en donner envie :
.\is« tu servare piiellam Incipis, incipiei desinere esse mea - :
nous l'abandonner tout à faict, c'est nous en engendrer mespris. La faulte et l'abondance retumbent en mesme inconvénient :
Tibi quod super est , mihi qtiod défit , dolet^.
Le désir et la jouissance nous mettent pareille ment en peine. La rigueur dos maistresses est ennuyeuse; mais l'aysance et la facilité l'est, à vray dire, encore plus : d'autant que le mescontentement et la cholere naissent de l'estimation en quoy nous avons la chose désirée, aiguisent l'amour, et le rechauffent ; mais la satiété engendre le desgoust; c'est une passion mousse, hébétée, lasse et endormie.
Si qua volet rcgnare dhi, contemnal amantem''. Contetnnite , amantes :
Sic hodie veniet , si qua negavit heri^.
Pnurquoy inventa Poppea de masquer les beautés de son visage, que pour les renchérir à ses amants^? Pourquoy a Ton voilé jusques au dessoiibs des talons ces beautés que chascunedesire montrer, quechascun désire veoir? Pourquoy
doute parce qu'il ^e liâta de la reprendre après la mon d'IIorleii'ius, à qui il l'avail préice libid., c. l;i).Cosar lui en avait fait aussi de vifs reproches dans son Avti-Calon. i. V. L.
(i; Il dédaigne ce qui csl à sa difpo^ition, et poursuit ce qui fuit, lloii, Snl., I, a.ics.
(2) Si tu ne fais garder ta maîtresse, elle cessera bientôt d'être à mol. Ovide, Amor., II, 19, 47.
(3; Tu te plains de Ion superllu , et mol de mon indigence. Ter., Pliorin., aci. 1, se. III, v. 9.
'.4j Voulez-vous régner longtemps sur votre amant, dédaignez ses prières. Ovide, Amor., II, 19, 35.
15) Amants, faites les dédaigneux : celle qui vous refusa hier viendra ellc-ménie «'offru- à vous. Piiop. , II, 14, 19.
6) Itartis in publicum egresaus; idque vdala parte oris, ne cliaeet adspectum, tel quia sic decebat. Tac. , Annal., XII, 4S.
couvrent elles de tant d'empeschements les uns sur les aultres les parties où loge principalement nostre désir et le leur? et à quoy
. servent ces gros bastions, de quoy les nosires viennent d'armer leurs flancs, qu'à leurrer
I notre appétit*, et nous attirer à elles en nous esloingnant?
El fugit ad salices, et se cupit ante videri '. Inlerdum tunica duxil operta moram^.
A quoy sert l'art de ceste honte virginale, ceste froideur rassise, ceste contenance severe, ceste profession d'ignorance des choses qu'elles sçavent mieulx que nous qui les en instruisons, qu'à nous accroistre le désir de vaincre, gourmander et fouler à nostre appétit toute ceste cerimonie et ces obstacles? car il y a non seulement du plaisir, mais de la gloire encores, d'affolir'* et desbaucher ceste molle doulceur et ceste pudeur enfantine, et de renger à la mercy de nostre ardeur une gravité froide et magistrale ; c'est gloire, disent-ils, de triumpher de la modestie, de la chasteté, et de la tempérance; et qui desconseille aux dames ces parties là, il les trahit, et soy mesme. Il fault croire que le cœur leur frémit d'effroy, que le son de nos mots blece la pureté de leurs aureilles, qu'elles nous en haïssent, et s'accordent à nostre importunité d'une force forcée. La beauté, toute puissante qu'elle est, n'a pas de quoy se faire savourer sans ceste entremise. Voyez en Italie, où il y a plus de beauté à vendre, et de la plus line, comme il fault qu'elle cherdie d'aultres moyens estrangiers et d'ault res art s pour se rendre agréable; et si, à la vérité, quoy qu'elle face, estant vénale et publicque, elle demeure fuible et languissante; tout ainsi que, mesme en la vertu, de deux effects pareils, nous tenons néanmoins celuy là le plus beau et plus digne auquel il y a plus d'empeschement et de hazard proposé.
C'est un effect de la Providence divine de permettre sa saincte Eglise estre agitée, comme nouslaveoyons,de tant de troubles et d'orages, pour esveiller par ce contraste les âmes pies,
{{) Par la difficulté, comme ajoute l'édition i«-4o de 1588, fol. 263.
{2i La bergère court se caehèr entfe tes salîtes , mais auparavant file veut être aperçue. Vinc. , Ëilng. , III , &>.
(3) Souvent elle a opposé sa robe à mes iiupatieuls désirs. pnor>., Il, IS, C.
{ 4) Uendrc fou.