LIVRE II
et les r'avoir de l'oisiveté et du sommeil où les avoit plongées une si longue iranquillité; si nous contrepoisons la perte que nous avons faicte par le nombre de eeulx qui se sont desvoyés, au gaing qui nous vient pour nous estre remis en haleine, resuscité nostre zèle et nos forces à l'occasion de ce combat, je ne sçais si l'utilité ne surmonte point le dommage.
Kous avons pensé attacher plus ferme le nœud de nos mariages pour avoir osté tout moyen de les dissouidre; mais d'autant s'est desprins et relasché le rœud de la volonté et de l'afTection, que celuy de la contraincte s'est estrecy ; et, au rebours, ce qui teint les mariages, à Rome, si longtemps en honneur et en seureté, feut la liberté de les rompre qui vouldroit ; ils gardoient mieulx leurs femmes, d'autant qu'ils les pouvoient perdre; et, en pleine licence de divorces, il se passa cinq cents ans, et plus, avant que nul s'en servist*.
Quod licet, ingratum est; quod non Ueet, aerbu tnit ».
A ce propos se pourroit joindre l'opinion d'un ancien, que les supplices aiguisent les vices, plustost qu'ils ne les amortissent ; qu'ils n'engendrent point le soing de bien faire, c'est l'ouvrage de la raison et de la discipline, mais seulement un soing de n'estre surprins en faisant mal :
Latius excisœ pettis contacta serpunt * ;
je ne sçais pas qu'elle soit vraye ; mais cecy sçais-je par expérience, que jamais police ne se trouva reformée par là : l'ordre et règlement des mœurs despend de quelque aultre moyen.
Les histoires grecques'* font mention des Argippécs, voisins de la Scythie, qui vivent sans verge et sans baslon à offenser ; que non seulement nul n'entreprend d'aller attaquer, mais quiconque s'y peult sauver, il est en franchise, à cause de leur vertu et saincteté de vie ; et n'est aulcun si osé d'y toucher ; on recourt à eutx pour appoincter les différends qui naissent en-
(1) liepudiian Mer uxorem et linm, a condila urt>e usqiie ad vigesnnum et qutn^enlesimnm amvim, nuUum irUercessil. Val. Mil., u, 1, 4
(i) Ce qui csl permis n'a aucun aurait pour nous; ce qui est défendu irrilc nos désirs. Ov., Anwr., Il, 19, 3.
\3) l^ mal qu'on croyaii avoir extirpé gasiic et s'éiend plus loin. Rlt., Iiinerar., I, 397.— Le poète parle des Juifc et de leur religion. C.
(4; nfE.lV, 23. J. V. !..