‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 242 sur 402 · ID., XXII, 10; XXV, 5, 6. C · texte numérisé non relu

ID., XXII, 10; XXV, 5, 6. C

{5)lD.,XXn, 10, etc. C.

ESSAIS DE MONTAIGNE

action estre ensepvelie soubs le silence : il est vraysemblable, s'ileustfaict quelque chose de plus aigre contre nous, qu'il ne l'eust pas oublié, estant bien affectionné à nostre party. Il nous estoit aspre à la vérité, mais non pourtant cruel ennemy ; car nos gents mesmes * recitent de luy ceste histoire , que, se pourmenant un jour autour de la ville de Chalcedoine, Maris, evesque du lieu, osa bien l'appeler meschant, îraistre à Christ ; et qu'il n'en feit aultre chose , sauf luy respondre : « Va, misérable, pleure la perte de tes yeulx ; »» à quoy l'evesque encores répliqua : « Je rends grâces à Jésus Christ de m'avoir osté la veue, pour ne veoir ton visage impudent : » affectant 2 en cela, disent ils, une patience philosophique. Tant y a que ce faict là ne se peult pas bien rapporter aux cruautés qu^on le dict avoir exercées contre nous. Il estoit, dit Eutropius^, « mon aultre tesmoing, ennemy de la chrestienté, mais sans toucher au sang. »

Et, pour revenir à sa justice, il n'est rien qu'on y puisse accuser que les rigueurs de quoy il usa, au commencement de son empire, contre ceulx qui àvoient suy vi le party ae Constantius , son prédécesseur *. Quant à sa sobriété, il vivoil tousjours un vivre soldatesque, et se nourrissoit, en pleine paix comme celuy qui se preparoit et accoustumoit à l'austérité de la guerre^. La vigilance estoit telle en luy qu'il despartoit la nnict à trois ou à quatre parties, dont la ipoindre estoit celle qu'il donnoit au sommeil ; le reste il l'employoit à visiter luy mesme en personne Testât de son armée et ses gardes, ou à estudier ^ ; car, entre aullres siennes rares qualités, il estoit très excellent en toute sorte de littérature. On dict d'Alexandre le Grand qu'estant couché, de peur que le sommeil ne le desbauchast de ses pensements et de ses estudes, il faisoii mettre un bassin joignant son lict, et tenoit l'une de ses mains au dehors, avecques une boulette de cuivre, à fin que , le dormir le surprenant et relaschant les prinses de ses doigts, ceste boulette, par le

U) SozosiÈNE, Hisl. ecciés., V, 4. C.

i2) Ce mot se rapporte à Julien.

(5j Liv. X, c. 8 : Nimiti/i religionis chrisUanœ insectator, pertide tamen ui cruore nbstinerel.

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