ID., XVI, 17 ; XXVI
bruict de sa cheute dans le bassin, le reveillast : cestuy cy avoit l'ame si tendue à ce qu'il vouloit, et si peu empeschee de fumées, par sa singulière abstinence, qu'il se passoit bien de cest artifice*. Quant à la suffisance militaire, il feut admirable en toutes les parties d'un grand capitaine ; aussi feut il quasi toute sa vie en continuel exercice de guerre, et la pluspart avecques nous, en France , contre les Allemands et Francons : nous n'avons gueres mémoire d'homme qui ayt veu plus de hazards, ny qui ayt plus souvent faict preuve de sa personne.
Sa mort a quelque chose de pareil à celle d'Epaminondas ; car il feut frappé d'un traict, et essaya de l'arracher , et l'eust faict , sans ce que le traict estant tranchant il se coupa et affoiblit la main. Il demandoit incessamment qu'on le rapportast en ce mesme estât, en la meslée, pour y encourager ses soldats, lesquels contestèrent ceste battaille sans luy très courageusement, jusques à ce que la nuict sépara les armées 2. Il debvoit à la philosophie un singulier mespris en quoy il avoit sa vie et les choses humaines : il avoit ferme créance de l'éternité des âmes.
En matière de religion, il estoit vicieux par tout ; on l'a surnommé l'Apostat, pour avoir abandonné la nostre; toutesfois ceste opinion me semble plus vraysemblable, qu'il ne I avoit jamais eue à cœur, mais que, pour l'obeïssance des loix, ils'estoii feinctjusques à cequ'il teinst l'empire en sa main. Il feut si superstitieux en la sienne que ceulx mesmes qui en estoient, de son temps, s'en mocquoient; et, disoit on, s'il eust gaigné la victoire contre les Parthes, qu'il eust faict tarir la race des bœufs au monde, pour satisfaire à ses sacrifices 3. Il estoit aussi embabouiné de la science divinatrice, et donnoit auctorité à toute façon de prognostiques. Il dict, entre aultres choses en mourant, qu'il sçavoit bon gré aux dieux, et les remercioit de quoy ils ne l'avoient pas voulu tuer par surprinse, l'ayant de long temps adverty du lieu et heure de sa fin, ny d'une mort molle ou lasche, mieulx convenable aux personnes oysifves et délicates , ny languissante, longue, et douloureuse ; et qu'ils l'avoient trouvé digne de
(I) Ajimies Marcellin, XVI, 2. c.
(2)lD.,XXV, 3. c (5)lD.,XKV,e.C.