LIVRE II, CHAP. XXr
pesant ir et esmousser pour les rendre plus obeïssantsàl'exempleetkla practique,ot lesespcssir el obscurcir pour les proportionner à ceste vie ténébreuse et terrestre : pourtant* se trouvent les esprits communs et moins tendus plus propres et plus heureux à conduire affaires; et les opinions de la philosophie eslevées et exquises se trouvent ineptes à l'exercice. Ceste poinctue vivacité d'ame, et ceste volul)ilité soupple et inquiète, trouble nos négociations. Il fault manier les entreprlnses humaines plus grossièrement et superficiellement, et en laisser Iwnne et grande part pour les droicts de la fortune : il n'est pas besoing d'esclairer les affaires si profondement et si subtilement; on s'y perd, à la considération de tant de lustres contraires et formes diverses : Volutantibus res inter se pugnanles, obtorpuerant.... animi^.
C'est ce que les anciens disent de Simonides : parce que son imagination luy presentoit, snr la demande que luy avoit faict le roy Hieron^ ( pour à laquelle satisfaire il avoit eu plusieurs jours de pensement) diverses considérations aiguës et subtiles ; doublant laquelle estoit la plus vraysemblable, il désespéra du tout de la vérité.
Qui en recherche et embrasse toutes les circonstances et conséquences , il empesche son esleclion : un engin moyen conduict egualement et suffit aux exécutions de grand et de petit poids. Regardez que les meilleurs mesnagiers sont ceulx qui nous savent moins dire comme ils le sont ; et que ces suffisants conteurs n'y font le plus souvent rien qui vaille : )« sçais un grand diseur et très excellent peintre de toute sorte demesnage, quia laissé bien piteusement couler par ses mains cent mille livres de rente :
;i) Cest pour cela que, etc.
(§) Considérant en eux-mêmes des choses si opposées, ik eq étnient loul étourdis. Tite uve, XXXII, 20.
(S) Le roi Uiéron l'avait prié de lui dire ce que c'est <juc Wea; et Simonide lui ayant répondu qu'il avait besoin d'un Jour pour examiner cette question . le lendemain il demanda encore deux jours, et chaque fols il doub& le nombre des K)nrs qu'il demandait au roi. Sur quoi Cicéron iWl: Siinon idem arbiiror. . . quia invita rentrent in menlem aciita aique suillin, dui'itaniem qiiid eorum esset verisshnum, Oe^sperasse omnem veritaiem. « Je crois que Simonide, après avoir promené son « esprit d'opinions en opinions, les unes plus subtiles q^ie les « autres, et dierché vainement la plus probal>le, désespéra n enfin de trouver la vérité. » Cic, de Xat. deor., I, 23. C — On peut consulter, sur la demande de Hicron et sur la réponse de Sintonide, le Dictionnaire de Baylc, article Shnonkle.rt.
j'en sçais on autre qui dict , cpii consnlte , niieulx qu'homme de son conseil, et n'est point au monde une plus Ixlle montre d'ame et de .suffi.sance : loutesfois, aux effects , ses serviteurs freuvent qu'il est tout auUre, je dis sans mettre le malheur en compte.