CHAPITRE XXIII
Des mauvais moyens employés à bonne fin.
Jl se treuve une merveilleuse relation et correspondance en ceste universelle police des ouvrages de nature, qui montre bien qu'elle n'est ny fortuite, ny conduicte par divers maistres. Les maladies et conditions de nos corps se veoient aussi aux estats et polices : les royaumes, les republiques naissent . fleurissent, et fanissent de vieillesse, comme nous. Nous • sommes subjeets à une repiction d'humeurs, inutile et nuysible ; soit de bonnes humeurs (car cela mesme les médecins le craignent ; et, parce qu'il n'y a rien de stable cbez nous, ils disent que la perfection de santé trop alaigre et vigoreuse, il nous la fault essimer^ et rabattre par art, de peur que nostre nature, ne se pouvant rasseoir en nulle certaine place, et n'ayant plus où monter pour s'améliorer, ne se recule • en arrière en desordre et trop à coup ; ils ordonnent pour cela aux athlètes les purgations et les saignées, pour leur soustraire ceste superabondance de santé) ; soit repletion de mauvaises humeurs, qui est l'ordinaire cause des maladies. De semblable repletion se voient les estats souvent malades, et a l'on accoustumé
(1) Pline, IS'at. Hist., X, 77. — Mutine, ou Wodéne, comme on dit aujourd'hui. C.
(2) Repos, cessation.
(5) Essaimer, tailler comme un essaim, amaigrir, diipinuer. E J.