‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 268 sur 402 · LIVRE IF, CIÏAP. XXXf · texte numérisé non relu

LIVRE IF, CIÏAP. XXXf

iement aux querelles ceulx qui bravent et se mutinent sans partie» ; il fault garder ces rodoiuontades où elles portent :

Mugiiut velttii quum prima in prœlia laurus Terrifiros ciel, atque irasci in cornua tentât, Arboi it obnixus iruitco, venioxqiie laccstit Iciibtis, et sparsa ad pugnam proludii arcna^.

Quand je me courrouce, c'est le plus vifvemeni, mais aussi le plus briefvemenl et secretetnent que je puis : je me perds bien en vistesse et en violence , mais non pas en trouble, si que j'aille jectant à l'abandon et sans chois toutes sortes de paroles injurieuses, ei que je ne regarde d'asseoir pertinemment mes poinctes où j'estime qu'elles biecent le plus; car je n'y employé communcmi'nt que la langue. Mes valets en ont meilleur marché aux grandes occasions qu'aux petites : les petites me surprennent ; et le malheur veult que depuis que vous estes dans le précipice, il n'importe qui vous ayt donné le bransie, vous allez tousjours jusques au fond; lacheute se presse, s'esmeut, et se haste d'elle mesme. Aux grandes occasions, cela me paye^ qu'elles sont si justes, que chascun s'attend d'en veoir naistre une raisonnable cholere; je me glorifie à tromper leilr attente : je me bande et prépare contre celles cy, elles me mettent en cervelle, et menacent de m'emporter bien loing, si je les suyvois: aiséement je me garde d'y entrer, et suis assez fort, si je l'attends, pour rcpoulser l'impulsion de ceste passion, quelque violente cause qu'elle aye; mais si elle me préoccupe et saisit une fois, elle m'emporte, quelque vaine cause qu'elle aye. Je marchande ainsin avecques ceulx qui peuvent contester avecques moy : « Quand vous me sentirez esmeu le premier, laissez moy aller à tort ou à droict : j'en feray de mesme à mon tour. » La tempeste ne s'engendre que de la concurrence des choleres, qui se produisent volontiers l'une de l'aultre, et ne naissent pas en un poi net : dormons à chascune sa course , nous voy là tousjours en paix . Utile ordonnance, mais de difficile exécution. Par fois m'advient

(1) Sans partie advene.

(^ Ainsi, brûlant d'amour et frémissant de rage, D'un taureau furieux lo superbe rival.

Quand son naissant courroux prélude au choc fatal, Lutte contre les vents, s'exerce contre un chêne, Et sous ses bonds fougueux disj)erse aa loin Farène. ViRc, En., xn, 103, trad. de Delflle.

}Ie saUsfait.

il aussi de représenter le courroucé, pour le règlement de ma maison, sans aulcune vraye esmotion. A mesure que l'aagemerend les humeurs plus aigres, j'estudic à m'y opposer ; et feray, si je puis, que je seray d'oresenavant d'autant moins chagrin et difficile que j'auray plus d'excuse et d'inclination à l'estre, quoyque par cy devant je l'aye esté entre ceulx qui le sont le moins.

Encores un mot pour clorre ce pas. Aristole dict* que « la cholere sert par fois d'armes à la vertu et à la vaillance. » Cela est vraysemblable : toutesfois ceulx qui y contredisent.*, respondent plaisamment que c'est un arme de nouvel usage, car nous remuons les aultres armes, ceste cy nous remue; nostre main ne la guide pas, c'est elle qui guide nostre main; elle nous tient, nous ne la tenons pas.

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