LIVRE 111, CHÂP. VIll
rants et incapables hommes que vous emplovez aux coininandemontsdevos gtierres ne laissent pas d'en devenir inconiinenl très diirnos, parce^ue vous les y employez: " à quoy ouche l'usage de tant de peuples qui canonizcnt le roy qu'ils ont faict d'entre eulx, et ne se conten'ent point de l'honorer s'ils ne l'adorent. Ceulx de Mexico, depuis que les cerimonies de son sacre sont parachevées, n'osent plus le regarder au visage; ains, comme s'ils lavoient doïfié par sa royauté, entre les serments qu'ils luy font jurer de mainten'ir leur religion, leurs loix, leurs libertés, d'estre vaillant,-juste et débonnaire, il jure aussi de faire marcher le soleil en sa lumière accoustumée, esgoufter les nuées en temps opportun, courir aux rivières leurs cours, et faire porter à la terre toutes choses nécessaires à son peuple*.
Je suis divers à ceste façon commune; et me dcsfie plus de la suffisance quand je la veois accompa ignée de grandeur de fortune et de recommendation populaire: il nous faull prendre garde combien c'est de parler à son heure, de choisir sonpoinct, de rompre le propos ou le changer d'une auctorité, magistrale, de se deffendre des oppositions d'aultruy par un mouvement de teste, un soubris ou un silence, devant une assistance qui tremble de révérence et de respect. Un homme de monstrueuse fortune, venant mesler son advis à certain legier propos, qui se demenoit tout laschement en sa table , commencea justement ainsi : « Ce ne peult estre qu'un menteur ou ignorant qui dira aultrement que , etc. » Suy vez ceste poiocte philosophique, un poignard à la main.
Voicy un aultre advertissement , duquel je tire grand usage : c'est qu'aux disputes et conférences, touts les mots qui nous semblent bons ne doibvent pas incontinent estre acceptés. La pluspart des hommes sont riches d'une suffisance estrangiere; il peult bien advenir à tel de dire un beau traict, une bonne response et sentence, et la mettre en avant sans en cognoislre la force. Qu'on ne tient pas tout ce qu'on emprunte, à l'adventure se pourra il vérifier par moy mesme. Il n'y faut point tousjours ceder^,
(1) Montaigne a tiré ce fail de Lopez de Comara, dans son Bisloria gaïaal de las Indiai, liv. II, chap. T7.
e) DansPédition de 1588, fnl. 4(2, la |.hra«eque Pon ya lire su!v;iii iminediateinenl celle qui, irois lignes plus haiil, Gnil par »cw» en cognoislre la force. Le sens o'êlail poinl LQlerrum])U. A. D.
quelque vérité ou beauté qu'elle ayt; ou il la faull con»l)attre a escient, ou se tirer arrière, soubs couleur de ne l'entendre pas, ))ou^ta^îcr de toutes parts comment elle est logée en son aacteur. Il peult advenir que nous nous enfer- ; rons, et aydons au cgup, oulire sa portée. J'ay aultrefois employé, à la nécessité et presse du combat, des revirades qui ont fait faulsée oultre mon desseing et mon espérance : je ne les donnois qu'en nombre, on lesrecevoit en poids. Tout ainsi comme quand je débats contre un homme vigoreux, je me plais d'anticiper ses conclusions, je luy oste la peine de s'hiterpreter, j'essaye de prévenir son imaginât ion imparfaicte encores et naissante; l'ordre et la pertinence de son entendement m'advertit et menace de loing; de ces aultres je fois tout le rebours, il ne fault rien entendre que par eulx, ny rien présupposer. S'ils jugent en paroles universelles : « cecy est bon, cela ne l'est pas, » et qu'ils rencontrent; voyez si c'est la fortune qui rencontre pour eulx ; qu'ils circonscrivent et restreignent un peu leur sentence, pour quoy c'est, par où c'est. Ces jugements universels, que je yeois si ordinaires, ne disent rien; ce sont gents qui saluent tout un peuple en foule et en troupe : ceulx qui en ont vraye cognoissance le saluent et remarquent nomméement et particulièrement ; mais c'est une hazardeuse entreprinse : d'où j'ay veu, plus souvent que touts les jours, advenir que les esprits foihlemenl fondés, voulants faire les ingénieux à remarquer en la lecture de quelque ouvrage le poinct de la beauté, arrestent leur admiration d'un si mauvais chois qu'au lieu de nous apprendre l'excellence de Taucteur, ils nous apprennent leur propre ignorance. Ceste exclamation est seure : « voylàqui est beau! » ayant ouï une entière page de Virgile, par là se sauvent les fins; mais d'entreprendre à lesuyvrc par espauletées, et, de jugement exprès et trié, vouloir remarquer par où un bon aucteur se surmonte, poisant les mots, les phrases, les inventions , et ses diverses vertus , l'une après l'aultre : ostez-vous de là. Videndum est, non modo quid quisque loquatur, sed etiam quid quisque senliat , alque etiam qua de causa quisq*ie sentiat *. J'oys journellement dire à des
(I) n laul non-seulement écouler ce que chacun dit, mnicxaininer encore ce que chacun ptijsc,et pourquoi il icpcn^o Cic, de Offic., I, 41.
ESSAIS DE MONTA^IGNE
sots des mots non sots; ils disent une l)oiîne chose ; sçacljons jusques où ils la cognoissent i veoyons par où ils la tiennent. Nous les aydons à enaployer ce beau mot et reste belle raison qu'ils ne possèdent pas, ils ne l'ont qu'en garde ; ils IVuront produicte à l'adventureet à tastons : nous |a leur mettons en crédit et en prix. Vous leur prestez la main, à quoy faire? ils ne vous en sçavent nul gré, et en deviennent plus ineptes ; ne les seconde? pas, laissez les aller ; ils manieront cesle matière comme gents qui ont peur de s'esèhaulder : ils n'osent luy changer d'assiette el de jour, ny l'enfoncer ; croulez la tant soit peu, elle leur eschappe, ils vous la quilent, toute forte et belle qu'elle est } ce sont belles armes, mais elles sont mal emmanchées. Combien de fois en ay je veu l'expérience! Or, si vous venez à les esclairciret confirmer, ils vous saisissent et desrobbent incontinent ccst advantage de vostre interprétation : « C'estoit ce que je voulois dire, voylà justement ma conception ; si je ne l'ay ainsin exprimé, ce n'est que faulte de langue, "Soutlez.II faulteniployer la malice mesme à corriger ceste fi ère bestise. Le dogme d'Hegesias» : «« qu'il ne fault ny haïr ny accuser, ains instruire, .. a de la raison ailleurs; mais icy c'est injustice et inhumanité de secourir et redresser çeluy qui n'en a que faire, et qui en vault moins. J'aime à les laisser embourber et empestrer encores plus qu'ils ne sont, et si avant, s'il est possible, qu'pnfîn ils se recognoissent.
La sottise et desreglement de sens n'e$t pas chose guarissable par un traict d'advertissement, et nous pouvons proprement dire de ceste réparation ce que Cyrus vespond à celuy qui le presse d'enhorter son est , sur le poinct d'une baitaille : « Que les hommes ne se rendent pas courageux pt belliqueux sur le champ par une bonne harangue, non plus qu'on ne devient incontinent musicien pour ouïr une bonne chanson-. " Ce sont apprentisages qui qnt à estre faits avant la main, par longue et constante institution, Nous debvons ce soing aux nostres et ceste assiduité de correction etd'instruciion; mais d'aller prescher le premier passant, et régenter l'ignorance ou ineptie du premier rencontré, c'est un usage auquel je veulx grand
H) Dioc. laerce, II, 9;-;. G.
(3) XÉN., Cyrop.,U], 3, 23. C.
mal. Rarement le fois je, aux propos mesme qui se passent avecques moy, et quite plusiosl tout que de venir à ces instructions reculées et magistrales; mon humeur n'est propre non plus «î parler qu'à escrire pour les principiants : m^is aux choses qui se disent en commun, ou entre aultres, pour faulses et absurdes que je les juge, je ne me jecte jamaisàla traverse, ny de parole ny de signe.
Au demourant, rien ne me despite tant en la sottise que de quoy elle se plaist plus que aulcune raison ne se peult raisonnablement plaire. C'est malheur que la prudence vous deffend de vous satisfaire et fier de vous, et vous renvoyé tousjours mal content et craintif; là où l'opiniastreté et la témérité remplissent leurs hostes d'esjouïssance et d'asseurance. C'est aux plus malhabiles de regarder les aultres hommes par dessus l'espaule, s'en retournants tousjours du coml)atpleinsdegloireetd'alaigresse;et,lepIus souvent encores, ceste ouhrecuidance de langage et gayeté de visage leur donne gaigné, à l'endroict de l'assistance, qui est communément foible et incapable de bien juger et discerner les vrais advantages. L'obstination et ardeur d'opinion est la plus seure preuve de besîise: est il rien certain, résolu, desdaigneux, contemplatif, grave, sérieux comme l'asne?
Pouvons nous pas mesler au tiltre de la conférence et communication les devis poinctus et coupés que l'alaigresse et la privante introduict entre les amis, gaussants et gaudissants plaisamment etvifvement les uns les aultres? exerjk-e auquel ma gayeté naturelle me rend assez propre; et s'il n'est aussi sérieux et tendu que cest aultre exercice que je vjensde dire, il n'est pas moins aigu et ingénieux, ny moins proufifitable, comme il sembloit à Lycurgus*. Pour mon regard, j'y apporte phjs de liberté que d'esprit, et y ay plus d'heur que d'invention : mais je suis parfaict en la souffrance ; car j'endure la revenche, non seulement aspre, mais indiscrète aussi, sans altération : et à la charge qu'on me faict, si je n'ay de quoy repartir brusquement sur le champ, je ne vois pas m'amusant à suyvre ceste poincte, d'une contestation ennuyeuse et lasche, tirant à l'opiniaslreté; je la laisse passer, et, baissant joyeusement les aureilles, remets d'en avoir ma raison à quelque
(*} Plct., Lycurgtie, c. 11 de la version d'Amyol. C.
LivuE m, ciiAi*. viii.
heure meilleure : n'est pas marchand qui tousjours gaigne. La pluspart changent de visage et de voix où la force leur fault; et, par une importune cholere, au lieu de se venger, accusent leur foiblesse ensemble et leur impatience. En ceste gaillardise, nous pinceons parfois des chordes secrettes de nos imperl'eclions , lesquelles, rassis, nous ne pouvons toucher sans offense ; et nous entradvertissons utilement de nos defaults.
Il y a d'aultres jeux de main, indiscrets et asprcs, à la françoise, que je hais mortellement; j'ay la peau tendre et sensible : j'en ay veu, en ma vie, enterrer deux princes de nostre sang royal. Il faict laid se battre en s'esbattant.
Au reste, quand je veulx juger de quelqu'un, je luy demande combien il se contente de soy, jusques où son parler ou son escrit luy plaist. Je veulx éviter ces belles excuses : « Je le feis en me jouant ;
Ablaium fneii'is epus est ineiidibiu isiud >,'
je ne feus pas une heure; je ne Fay reveu depuis. "Or, dis je, laissons doncques ces pièces; donnez m'en une qui vous représente bien entier, par laquelle il vous plaise qu'on vous mesure-, et puis, que trouvez vous le plus beau en vostre ouvrage? est ce ou ceste partie ou cçste cy ? la grâce, pu la matière, ou l'invention, ou le jugement, ou la science? Car ordinairement je m'apperceois qu'on fault autant à jugrr de sa propre besongne que de celle d'aultruy, non seulement .pour laffection qu'on y mesle, mais pour n'avoir la suffisance de la cognoistre et distinguer. L'ouvrage de sa propre force et fortune pevilt seconder l'ouvrier et le devancer oultre sop invention et cognoissance. Poor moy, je ne juge la valeur d'aultre besongne plus obscurément que de la mienne, et loge les Essais tantost bas, tantost hault, fort inconstammpnt et doubteusement. II y a plusieurs livres utiles, à raison de leurs subjects, desquels l'aucteur ne tire aulcune recommcnda^ tion, et des bons livres, comme des bons ouvrages, qui font honte à l'ouvrier. J'escriray la façon de nos convives et de nos vestements, et l'escriray de mauvaise grâce; je publicray les edicis de mon temps et les lettres des princes qui passent es mains publicques ; je feray
{«) Cet ouvrage, imparfait encore, aélé retiré du métier. Otide, Trist., 1, 6, 29.
un abbregé sur un bon livre (et tout ahbregé ■ sur un bon livre est up sot abbregé), lequel livre vieiidra à se perdre, et choses .semblablos. La postérité retirera utilité singulière de telles 1 compositions : moy, quel honneur, si ce n'est i de ma bonne fortune? Bonne part des livres i fameux sont de ceste condition.
Quand je leus Philippesde Comines, il y a plusieurs années, très bon aucteur certes, j'y remarquay ce mot pour non vulgaire : « Qu'il se fault bien garder de faire tant de service à son maistre qu'on l'empesche d'en trouver la juste recompense;» je defavoislouerTinvention, non pas luy*; je la rencontray en Tacitus, il n'y a pas long temps : Bénéficia eo usque lœta stint, dumvidentur exsolvi posse ; uhimuUum antexenere, pro gratia odium redditur^; et Senequc vigoreusement : Nam qui pulat esse iurpe non reddere, non vult esse cui reddat^, et Cicero, d'un biais plus lasche : Qui se non putat satisfacere, amicus esse nullo modo potest*. Le subject, selon qu'il est, peult faire trouver un homme scavant et memorieux ; mais, pour juger en luy les parties plus siennes et plus dignes, la force et beauté de'son ame, il faut sçavoirce qui est sien, et ce qui ne Test point ; et, en ce qui n'est pas sien, combien on luy doibt, en considération du choix, disposition, ornement et langage qu'il a foumy. Quoy, s'il a emprunté la matière, et empiré la forme, comme il advient souvent! Nous aultres, qui avons peu de practique avecques les livres, sommes en ceste peine que, quand nous veoyons quelque belle invention en un poète nouveau, quelque fort argument en un pi'escheur, nous n'osons pourtant les en louer que nous n'ayons prins instruction, de quelque sçavant, si ceste pièce leur est propre, ou si elle est esîrangiere ; jusques lors je me tiens tousjours sur mes gardes*.
Je viens de courre d'un Cl l'histoire de Ta-
(I) Maïs Comiués luiHoaéme, III, 12, nes'atiribae pas ce mot; car il déclare qu'il le lient de son mcùslre (Louis XI], qui iul en allégua son caicleur, et de qui il le lenoit. C.
i'S) Les bienOaits sont agré<ibios Iniii que Ton croit pouvoir s'acquitter; mais lorsqu'ils deviennent trop grands, loin de les reconnaiirc,OD k-s paie de haine. Taote.^/iw., IV, (8.
(3) Celui qui trouve honteux de ne jws rendre voudrait qu'il n'y eût plus personne à qui il ttl obligé. Ses., Episi. 81.
(4) Celui qui ne croit pas être quitte envers vous, ne saurait être votre amL Q. Cic, de PetUione consulatus, c. 9.
(5) Edition de 1588, fol. 41 1 verso, « sur ma garde. »
citus (ce qui ne m'advient gueres ; il y a vingt ans que je ne meis en livre une heure de suite); elTay faictàla suasion d'un gentilhomme que la France estime beaucoup, tant pour sa valeur propre que pour une constante forme de suffisance et bonté qui se veoid en plusieurs frères qu'ils sont. Je ne sçache point d'aucteur qui mesle à un registre publicque tant de considération des mœurs et inclinations particulières ; et me semble le rebours de ce qu'ils luy semble à luy*, qu'ayant spécialement à suivre les vies des empereurs de son temps, si diverses et extrêmes en toute sorte de formes, tant de notables actions que nomméement leur cruauté produisit en leurs subjects, ilavoitune matière plus forte et attirante à discourir et à narrer que s'il eust eu à dire des battailles et agitations universelles; si que souvent je le treuve stérile, courant par dessus ces belles morts, comme s'il craignoit nous fascher de leur multitude et longueur. Geste forme d'histoire est de beaucoup la plus utile; les mouvements publicques despendent plus de la conduicte de la fortune; les privés, de la nostre. C'est plustost un jugement que déduction d'histoire^ ; il y a plus de préceptes que de contes; ce n'est pas un livre à lire, c'est un livre à estudiér et apprendre; il est si plein de sentences qu'il y en a à tort et à droict ; c'est une pépinière de discours éthiques et politiques, pour la provision et ornement de ceulx qui tiennent quelque reng au maniement du monde. Il plaide tousjours par raisons solides et vigoreuses, d'une façon poinclue et subtile, suyvant le style affecté du siècle; ils aimoient tant à s'enfler qu'où ils ne trouvoyent de la poinete et subtilité aux choses, ils l'empruntoient des paroles. Il ne retire pas mal à l'escrire de Seneque : il me semble plus charnu : Seneque plus aigu. Son service est plus propre à un estât trouble et malade, comme est le nostre présent; vous diriez souvent qu'il nous peinct, et qu'il nous pince.
Ceulx qui doubtent de sa foy s'accusent assez de luy vouloir mal d'ailleurs. Il a les opinions saines, et pend du bon party aux affaires romaines. Je me plains un peu toutesfois de quoy il a jugé de Pompeius plus aigrement que
{\)AunaL, X 1, IG.J. V. L.
(2) Ëdilion de 1488, ^ol. 414 verso, « que narraliou d'iiisloire. »
ne porte l'advis des gents de bien qui ont vescu et traicté avecques luy; de lavoir estimé du tout pareil à \larius et à Sylla, sinon d'autant qu'il esloit plus couverte On n'a pas exempté d'ambition son intention au gouvernement des affaires, ny de vengeance; et ont craint ses amis mesme que la victoire l'eust emporté oultre les bornes de la raison, mais non pas jusquesà une mesure si effrénée; il n'y a rien, en sa vie, qui nous ayt menacé d'une si expresse cruauté et tyrannie. Encores ne faut il pas contrepoiser le souspecon à l'évidence ; ainsi je ne l'en crois pas. Que ses narrations soient naïfves et droictes, ilsepourroit,à Tadventure, argumenter de cecy mesme qu'elles ne s'applitiuent pas tousjours exactement aux conclusions de ses jugements, lesquels il suyt selon la pente qu'il y a prinse, souvent oultre la matière qu'il nous montre, laquelle il n'a daigné incliner d'un seul air. 11 n'a pas besoing d'excuse d'avoir approuvé la religion de son temps, selon'les loix qui luy commandoient, et ignoré la vraye ; cela, c'est son malheur, non pas son default.
J'ay principalement considéré sonjugement, et n'en suis pas bien esclaircy par tout ; comme ces mots de la lettreque Tibère, vieil et malade, envoyoit au sénat ^ : u Que vous escrirai je, ' messieurs, ou comment vous escrirai je, ou que ne vous escrirai je point, en ce temps? les dieux et les déesses me perdent pire ment que je ne me sens touts les jours périr, si je le sçais ! » je n'apperceois pas pourquoy il les applique si certainement à un poignant remors qui tormente la conscience de Tibère; au moins lors que j'estois à mesme, je ne le veis point.
Cela m'a semblé aussi un peu lasche, qu'ayant eu à dire qu'il avoit exercé certain honorable magistrat à Rome, il s'aille excusant que ce n'est point par ostentation qu'il l'a dict^ ; ce traict me semble bas dé poil, pour une ame de sa sorte ; car le n'oser parler rondement de soy accuse quelque faulté de cœur; un jugement rcide et haultain, et qui juge sainement et seurement, il use à toutes mains des propres exemples, ainsi que de chose estrangiere; et tesmoigne franchement de luy^ comme de
(1) r/i-s;or.,n, 38. J. V. L.
(;2) Tacite, Aimai. , VI, 6. Siét. est du même avis que TacKe sur cette lettre, Tiber., c. 07. J. V.L. (3) Âmal., XI, H. J. V.L.