‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 34 sur 402 · HÉRODOTE, VI, 68. J.V. L · texte numérisé non relu

HÉRODOTE, VI, 68. J.V. L

(4) HÉROUOTE, 1,52; Aristote, Uorale ù Kicontaque, 1, lo. J. Y. L.

(JVRK I, CHAP. li

noQS n'avons aucune communicaticm avecques ce qui est : et seroit meilleur de dire à Solon que jamais liomti;e r'cst donc heureux, puisqu'il ne l'est qu'après qu'il n'est plus,

- *- QtOsçiuim

Vix radicittu evilfi setoHU, ci eicit:

Sed facit este fui lifviddam super insciut ipse... Se' removei ««/i.« a projecto corpore sese, et Vindifat *.

Bertrand du Glesquin mourut au siège du chasteau de Kandon près du Puy en Auvergne* : les assiégés, s'estants rendus après, fourent obligés de porter les clefs de la place sur le corps du irespassé. Barthélémy d'Alviane, gênerai de l'armée des Vénitiens, estant mort au service de leurs guerres en la Bresse, et son corps ayant esté rapporté à Venise par le Veronois, terre •ennemie, la pluspart de ceulx de l'armée estoient d'advis qu'on demandast saufconduict pour le passage à ceulx de Vérone : mais Théodore Trivulce y contredict ; et choisit plustost de le passer par vifve force, au hazard du combat : * N'estant convenable, disoit il, que celuy qui en sa vie n'a voit jamais eu peur de ses ennemis estant mort feist démonstration de les craindre'. » De \Tay, en chose voysine, par les loLx grecques, celuy qui demandoit à l'ennemy un corps pour l'inhumer, renonceoit à la victoire, et ne luy estoit plus loisible d'en dresser trophée : à celuy qui en estoit requis, c'estoit tiltre de gaing. Ainsi perdit Nicias l'advantage qu'il avoit nettement gaigné sur les Corinthiens; et, au rebours, Agesilaus asseura celuy qui luy estoit bien doubteusement acquis sur les Boeotiens *.

Ces traicts se pourroient trouver estranges, s'il n'estoit receu de tout temps non seulement d'estendre le soing de nous au delà ceste vie, mais encores de croire que bien souvent les faveurs célestes nous accompaignent an tumbeau et continuent à nos reliques. De quoy il y

(1) On trouye à peine un sage qui s'arrache totalement à la ■»ie. Incertain de l'avenir, l'homme s'imagine qu'une partie de son être lui surfit ; il ne p«'ut s'afTrajichir de ce corps qui périt et qui tombe, lccrèce, m, 890 et 895. Montaigne a fait ici quelques changements au teïte de Lucrèce. J. V. L.

^ Le 13 juillet 1380, au siège de Chàteauneuf de Randon ou Randan, situé entre Mende et le Puy. {Voy. sur la mort de Du Guesclin la Collection du Panthéon.)

B) B&15TÔMB, à Farticle de Barlhélemi d'Alviano, tom. n, p. 819; et GncciARDcn, que Montaigne a traduit ici fort exaomoit, liv. xu. G.

(4) Plitaeoce, Vie de ITMas, c%:fie itÀgisiUUtC.^ C.

a tant d'exemples anciens, laissant à part les nosires, qu'il n'est besoing que je m'y esiende. Edouard premier, roy d'Angleterre, ayant essayé aux longues guerres d'entre luy et Iloben, roy d'Escosse, combien sa présence donnoU d'advanlage à ses affaires, rapportant toujours la victoire de ce qu'il entreprenoit en personne; mourants obligea son fils, par solennel serment, à ce questant trespassé il feist bouillir son corps pour desprendre sa chair d'avecques les os, laquelle il feist enterrer; et quant aux os, qu'il les reservast pour les porter avecques luy et en son armée, toutes les fois qu'il luy adviendroit d'avoir guerre contre les Escossois : comme si la destinée avoit fatalement attaché la victoire à ses membres. Jean Zischa*, qui troubla la Boëme pour la deffense des erreurs de Wiclef, voulut qu'on Tescorchast après sa mort, et de sa peau qu'on feist un tabourin à porter à la gtierre contre ses ennemis, estimant que cela ayderait à continuer les advantages qu'il avoit eus aux guerres par luy conduictes contre eulx. Certains Indiens portoient ainsin au combat contre les Espaignols les ossements (î'un de leurs capitaines, en considération de l'heur qu'il avoit eu en vivant : et d'aultres peuples, en ce mesrae monde, traisnent à la guerre les corps des vaillants hommes qui sont morts en leurs baltailles, pour leur servir de bonne fortune et d'encouragement, hss premiers exemples ne reservent au tumbeau que la réputation acquise par leurs actions passées; mais ceulx cy y veulent encore mesler la puissance d'agir.

Le faict du capitaine Bayard est de meilleurç composition : lequel, se sentant blecé à mort d'une arquebusade dans le corps, conseillé dç se retirer de la meslée, respondit qu'il ne commenceroit point sur sa fin à tourner le dos à l'ennemy; et ayant combattu autant qu'il eut de force, se sentant défaillir et eschapper du cheval, conmienda à son maistre d'hosiel de le coucher au pied d'un arbrç, mais que ce feust en façon qu'il mourust le visage tourné vers l'ennemy, comme il feit^.

Il me fault adjouster cet aultre exemple aussi

(1) Le 7 juillet 1307, à Fàge de e9 ans, après en avoir régné 35. ( Voy. A5DEÉ DC Cbes!«, ijjtt. (tÀnglciene, liv. xrv.) i. V. L.

(3) Ou Ziska, mort en 1491.

(3) Mémoires de MARTn di Bellat, liv. n, é(BC Ju Poatfiêon.

ESSAIS DE MONT\TGNÎ7

remarquable, pour ceste considération, que nul des précédents. L'empereur Maximilian , bisayeul du roy Philippes qui est à présent*, esfoit prince doué de tout plein de grandes qualités, et entre aultres d'une beaulté de corps singulière; mais parmy ses humeurs il avoit ceste cy, bien contraire à celle des princes qui, pour despescher les plus importants affaires, font leur throsne de leur chaire percée^; c'est qu'il n'eut jamais valet de chambre si privé à qui il permeist de le veoir en sa garderobbe : il se desroboit pour tumber de l'eau, aussi reUgieux qu'une pucelle à ne descouvrir ny à médecin, ni à qui que ce feust, les parties qu'on a accoustumé de tenir cachées. Moy qui ay la bouche si effrontée, suis pourtant par complexion touché de ceste honte : si ce n'est à une grande suasion de la nécessité ou de la volupté, je ne communique gueres aux yeulx de personne les membres et actions que nostre coustume ordonne estre couvertes ; j'y «ouffre plus de contrainctes que je n'estime bienséant a un homme, et surtout à un homme de ma profession. Mais luy en veint à telle superstition qu'il ordonna, par paroles expresses de son testament, qu'on luy attachast des calessons quand il seroit mort. Il debvoit adjouster, par codicille, que celuy qui les lui monteroit eust les yeulx bandés. L'ordonnance que Cyrus faict à ses enfants que ny eulx ny aultre ne veoye et touche sou corps après que l'ame en sera séparée^, je l'attribue à quelque sienne dévotion ; car et son historien et luy, entre leurs grandes qualités, ont semé par tout le cours de leur vie un singuUer soing et révérence à la religion.

Ce conte me despleut, qu'un grand me feit d'un mien allié, homme assez cogneu et en paix et en guerre : c'est que, mourant bien vieil en sa court, tormenté de douleurs extrêmes de la pierre, il amusa tomes ses heures dernières, avec un soing véhément, à disposer l'honneur et la cérémonie de son enterrement, et somma toute la noblesse qui le visitoit de luy donner

(1) Philippe n, roi d'Espagne. J. V. L.

(39 Cette audience est en effet très familière aux princes. On la reprochait à notre célèbre Vendôme et au duc d'Orléans régent. Ce fut en le poursuivant jusque sur sa chaise percée, qu'un de ses courtisans lui fit signer la nomination de son fils à un gouvernement de province; et le régent disait à cette occasion : <( Oh ! pour celui-là, il ne m'est point sorti de la tête ! )) Sbrva».

(3) XÉNOPHON, Cyropédif, VIII, 7. C.

parole d'assister à son convoy : à ce prince mesme, qui le veit sur ses derniers traicts, il feit une instante supplication que sa maison feust commandée de s'y trouver, employant plusieurs exemples et raisons à prouver que c'estoit chose qui appartenoit à un homme de sa sorte ; et sembla expirer content, ayant re tiré ceste promesse et ordonné à son gré la distribution et ordre de sa montre. Je n'ay gueres veu de vanité si .persévérante.

Cèste aultre curiosité contraire, en laquelle je n'ay point aussi faulte d'exemple domestique, me semble germaine à ceste cy, d'aller se soignant et passionnant à ce dernier poinct, à régler son convoy à quelque particulière et inusitée parcimonie, à un serviteur et une lanterne. Je veoy louer ceste humeur, et l'ordonnance» de Marcus jEmilius Lepidus, qui deffendit à ses héritiers d'employer pour luy les cerimonies qu'on avoit accoustumé en telles choses ^ Est ce encores tempérance et frugalité d'éviter la despense et la volupté, desquelles l'usage et la cognoissance nous est imperceptible? voylà une aysée reformation et de peu de coust. S'il estoit besoing d'en ordonner, je serois d'advis qu'en celle là, comme en toutes actions de la vie, chascun en rapportast la règle au degré de sa fortune. Et le philosophe Lycon prescrit sagement à ses amis de mettre son corps où ils adviseront pour le mieulx ; et quant aux funérailles, de les faire ny superflues ny mechaniques^. Je lairray purement la coustume ordonner de ceste cerimonie, et m'en remettray à la discrétion des premiers à qui je tumberay en charge. Totus hic locus est contemnendus in nobis, non negligendus in nostris^. Et est sainctement dict à un sainct : Curatio funeris, conditio sepuUurœ, pompa exsequiarum, magis sunt vivorum solatia, quant subsidia mortuorum*. Pour tant Socrates à Criton, qui sur l'heure de sa fin luy demande comment il veult estre enterré : « Comme vous voudrez^ » , res-

(1) TiTE-LivE, Êpitome du liv. XLVIII. C.

(2) DIOGÈNE Laerce, V, 74. c.

(5) C'est un soin qu'il faut mépriser pour soi-même et ne pas négliger pour les siens. Cicéron, TiisciU. quœsU, I, 45.

(4) Le soin des funérailles, le choix de la sépulture, la pompe des obsèques, sont moins nécessaires à la tranquillité des morts qu'à la consolation des vivants. Saint Augustin; Cité de Dieu, l, 12.

(5) Ôttwî àv, éçYi 6o6Xr.o6e. Platon, vers la fin du Pltédon. C.

IJVRE I,

pond il. Si j'avoisk m'en empescher plus avant, je trouveroy plus galant d'imiter ceulx qui en- ' reprennent, vivants et respirants, jouyr de onlre et honneur de leur sépulture, et qui se plaisefil de veoir en marbre leur morte contenance. Heureux qui sachent resjouyr et gratifier lour sens par l'insensibilité et vivre de leur mort!

A peu' que je n'entre en haine irréconciliable contre toute domination populaire, quoyqu'elle me semble la plus naturelle et équitable, quand ii me souvient de ceste inhumaine injustice du peuple athénien, de faire mourir sans remission, et sans les vouloir seulement ouyr en leurs deffenses, ces braves capitaines venants de gaigner contre les Lacedemoniens la battaille navale près les isles Argineuses, la plus contestée, la plus forte battaille que les Grecs ayent oncques donnée en mer de leurs forces , parce qu'après la victoire ils avoient su\^i les occasions que la loy de !a guerre leur presentoit plustost que de s'arrester à recueillir et inliumer leurs morts. Et rend ceste exécution plus odieuse le faict de Diomedon : cestuy cy est l'un des condemnés, homme de notable vertu et militaire et politique, lequel, se tirant avant pour parler, après avoir ouï Tarrest de leur condemnation , et trouvant seulement lors temps de paisible audience, au lieu de s'en servir au bien de sa cause et à descouvrir l'évidente injustice d'une si cruelle conclusion, ne représenta qu'un soing de la conservation de ses juges, priant les dieux de tourner ce jugement à leur bien, et, à fin que, par faulte de rendre les voeux que luy et ses compaignons avoient voués en recognoissance d'une illustre fortune , ils n'attirassent l'ire des dieux sur eulx, les advertissant quels vœux c'estoient ; et, sans dire aultre chose et sans marchander, s'achemina de ce pas courageusement au supplice 2.

La fortune, quelques années après, les punit de mesme pain soupe; car Chabrias, capitaine gênerai de leur armée de mer, ayant eu le dessus du combat contre Pollis, admirai de Sparte, en l'isle de Naxe, perdit le fruict tout net et comptant de sa victoire, très important à lears affaires, pour n'encourir le malheur de cest exemple ; et, pour ne perdre peu de corps morts de ses amis qui flottoient en mer, laissa voguer

(0 Pea s'en faut.

(«) DIODOIIK DK SlOLE, Xffl, 31, 32. C.

CHAP. m. • »

j en saoveté un monde d'ennemis vivants qai I depuis leur feirent bien acheter ceste importune superstition ^

Quœris, quo jaceas, postobitum, locof Quo non nata Jacent*.

Cest aultre redonne le sentiment du repos à un corps sans ame :

Keque.iepulcrum,quo recipiatur^habeat, porium corporU ; Ibi, remixsa humana vita, corpus requiescal a malis^ ;

tout ainsi que nature nous faict veoir que plusieurs choses mortes ont encores des relations occultes à la vie; le vin s'altère aux caves, selon aulcunes mutations des saisons de sa vigne ; et la chair de venaison change d' estât aux saloirs, et de goust, selon les loix de la chair vifve, à ce qu'on dict.

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