‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 58 sur 402 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

De la coustume, et de ne changer ayséement\ une loy receué.

Celay me semble avoir très bien conceu force de la coustume, qui premier forgea conte 2, qu'une femme de village, ayant apprii de caresser et porter entre ses bras un vea dès l'heure de sa naissance, et continuant tou^ jours à ce faire, gaigna cela par l'accousti mance, que, tout grand bœuf qu'il estoit, eliP le portoit encores ; car c'est, à la vérité, une^ violente et traistresse maistresse d'eschole qxii la coustume. Elle establit en nous, peu à peu, à la desrobée, le pied de son auctorité : mais; par ce doulx et humble commencement, l'ayanl rassis et planté avec l'ayde du temps, elle noi descouvre tantost un furieux et tyrannique vi* sage, contre lequel nous n'avons plus la liberté" de haulser seulement les yeulx. Nous luy veoyons forcer, touts les coups, les règles de nature : Usus efficacissimus rerum omnium magister^. J'en croy l'antre de Platon en sa Republique* ; et les médecins, qui quittent si souvent à son auctorité les raisons de leur art; et ce roy, qui par son moyen rengea son estomach à se nourrir de poison ; et la fille qu'Albert recite s'estre accoustumée à vivre d'araignées : et en ce monde des Indes nouvelles, on trouva des grands peuples, et en fort divers climats, qui en vivoient, en faisoient provision et les appastoient, comme aussi des saulterelles, formis, lézards, chauvesouris ; et feut un crapaud vendu six escus en une nécessité de vivres ; ils les cuisent et apprestent à diverses saulses : il en feut trouvé d'aultres ausquels

(1) en corps ne peut sortir de sa nature sans que ce qu'il était cesse d'être. Lcc.,11, 752.

i2) On trouve ce conte dans Stobée (Serin. XXIXl, qui lecite d'après Favorinus. Voy. aussi Quintilien, 1, 9: Pétrone, c. 25. et les Adages d'Erasme. J. V. L.

(3) En tout, l'usage est le meilleur maitre. Pline, Kat. hlsi ,

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