SAINT-MÉGRIN, LA DUCHESSE DE GUISE
SAUIT-MEGRI*.
Elle!... c'est elle!... la voilà... — (// s'élance vers elle, puis s'arrête tout à coup.) J'ai lu que parfois des magiciens enlevaient au tombeau des corps qui, par la force de leurs enchantements, prenaient la ressemblance d'une personne vivante. Si... Que Dieu me protège! — (// fait le signe de la crois.) Ah !... rien ne change... Ce n'est donc pas un prestige, un rêve du ciel... oh ! son cœur bat à peine!... sa main... elle est glacée!... Catherine, réveilletoi :"ce sommeil m'épouvante! Catherine... elle dort... que faire?... ah! ce flacon... j'oubliais... ma tète esLperdue!...
(// le lui fait respirer.)
SAIKT-HÉGRIlf.
Oui, oui... respire... lève-toi... parle, parle!... j'aime mieux entendre ta voix, dût-elle me bannir à jamais de ta présence, que de te voir dormir de ce sommeil froid.
Ah ! que je suis faible!... — (Elle se lève, en $ y appuyant sur la tète de Saint-Mègrin qui est à ses pieds.) J'ai dormi longtemps.... Mes. femmes.... comment s'appellent-elles?... — Apercevant Saint- Mègrin.) Ah ! c'est vous, comte !
(Elle lui tend la main.)
SAUfT-KÊGRIN.
Oui... oui...
Vous !... mais pourquoi vous? ce n'était pas vous que j'étais habituée à voir à mon réveil... Mon front est si lourd, que je ne puis y rassembler deux idées...
SAIftT-HÉGRIlf.
Oh ! Catherine, qu'une seule s'y présente, qu'une seule y reste!... Celle de mon amour pour toi...
Oui... oui... vous. m'aimez... oh! depuis longtemps, je m'en suis aperçue... et moi aussi, je vous aimais, et je vous le cachais... Pourquoi donc?... il me semble pourtant qu'il y a bien du bonheur à le dire!
HENRI III KT SA COUR
• SAIWT-MÉGRITI.
Oh! redis-le donc encore... redis-le; car il y a bien du bonheur à l'entendre!...
Mais j'avais un motif pour tous le cacher... quel était-il donc?... Ah ! ce n'était pas vous que je devais aimer... — (Se levant, et oubliant son mouchoir sur le sofa.) Sainte Mère de Dieu ! aurais-je dit que je vous aimais?... — (Se levant avec effroi» ) Malheureuse que je suis!... mon amour s'est réveillé avant ma raison.
SAIlfT-MÉGEIlf.
N'écoute que ton cœur. Tu m'aimes !... tu m'aimes!
Moi ! je n*ai pas dit cela, monsieur le comte, cela n'est pas : ne croyez pas que cela soit... c'était un songe... le sommeil... le... Mais comment se fait-il que je sois ici?... Quelle est cette chambre?... Marie... madame de Cossé... laissez-moi, M. de Saint- Mégrin, éloignez-vous...
SAII-ÏT-MÉGRIH.
Moi, m'éloigner!... et pourquoi?...
Oh ! mon Dieu!... mon Dieu! que m'arrive-t-il?...
SAIKT-NÉGHHf.
Madame, je me vois ici, je vous y trouve, je ne sais comment... il y a de l'enchantement, de la magie.
Je suis perdue !... moi, qui jusqu'à présent vous ai fui... moi, que déjà les soupçons de M. de Guise, mon seigneur et maître...
saiht-mighiu.
M. de Guise... mille damnations !... M. de Guise, votre seigneur et maître ! Oh ! puisse-t-il ne pas vous soupçonner à tort!... et que tout son sang... tout le mien...
Monsieur le comte, vous m'effrayez.
SAMT-MÉGRIlf.
Pardon!... mais quand je pense que je pouvais vous connaître libre, être aimé de vous, devenir aussi votre seigneur et maître... II me fait bien du mal, M. de Guise; mais que mon bon ange m'abandonne au jour du jugement si je ne le lui rends pas...
Monsieur le comte!... Mais enfin... où suis-jc? dites-le-moi... aidez-moi à sortir d'ici, à me rendre à l'hôtel de Guise, et je vous pardonne tout...
SAWT-MÉGRIll.
Me pardonner, et quel est donc mon crime ?
Je suis ici... et vous me le demandez!... Vous
avez profité de son sommeil pour enlever use femme, qui vous est étrangère, qui ne peut vous aimer, qui ne vous aime pas, monsieur le comte...
SAllfT-HEGHI*.
Qui ne m'aime pas!... Ah! madame, on n'aime pas comme j'aime, pour ne pas être aimé. Fen crois vos premières paroles, j'en crois...
Silence !
SAIlfT-rtGHIlV.
Ne craignez rien.
joyeuse, dans l'antichambre.
Yivc Dieu!. ./nous sommes en sentinelle, et on ne passe pas...
d'êpehnon.
Regarde donc, Joyeuse... costume complet de ligueur... depuis les bottes jaunes jusqu'à la plume verte, rien n'y manque... et, s'il voulait seulement écarter ce manteau de serge , je suis sûr que la double croix de Lorraine...
le duc de guise, derrière le théâtre.
Tête Dieu! Messieurs, prenez garde, en croyant jouer avec un renard, d'éveiller un lion...
Sainte-Marie! c'est la voix du duc de Guise!... Où fuir? Où me cacher?
samt-megeut, s y élançant vers la porte.
C'est le duc de Guise... Eh bien !...
Arrêtez, monsieur, au nom du ciel! vous me perdez.
8AIHT-HEGHU!.
C'est vrai...
(// court à la porte, passe entre les deux anneaux
de fer la barre qui sert de verrou.) huggiehi, entrant et prenant la duchesse par la main.
Silence! madame... Suivez-moi...
( // ouvre la porte secrète : la duchesse de Guise s'y élance; Ruggieri la suit; la porte se referme derrière eux. )
le duc de guise, avec impatience.
Messieurs!...
d'épehroh.
Ne trouves-tu pas qu'il a un petit accent lorrain tout à fait agréable?...
v sAiRT-MÉGRin , se retournant.
Maintenant, madame. . . nous pouvons. . . Eh bien ! où est-elle?... disparue... par où?corament?... Tout cela ne serait - il pas l'œuvre du démon ? Oh ! ma tête! ma tête!... Maintenant qu'il entre!
(Il ouvre la porte.) le duc de guise, entrant.
J'aurais dû deviner, par ceux de l'antichambre,